Willgoose s’est récemment mis à blogger sur Tumblr. Il y a quelques semaines, il a décider de parler du sexisme dans l’industrie musicale, dont il est devenu pleinement conscient lors de la dernière tournée du groupe avec Smoke Fairies en première partie. Ayant assisté à 8 concerts sur 13, j’ai pu moi-même faire le même constat. Voici ma traduction :

Les femmes musiciennes

Plus tôt cette année, nous sommes partis en tournée au Royaume-Uni et en Irlande pour promouvoir notre nouveau disque, The Race For Space. L’album comprend une collaboration avec Smoke Faires, duo constitué de Katherine Blamire et Jessica Davies, qui sont accompagnées de manière compétente d’un groupe de trois personnes sur scène. Elles ont co-écrit et chanté sur un morceau de l’album, Valentina, chanson sur la première femme dans l’espace. Cela semblait une grande affiche pour moi – nos fans auraient une excellente première partie et nous pourrions interpréter la chanson ensemble chaque soir sur scène, aussi, ajoutant quelque chose de différent à notre spectacle live.

Tout a été confirmé de deux côtés et “l’annonce” (je déteste vraiment que les groupes “annoncent” des choses tout le temps – cela semble si suffisant, même si c’est devenu le mot standard pour toute sorte d’information liée à un concert) est parue sur tous les sites de médias sociaux habituels. La réaction générale était très bonne et concordait à ma propre opinion de l’affiche. Puis j’ai remarqué un commentaire qui se cachait parmi les sympathiques – il disait quelque chose du genre, et je paraphrase : “Je me demande pourquoi vous, deux jeunes gars, voulez les belles et glamour Smoke Fairies en tournée avec vous !” Vous pouvez ajouter vos propres clins d’œil et petits coups de coude entendus à la fin, si vous voulez.

Bon, nous avons tendance à avoir des fans très sympathiques en général – ils sont très polis, très enthousiastes, parfois très honnêtes mais pratiquement toujours d’une façon charmante. Parfois, ils font des blagues que je ne trouve pas très drôles – en particulier les références pénibles à l’Hôtel en folie qui émergent toujours quand nous annonçons un concert en Allemagne – mais c’est à peine un délit. Et ce commentaire, aussi, était considéré comme une blague. De tous les commentaires que nous ayons reçus cependant, celui-là me fait me hérisser le plus.

Je ne tiens pas de méchanceté particulière à la personne qui l’a écrit – en effet, je n’arrive pas à retrouver le commentaire original aujourd’hui – et je ne le vois pas comme autre chose qu’une représentation d’une mentalité très datée mais tristement toujours très répandue. Il est difficile, cependant, de trouver ce qui est le plus fortuitement offensant dedans : la “blague” hilarante que nous ayons mis nos propres avances séductrices devant notre considération du public qui paie pour venir nous voir, sans mentionner nos alliances assez évidentes (indice : elles sont grosses, brillantes et sont visibles sur la plupart des photos et quasiment toutes les performances live) ; la totale ignorance de notre collaboration (qui était pourtant expliquée dans le post commenté) ; ou l’affront fortuit sur Smoke Fairies d’être principalement, cette expression moderne assez hideuse, “bonnes”, plutôt que d’excellentes musiciennes de leur propre droit.

En fait, ce n’est pas difficile. La dernière partie est clairement la plus offensante. Mais le post était au moins utile dans un sens : il m’a ouvert les yeux beaucoup plus qu’avant au sexisme fortuit lancé aux groupes possédant des femmes musiciennes – du sexisme qui, tout comme le mec qui siffle les filles dans la rue, est défendu comme étant un compliment (“Souris, chérie !”) quand ce n’est pas du tout le cas. Étant un homme dans un groupe, on a tendance à rester inconscient de ce genre de commentaires, et ce n’est (à ma grande honte) qu’au moment où j’ai été directement attiré dedans que j’ai commencé à reconnaître combien de tels commentaires sont offensants.

Ce post était juste le signe avant-coureur de ce qui a suivi sur la tournée elle-même – j’ai lu des commentaires sur Twitter sur combien nous étions excellents et Smoke Fairies “superbes”, j’ai vu des extraits de chroniques sur internet où notre style musical était loué et Smoke Fairies étaient glorifiées comme “sensuelles”, et même certains organes de presse “professionnels” sont descendus dans un territoire prévisible, se concentrant d’abord sur à quoi Smoke Fairies ressemblaient plutôt qu’à leur musique.

Tandis que la tournée continuait, je me souviens de Smoke Fairies répondant directement à un tel tweet, dans lequel nous avions été “étonnants” ou un adjectif dans le genre et elles avaient été simplement “belles”. Elles ont répondu, avec un ton d’exaspération lasse : “Pourquoi sommes-nous belles ?” Je ne suis pas sûr qu’elles aient reçu une réponse. Twitter peut être un endroit assez déprimant pour tuer le temps, parfois, et il m’a rarement semblé autant que cela qu’au moment où j’ai lu cet échange.

Bon, peut-être que certains d’entrevous qui étaient à ces concerts et ont fait des commentaires similaires en public ou en privé se sentent quelque peu sur la défensive en ce moment – après tout, je vous entend dire, ce sont clairement des femmes attirants et, eh, elles montent sur scène vêtues de robes dorées à paillettes, alors, vous savez, si elles veulent que les gens se concentrent sur la musique, pourquoi elles n’atténueraient pas la chose ? Mais comme ce post de Headstuff l’a ironiquement souligné, c’est la différence entre l’attention portée par l’œil masculin – et les chroniqueurs musicaux sont toujours majoritairement des hommes – sur l’apparence des femmes musiciennes, tout d’abord, plutôt que sur leur talent, qui reste vraiment en travers de la gorge – surtout quand on la compare au traitement que les musiciens hommes similaires reçoivent. Oui, certains groupes féminins peuvent être beaux – mais pourquoi donc en faire le premier adjectif ou commentaire lorsqu’on les juge en tant que groupe musical.

Je suspecte avoir perdu une poignée de mes quelques lecteurs maintenant, étiqueté comme faisant partie du collectif politiquement correct moderne où “on ne peut même plus complimenter une femme sans être arrêté par la police d’internet bla bla minorité persécutée bla bla UKIP bla”, mais mon expérience en tournée avec Smoke Fairies m’a rendu particulièrement sensible à ce genre de condamnation avec louange malencontreuse et particulièrement motivé à repenser ma propre approche en travaillant avec et en parlant de femmes musiciennes. Tout d’abord – je vais arrêter de les appeler femmes musiciennes. Ce sont des musiciennes. Tout comme le mémorable échange sur Twitter entre Neko Case et playboy a fait remarquer (excusez la vulgarité mais “NE ME FAITES PAS UN PEGGY OLSEN, BANDE DE CONNARDS” reste une de mes réparties préférées), et tout comme Savages a barré les mots “all-female” (“entièrement féminin”) de leur légende dans le New York Times, il n’y a pas besoin de différencier les groupes menés par un homme ou par une femme. Ce sont tous… attendez… des groupes. Ce serait sympa si nous nous y mettions tous et essayons de refléter cela dans le monde réel, et arrêtions de rendre l’apparence d’un groupe plus importante que leur son.

J.W.(E)

Dans une sorte de post-scriptum, j’aimerais faire remarquer que de telles différentiations peuvent toujours être utiles quand elles sont proprement appliquées, comme dans la série de line-ups de festivals bricolés qui ont commencé à apparaître cette année (le premier étant le poster de Reading/Leeds modifié par Crack In The Road) ; cela aide clairement à identifier la sous-représentation continue de femmes musiciennes et artistes au plus haut niveau. Mais quand on décrit un groupe dans une chronique ou une légende (voir le tweet de Savages, ci-dessus), cela ne sert à rien.

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