Interviews

Yorkshire Evening Post | 29 juin 2017

“Je suis heureux de dire qu’il y avait beaucoup d’ouverture d’esprit”

La grande quantité d’anciens films contenus au sein des archives du British Film Institute de Londres se sont révélés une source riche d’inspiration pour Public Service Broadcasting.

Après avoir fondé leurs deux premiers albums sur des films d’information publics et la course à l’espace entre les États-Unis et la Russie soviétique, J Willgoose Esq s’y est redirigé pour leur troisième disque.

Every Valley explore l’histoire de la communauté de l’exploitation minière dans le Sud du Pays de Galles et les changements profonds causés par le déclin et la chute de l’industrie.

“Il n’y a pas de trajet particulièrement simple pour arriver à l’album tel qu’il est”, commence Willgoose. “C’était l’idée réfléchie sur une longue période que peut-être je pourrais faire quelque chose d’intéressant avec les archives minières du BFI, parce que je sais qu’ils en ont beaucoup et qu’on a une bonne relation avec eux, je voulais faire quelque chose de différent avec The Race For Space et cette progression de grands thèmes épiques et énormes et peut-être faire quelque chose d’un petit peu plus spécifique géographiquement avec peut-être un côté un petit peu plus politique.

“Je pense que la chose qui m’a attiré vers le Sud du Pays de Galles plus que tout, c’était la force de la communauté là-vas et combien c’était la région la plus solide durant la grèce [de 1984-85] et moi qui me demandait pourquoi c’était le cas et si oui, comment c’est aujourd’hui ? C’est probablement ce qui a fait ronronner les engrenages en premier lieu”.

Willgoose tenait également à visiter les vallées galloise lui-même. “C’était une partie importante pour que tout soit correct – ou aussi correct que quelqu’un comme moi puisse faire. Y aller et y passer beaucoup de temps à faire de véritables recherches et à rencontrer des gens et leur parler et le faire dans le véritable esprit d’implication et d’ouverture d’esprit que le mérite un sujet comme ça. Si tu vas le faire, tu dois bien le faire et ne pas y aller avec beaucoup d’idées préconçues, faire presque table rase et dire, Qu’est-ce qui s’est passé ici alors ?

Parler avec les gens qui ont travaillé dans les mines d’Ebbw Vale s’est avéré révélateur. “Comme ils ont vécu la grève, c’était des petites choses comme s’attendre à ce qu’ils soient très anti-poloce. Je pense que dans les vallées, ils n’ont pas eu beaucoup de personnes de Londres qui sont arrivées en bus pour superviser ces choses. La majeure partie du temps, les conflits étaient avec les gens qu’ils connaissaient et plus d’une sorte personnelle. C’était des trucs comme ça, découvrir combien c’était plus nuancé, pas juste y aller pour crier.

“C’était des recherches utiles et il était utile de parler avec des personnes qui étaient directement impliquées et ne pas simplement y aller en pensant avoir lu quelques livres et regardé quelques films ; c’était une partie importante du processus – mesurer autant que possible ce qu’allait être la réaction de ces gens envers quelqu’un comme moi qui venait en disant j’aimerais écrire un album à propos de ça : est-ce que ça allaot être un mur d’hostilité ou y’allait-il avoir une ouverture d’esprit ? Je suis ravi de dire qu’heureusement il y a eu beaucoup d’ouverture d’esprit et quasiment un encouragement tacite à plusieurs égards. C’était génial”.

Willgoose admet que le manager du groupe avait à l’origine des doutes à propos du projet. “Certains pourraient avoir également cette réaction : comment prendre quelque chose comme ça et le rendre ouvert et accessible ? Comment finir avec un album intéressant qui n’est pas que politique, conflit et colère ? Je ne voulais pas vraiment écrire cet album”, explique Willgoose. “Ça a sa place dessus mais ce n’est pas l’émotion principale, certainement”.

Le thème central de l’album du manque d’attention et de l’abandon de toute une communauté peut se voir reflété dans d’autres sociétés post-industrielles de par le monde. Willgoose admet se sentir particulièrement impliqué dans la politique au cours de ses dernières années.

“Je pense que c’est comme le dit le sample dans They Gave Me A Lamp, à un moment, que ce soit tôt dans votre vie, ou plus tard, vous vous rendez compte que tout dans la politique vous affecte directement ou indirectement. Je ne vois pas comment tu ne peux pas t’intéresser étant donné ce qu’il se passe depuis ces deux dernières années.

“C’était la chose intéressante pendant qu’on faisait cet album parce que je savais que je voulais le faire comme ça avant même les dernières élections législatives, quans ces résultats sont sortis, ils ont pris tout le monde par surprise. J’ai pensé Peut-être que c’est un bon moment de faire quelque chose comme ça. Puis le référendum sur l’UE est arrivé et ça a ajouté un tout nouveau niveau de complication, de subtilité et d’importance à tout ça et puis M. Trump de l’autre côté de l’océan qui parle de ramener ces emplois et tu penses tout simplement je ne sais pas comment tu ne pourrais pas ne pas être impliqué sur le plan politique en ce moment. Ça me semble tout simlpement impossible. Certains y arrivent peut-être, par conséquent, ils ont une vie moins anxieuse peut-être”.

Every Valley sort le 7 juillet. Public Service Broadcasting jouent à l’O2 Academy de Leeds le 19 octobre.

Traduction : 6 août 2023

Dork | 4 juillet 2017

Public Service Broadcasting : “C’était une atmosphère de soutien partout où je suis allé”

Le dernier effort de J. Willgoose, Esq. et cie se rappelle de la grève des mineurs du Sud du Pays de Galles dans les années 1980

Josh Williams

“Je pense que c’est une histoire fascinante et très humaine et, comme toutes les bonnes histoires, c’est ce qui m’a attiré”, explique le chef de la bande de Public Service Broadcasting d’Italie où ils sont actuellement en train de présenter leur nouvel album Every Valley. L’album précédent The Race For Space a vu le groupe explorer l’histoire de la course à l’espace tandis que Every Valley voit le groupe retourner à quelque chose de plus proche de la maison, explorant l’histoire de l’industrie minière du Sud du Pays de Galles.

Enregistré dans l’ancienne ville minière de Ebbw Vale, Willgoose a expliqué que “C’était très important pour moi de trouver quelque part dans les vallées pour enregistrer. Ça ne semblait pas bien d’écrire cet album de manière isolée et de l’enregistrer loin des lieux et des événements qu’il abordait”. Est-ce que l’environnement a informé et influencé le son ? “De toutes sortes de manières intangibles, probablement. Je savais que je voulais que l’album dans l’ensemble ait un côté plus riche, plus organique que nos albums précédents, et un son plus basique. Enregistrer sur bande a joué un grand rôle dans ça, ainsi qu’apprendre à embrasser certaines imperfections du processus d’enregistrement plutôt qu’essayer d’aplanir chaque petit défaut. On a enregistré en janvier, et j’ai promené mon chien de la colline de Sirhowy à Ebbw Vale tous les jours, et ce sont ces moments que je me rappellerais le plus, je pense”.

En effet, l’histoire de l’industrie minière du Sud du Pays de Galles est la typique montée, descente et ruine et pour s’aider à se préparer, Willgoose a visité “la plupart des grands musées miniers dont celui à Wakefield et le plus petit, je pense, à Afan Valley”, qui est là où il a découvert l’artiste Hannah Benkwitz, dont l’œuvre a terminé sur la pochette de l’album. “Tout le monde dans tous ces musées a été vraiment incroyablement serviable et arrangeant, et on leur doit tous énormément de remerciements”. De plus, Willgoose a interviewé des anciens mineurs et leurs familles, “C’était une partie vraiment importante de l’album – rencontrer les gens impliqués, écouter leurs histoires et ne pas y arriver avec des notions préconçues de comment c’était ou des problèmes qu’ils ont gérés”.

Le sujet dela chute de l’industrie minière et de la grève des mineurs demeure un sujet controversé même aujourd’hui dans les Vallées avec une génération qui a grandi dans l’ombre de ce qui reste, est-ce qu’ils devraient retirer quelque chose en particulier de Every Valley ? “Ce n’est pas vraiment à moi de dire. Ce n’est pas ma place en tout cas pour n’importe quel album, mais encore moins ici. L’art, la musique, les livres, les films que j’aime le plus sont ceux qui te laissent trouver ton chemin à travers plutôt qu’être frappé sur la tête avec un baton qui t’explique tout. C’est la différence entre un film adulte comme All Is Lost et quelque chose de cartoonesque comme Seul sur Mars. Ils sont à des années-lumière l’un de l’autre”. Comme toujours, il y a deux côtés à chaque histoire et Willgoose n’a pas fait l’effort de raconter l’autre côté en expliquant “l’album parle d’une communauté particulière – une qui est exceptionnellement soudée et solide – qui traverse une crise existentielle, plutôt que de politique”.

Every Valley a de nombreux collaborateurs avec Turn No More qui voit James Dean Bradfield des Manics qui arrive. “Je lui ai demandé au concert à Swansea qu’on a fait avec les Manics – j’étais très nerveux étant donné que c’est un groupe tellement énorme pour moi et tant d’autres. Il a dit oui, et même si je pensais qu’il était juste poli au début, il continuait à répondre au téléphone ! C’est un immense privilège et honneur d’avoir quelqu’un avec son talent et pédigrée – et lien à la région – sur cet album. Je n’y crois toujours pas, honnêtement”. Mais avec toutes ces collaborations, y-aurait-il un moment où Willgoose lui-même prendra le micro et chantera sur un morceau de PSB ? “Ça n’arrivera jamais, jamais, jamais”, souligne le leader.

En tournant l’album précédent The Race For Space, le groupe a joué à la Brixton Academy à guichets fermés, et tournera Every Valley en octobre. Willgoose pense que “le Barrowlands est un spécial à torcher”. PSB y jouent le 18 octobre. “Je pense que ce sera génial d’avoir l’opportunité de faire cet album en entier dans une salle prestigieuse du Sud du Pays de Galles un jour, comme on l’a fait pour The Race For Space à l’Albert Hall de Manchester et au Usher Hall d’Édimbourg”.

Le single Progress a le refrain “I believe in progress” mais est-ce que Willgoose a l’impression que PSB a progressé depuis la sortie de The Race For Space ? “On dirait que ça s’est beaucoup agrandi et que ça a beaucoup grandi. Peut-être que tout ça provient d’un désir malencontreux d’être pris au sérieux en tant qu’artiste. Qui sait ?”

“J’étais beaucoup inquiet auparavant”, explique Willgoose à l’idée de rentrer dans la communauté très unie de Ebbw Vale. “J’ai eu l’agréable surprise de ne pas trouver d’hostilité. En fait, il y avait une atmosphère qui était vraiment d’un grand soutien partout où j’allais, et avec toutes les personnes à qui j’ai parlées. Que ce soit grâce aux personnes là-bas, l’attitude générale ou juste de la chance, je ne sais pas, mais je suis très reconnaissant pour le soutien et l’encouragement”. Effectivement, le groupe est revenu dans la ville pour présenter l’album avec deux concerts spéciaux en juin, parlant avant le concert, Willgoose pensait que ce serait “assez émotionnel probablement, et je ne me laisse pas aller comme ça souvent. On dirait vraiment une époque spéciale et unique et on a l’impression que c’était il y a longtemps. Je ne suis pas sûr qu’on ne refera jamais un autre album comme ça”.


Public Service Broadcasting
Every Valley

Play It Again Sam
***

Il est incroyablement facile de réduire Public Service Broadcasting à un truc ; mélangeant des films et des audios d’archive de service public avec de l’électronica et du rock. On dirait que deux profs d’histoire ont imaginé une manière “marrante” et “cool” d’enseigner leur matière. Mais au fur et à mesure que le projet continuait, il est devenu clair que PSB avait saisi quelque chose de spécial.

Après s’être attaqué aux films d’éducation publique et la course à l’espace, cette dernière avec un effet véritablement époustouflant sur The Race For Space, leur troisième album, Every Valley, se dirige vers les communautés minières galloises ; explorant la fierté des mineurs, même à l’heure la plus sombre. Il évite les personnalités comme Thatcher et Scargill en faveur d’un regard plus large à l’histoire tumultueuse de l’industrie sans perdre en puissance émotionnelle.

Le titre éponyme Every Valley et People Will Always Need Coal résument le prestige qui allait avec l’extraction minière. Les petits villages étaient célébrés pour propulser tout un pays. C’est rempli d’espoir, avec des cordes qui s’envolent et des guitares brillantes.

C’est avec All Out que les choses tournent dans l’histoire que de nombreux d’entre nous connaissent. Des guitares puissantes qui sonnent plus issues d’un disque de PUP canalisent la rage et la frustration des grèves de l’époque de Thatcher ; ce moment distinctivement non PSB se distinguant pour toutes les bonnes raisons.

Every Valley est aussi une première pour des chanteurs invités. Cependant, les disques de PSB ont toujours été meilleurs quand ils laissent les audios d’archive parler pour eux-mêmes et les artistes comme James Dean Bradfield et Traceyanne Campbell, tout en faisant un boulot décent, occultent le message à son détriment.

Quoi qu’il en soit, Every Valley capture l’histoire de l’industrie du charbon de manière plutôt sordide. Au début, il y a de l’espoir, puis il y a de la rage, mais il y a toujours un sentiment de fierté et de dignité maintenue. Il dépeint à gros coups de pinceaux une période qui mérite une exploration plus nuancée, certes, mais c’est un regard émouvant et unique à cette période d’histoire souvent négligée néanmoins.

Chris Taylor

Traduction : 7 mai 2023

NPR | 5 juillet 2017

Quelque chose de vieux, quelque chose de neuf : Public Service Broadcasting à propos de l’histoire et de la narration

Jacob Pinter

Bien que connu surtout en tant que groupe, Public Service Broadcasting est tout autant un projet historique que musical. Fondé par J. Willgoose, Esq., le trio anglais utilise des archives, que ce soit des films ou des émissions de radio, pour écrire de nouvelles chansons autour. “On peut essayer de raconter les histoires du passé avec de la nouvelle musique – essayer d’apporter de nouvelles dimensions, je suppose”, explique Willgoose.

Pour son nouvel album, Every Valley, Public Service Broadcasting a puisé dans la véritable histoire d’un boom minier au Pays de Galles qui a contribué à faire prospérer les petites communautés – et l’effondrement de cette bulle industrielle qui s’en est ensuit à cause de l’innovation et la révolution techniques. Pour raconter cette histoire, le groupe s’est lourdement reposé sur l’énorme archive du British Film Institute d’images produites par le gouvernement, qui incluaient des films réalisés par le National Coal Board qui étaient diffusés aux mineurs dans les cinémas de l’époque.

À propos de la mission de Public Service Broadcasting
Ça a commencé comme une sorte de truc ironique dans lequel on déclarait “enseigner les leçons du passé via la musique du futur”. Et ça a toujours été une blague pour moi. Mais je pense qu’on a fini par prendre ça un petit peu plus sérieusement en ce qui concerne les leçons du passé et de le ramener à la surface, le réexaminer, le remettre en contexte grâce à la musique qu’on écrit autour, et fixer des limites entre le passé et le présent. C’est, pour moi, ce qui rend tout ça le plus intéressant. Ce n’est pas un exercice de nostalgie, c’est en fait une histoire de recadrage du passé.

À propos du processus du travail avec des images d’archive pour Every Valley
En gros, ils t’apportent ces boîtes de pellicules qui n’ont pas été ouvertes depuis de nombreuses années. Et ils montent ce film en 35 mm sur de vieux projecteurs Steinbeck et tu t’asseois là à le regarder via un minuscule viseur. En fait, j’ai dû emmener l’une des boîtes au technicien là-vas en disant, “Je n’arrive pas à l’ouvrir, tu fais quoi dans ce cas ?” Et il l’a juste jetée par terre et elle s’est ouverte [rit]. J’étais là, waou, on ne peut pas faire ça avec des disques durs.

À propos de la chanson Progress
La ligne “I believe in progress”, surtout dans le contexte de l’album, prend une sorte de signification à double tranchant. À un niveau, c’est une chanson pop assez superficielle, [mais] tu parles de progrès et de la poussée en avant incessante de la race humaine. [La technologie] s’est débarrassée de ce qui était un boulot dangereux et sale, mais au prix énorme pour les communautés qui comptaient dessus. On regarde le progrès, mais on regarde aussi ce qui est abandonné.

À propos de combien une contrainte créative peut être libératrice
Je pense que dès le départ, on a eu la question, “C’est un concept intéressant, mais allez-vous devenir à cours de matière ou d’idées ?” Pour moi, ça n’a jamais été une chose limitante. Ça a toujours été une chose vraiment libératrice parce qu’on peut se focaliser sur à peu près tout, et on peut traiter la matière à peu près de toutes les manières. C’est une manière libératrice de travailler, et ça libère l’imagination.

Traduction : 5 mai 2023

Electronic Sound | January 2015

Interstellar Overdrive

PUBLIC SERVICE BROADCASTING are one of the most exciting and unusual bands in the electronic music universe. On the eve of the release of their stellar second album, ‘The Race For Space’, PSB main man J Willgoose Esq explains his fascination for inspirational samples, cascading melodies,thumping beats and sending rockets to the moon.

Mark Rolland

Public Service Broadcasting are a peculiar phenomenon and a peculiarly English one at that. Are they a band? Are they an art project? PSB certainly have Arts Council funding – and that in itself is an indication of the changing face of the music industry. It’s heartening to know that the Arts Council will consider putting lottery dollars into a couple of guys who have set about creating an electronic music project initially based on sampling the nation’s film archive of the Second World War.

“The Guardian said we’re more a concept than a band,” says J Willgoose Esq, Public Service Broadcasting’s corduroy-and-bow-tie-wearing main man, over a pot of tea for two at what is possibly the only pub in south London owned by the National  Trust. “I see where they’re coming from, and I don’t think they meant it in a derogatory way,  but people have since thrown it at us as an accusation. I kind of disagree. People don’t go to gigs to see concepts, they go to see bands. And if we weren’t a band back then, we are now.”

Whatever PSB might be, J Willgoose Esq and his partner Wrigglesworth are popular. The pair have built up a considerable following over the last couple of years with a mix of electronics and live instrumentation in the shape of guitars, drums and even a banjo, packaged up and fronted by a kind of languid Oxbridge BBC presenter, circa 1950. And all of this without a record company flexing a marketing muscle.

“That’s not something a lot of people have picked up on,” notes Willgoose. “I can’t think of any other group playing at the Roundhouse who’ve got there without a label behind them. Maybe things are changing. We were lucky to get a bit of funding from the Arts Council, though, which definitely paid for some of the more expensive things on our new album.”

‘The Race For Space’, Public Service Broadcasting’s second album, is replete with expensive things. Thirty five singers and musicians, including dream pop duo Smoke Fairies, cello and viola players, and a sizeable choir, have helped to create what is a musical tribute to the 15 years between the launch of Sputnik in 1958 and the end of the Apollo programme in 1972, 15 years of the USA and Russia duking it out for supremacy in space.

It seems like an obvious step for a band whose music so far  has taken its inspiration from the exploits of the Second World War and the conquest of Everest. Their breakthrough record was the stirring ‘Spitfire’ single. Ironically pressing into service  a decidedly krautrock sensibility in order to celebrate that most British of wartime iconography, it’s the song that sends the crowds crazy when PSB play live, with its nagging guitar hook and cascading melodies. J Willgoose Esq and Wrigglesworth perform it with archive footage of the fighter planes twirling through the sky behind them, giving an impression of flat-out admiration for the heroes of the 20th century.

“It’s not something I’d have said was that big a deal for me    before Public Service Broadcasting,” says Willgoose. “It’s really weird what making music teaches you about yourself. You get asked in interviews why you did things a certain way and you   have to think of proper academic reasons. What’s pleased me  most about what we do is that there is a positivity to it, even       in the darker times, and anybody who knows me well would definitely not say I was a positive person. I’m one of the most pessimistic, self-doubting, self-deprecating people you could possibly meet, so I find it really weird that our music comes out with this feeling of belief in the world to come, a feeling that everything’s going to be alright.”

Maybe pessimists are just thwarted optimists?

“Maybe I’ve found a way for my optimism to come out. Then again, my view of the album is shrouded in doubt and negativity.”

With ‘The Race For Space’, PSB certainly haven’t plumped for the easy option. They haven’t re-written ‘Spitfire’ 10 different ways and released a collection of crowd-pleasing big tunes.

While there is at least one such track on the album, the purposeful ‘Go’, which is about the Apollo 11 moon landing, ‘The Race For Space’ as a whole demands a little more of its listeners. It’s perhaps worth noting the response to the first single from the album, the horn-driven ‘Gagarin’, named after Yuri Garagrin, the first man in space. It seems that not everyone wants their favourite tweedy electronic geeks going all funk on them.

But ‘The Race For Space’ is a more nuanced and carefully constructed work than ‘Gagarin’ and its brassy swagger suggests. It takes several of the significant moments and achievements of the space race era as leaping off points for creating new pieces of music that combine an earnest sense of admiration for their subject matter with what is now a recognisable PSB musical landscape, albeit matured.

The album is almost teasingly slow off the mark. The opening title track samples JFK’s 1961 speech, in which he sets out his plans for America’s space programme, with a backing track of a heavenly choir. ‘Sputnik’ is a seven-minute orbit of mostly subtle metronomic pulses and bleeps and blurts before building into a crescendo that is actually never quite resolved. And then ‘Gagarin’ kicks in. It’s quite a jolt to the system. A superfly funk blast.

“It came out that way,” says Willgoose. “Going back to the first album, we did fairly well with the critics, but there were some who couldn’t get their heads around us using samples and writing new music around them. They said things like [adopts enraged critic voice], ‘The samples have nothing to do with the music! It makes no sense! Agh!’. It seemed to really annoy them. With this record, I wanted to continue the non-literal relationship between the music and the samples, rather than go down a sci-fi, 60s-sounding, original Radiophonic Workshop route, which I think is what some people might have expected.

“Looking at the footage from the time and listening to some of the quotes, Yuri Gagarin seemed a larger-than-life figure, even though he was only about five-foot-two. He was the most famous man in the world. He was on the front of every newspaper everywhere. He blazed a trail to the stars and he was the ultimate hero, the symbol of mankind’s triumph over nature. It struck me that the song should try to capture some of his exuberance and energy and somehow translate that into music. I like the way it’s not quite what you’d expect. It’s not for nothing that the horn blast is so in-your-face. It’s supposed to be a bit of a statement, it’s saying that we’re not going to just do the same old same old. There’s more to us than that.”

A few weeks before this interview took place, Virgin Galactic’s SpaceShipTwo crashed in the Mojave Desert, with the loss of one pilot. The Apollo programme had its own tragedy in 1967, with a fire on a test launch for Apollo 1 which killed the three astronauts on board. Journeying into space is a dangerous pursuit and Mr Willgoose felt he had to acknowledge that. The result is a track called ‘Fire In The Cockpit’.

“I had massive doubts about us trying to deal with that,” he admits. “But every astronaut account I’ve read and some of the other books I’ve read all seem to suggest that, terrible as those deaths were, they saved more lives than they cost. They probably saved the lives of nine to 12 astronauts. So  it was a big event in terms of the implications it had for the whole Apollo project, including Apollo 8 going to the moon earlier than it was supposed to have done and the gamble they took on doing that, and it seemed it would have been more disrespectful to leave it out.”

The elegiac cello lines of ‘Fire In The Cockpit’ emerge from a white noise of radio signals and dark electronic tones, providing a suitably sombre backdrop for the sampled voice announcing the Apollo 1 accident.

“There’s no way you could take a different approach,” says Willgoose. “But I didn’t want it to be too maudlin, too melodramatic. I remember when we were recording the cellos, one of viola players who’d just played on ‘Gagarin’ leaned over    to me and said, ‘Don’t you want to add to some vibrato?’, but I didn’t want it to be pushed too far. I wanted it to be a straight and terrifying treatment of what was an awful event.”

Overall, ‘The Race For Space’ is an understated album. It bypasses the obvious neon sci-fi approach for a more reflective take on the subject. Even the mastering of the record itself is restrained.

“It’s not ludicrously loud, not a square wave assaulting you for 45 minutes,” explains Willgoose. “That just tires your ears and I didn’t want it to be like that. You want there to be a reason    to come back to the album. I was thinking about Radiohead’s ‘Kid A’, in the texture of it as much as anything else, and I was trying to get somewhere towards that.”

He remains nervous about the album’s reception, though.

“I’d be quite upset if the people we’ve brought with us to this point suddenly went, ‘This is terrible, you’re idiots’, and walked away. Deep down, I don’t believe they will. I think the album is quite good, even if it is possibly not what people expect. But that’s deliberate. It’s designed to surprise and challenge in a couple of areas, it’s not designed to be safe.”

Willgoose and Wrigglesworth haven’t yet revealed what they’re planning for their live show when they tour ‘The Race For Space’ (“We’re keeping it under our hats, although it will be space specific”), but the astronaut suits they wear for the ‘Gagarin’ video cost £2,000, so if they’re not employed in some way then they’re not getting their money’s worth. And the campy theatricality at the heart of the Public Service Broadcasting aesthetic – the pseudonyms, the bow tie and specs, the general air of the Enigma code breaker – certainly lends itself to dressing up.

Thinking about it, it’s all rather prog rock, isn’t it? In a knowing, de-contextualised (so without the long hair, Roger Dean artwork and horrible solos) and 21st century way, that is.

“I’m not a fan of 70s prog,” declares Willgoose. “Not even early Genesis, which might be widely accepted, I suppose. Definitely nothing with flutes on. Concept albums always used to terrify     me a bit, and we’ve ended up making at least one, probably     two. It’s a very strange situation to find yourself in.

“In terms of the live show, it’s based on bands that I’ve seen who have put something different into their sets, rather than the ones where the gig sounds exactly the same as the album and the presentation’s boring and it feels like you’re supposed to be grateful for even being in the same room as them. It’s not a reason to go and spend £30. A lot of it comes from a formative experience watching The Flaming Lips. That’s more the performance side of things and it’s a way of compensating for the fact that we’re not very charismatic people on stage, we’re not jumping around like Biffy Clyro. It’s about wanting to put on a good show, wanting to entertain people, and turning your weaknesses into strengths.”

‘The Race For Space’ is released on Test Card Recordings


PUBLIC SERVICE BROADCASTING
The Race For Space
Test Card Recordings

The south London multi- instrumentalists look to the stars for terrestrial inspiration.

Public Service Broadcasting’s ‘Inform, Educate, Entertain’ was buoyed by a surplus of inventiveness and ambition. It was a remarkable debut, with a coherence and a confidence that sounded like the work of artists who had been making music for years. For anyone concerned that the follow-up might be hindered by an exhaustion of ideas, no such anxiety is necessary. While this second album revisits the musical template of the first in terms of its multiple textures, layers and use of samples, ‘The Race For Space’ features a collision of impressively eclectic and seemingly disparate genres, all underpinned by PSB’s reliably innovative use of electronics.

‘The Race For Space’ is very much a concept album, but it’s thankfully more informed by the post-modern aesthetics of Factory Records than the prog rock indulgences of bands such as King Crimson and ELP. The album’s key themes are revealed by its eponymous opener, a delicate collage of ambient noodlings accompanied by snippets of John F Kennedy’s landmark speech explaining his vision of space exploration and its importance in the history of mankind, illustrating the passion that PSB’s J Willgoose Esq and Wrigglesworth have for these sorts of scientific and interstellar concerns.

Although the recording may occasionally lack the immediacy of ‘Inform, Educate, Entertain’, there are plenty of twists and turns in unexpected directions, plenty of challenging explorations of new dimensions of sound. The demented jazz-funk of ‘EVA’ and the blissed-out harmonics of the Balearic-tinged ‘Valencia’, which features a real human female vocal, are two good examples. ‘Gagarin’ similarly provides a surprise excursion to a futuristic dancefloor, complete with nifty fret work and mighty horn stabs. ‘Go’ is the most infectiously catchy track here and illustrates just how dextrous the duo are at merging an innate pop sensibility with experimental soundscapes and seamlessly rhythmic sampling.

Central to the success of the album is  the manner in which the music evokes the grandeur and wonder of the currently stalled space race, serving as a pleasingly nostalgic document for a bygone era. While the majority of the tracks are decisively upbeat and celebratory, one of the most affecting moments is ‘Fire In The Cockpit’, an eerie mood piece combining samples describing the tragedy of the Apollo 1 fire and droning waves of static and white noise. ‘The Other Side’ meanwhile revisits the first manned mission outside Earth’s orbit, the samples detailing the tense communications blackout that the Apollo 8 astronauts experienced when they journeyed to the far side of the moon and the relief of re- emerging within transmission range and the guidance of mission control.

Human endeavour and achievement, be it earth or space bound has remained a recurrent theme of Public Service Broadcasting’s work – and they should be applauded for celebrating it in a way that is endearing and inspirational. ‘The Race For Space’ is a fascinating and highly accomplished album that references the past, while bravely gazing into the future.

Miles Picard

The Guardian | 17 juin 2017

Public Service Broadcasting : “Nous voulions faire quelque chose sur un plan plus humain”

Le nouvel album du groupe, Every Valley, chronique la destruction de l’industrie charbonnière galloise et comment son héritage résonne toujours en ces temps changeants.

C’est le soir des élections générales dans l’institut des mineurs de Ebbw Vale et quatre Anglais racontent aux Gallois le passé du Pays de Galles. Ils portent des cravates, plutôt vaillamment, devant des choristes qui descendent des pintes et des rockeurs du coin qui portent des t-shirts de tournée des années 1970. Au-dessus de la scène, les écrans passent des images de mineurs du milieu du XXème siècle, les yeux brillant comme l’anthracite, une cigarette pendant aux lèvres. “La démarche fière et arrogante des seigneurs du front de taille”, vibre la voix de Richard Burton dans les haut-parleurs, “à regarder les snobs d’un œil hostile”. Ces mineurs ressemblent à des rock stars, bien plus que Public Service Broadcasting, qui fait marcher la machine ce soir.

Entre 2013 et 2015, Public Service Broadcasting a travaillé un sillon fertile dans le paysage pop avec deux albums samplant d’anciens films d’information sur de l’électronica recouverte de guitare : les aventures de Boy’s Own sur l’espace, les Spitfires et la seconde guerre mondiale. Ils reviennent avec un disque très différent : Every Valley. Chroniquant la montée et la chute de l’industrie charbonnière du Pays de Galles, il a été enregistré dans l’institut de Ebbw Vale, situé dans l’une des régions les plus défavorisées d’un pays prévue d’osciller plus près des Tories ce soir. L’année dernière, les gens ici ont énormément voté pour quitter l’UE.

Le concert de ce soir a été réservé bien avant que ces élections aient été annoncées et le leader J. Willgoose, Esq. (ses collègues JF Abraham et Wrigglesworth ont des pseudonymes similaires tout droit sortis de la base de la RAF à Molesworth) est assis dans un local de conseil à l’étage, sans nœud papillon pour l’instant, paraissant nerveux. “On va se prendre une volée totale, je pense”.

Il parle du parti travailliste, le Labour. Every Valley est un projet né de son intérêt renouvelé pour la politique et une société qui, selon lui, étouffe l’opportunité et le potentiel chez les gens ordinaires. “Cette expression horrible, restez dans votre voie… ce disque peste contre ça et se souvient du désir de s’améliorer qui est venu de communautés qui se sont unies autour d’une seule industrie, quand il y avait plus d’engagement politique et l’idée de venir de la classe ouvrière ne voulait pas dire que tu ne pouvais pas apprécier l’art ou la poésie”.

Willgoose a d’abord eu l’idée de Every Valley avant The Race For Space de 2015, voulant s’éloigner de “gros sujets épiques… et faire quelque chose sur un plan plus humain”. Les thèmes de l’album ne concernent pas que le Pays de Galles, non plus, il ajoute – son titre est délibérément universel.

Malgré de “vagues liens” au pays grâce à une grand-mère à moitié galloise, Willgoose a été sur ses gardes à propos de ce projet étant un Londonien qui apporte son grain de sel. Il a enregistré des interviews avec des anciens mineurs via la NUM à Potypridd et examiné des montages d’audio et de films à la South Wales Miners’ Library de l’université de Swansea. “Je m’attendais à être vu avec des regardes de côté suspects, constamment, dit-il. Mais ce n’est pas arrivé une seule fois. Tout le monde a été accueillant et ouvert, me soutenant… et faisant les mêmes blagues sur le Brexit que nous à Londres”. Il y a une histoire encore ici, on sent, qui a besoin d’être racontée de nouveau.

Every Valley raconte cette histoire très inclusivement. Les femmes sont le sujet du touchant They Gave Me A Lamp (“Si on pouvait faire que les femmes s’intéressent à un truc, si on pouvait les impliquer dans une chose, on pouvait les voir sous cet autre jour”, dit la voix d’une femme du coin, Margaret Donovan). You + Me est un duo bilingue avec Lisa Jên Brown de 9Bach, pour aborder “l’histoire des Anglais qui ont été absolument immondes quant à la langue galloise”, explique Willgoose. James Dean Bradfield transforme le poème Gwalia Deserta XXXVI de Idris Davies en la chanson rock Turn No More, tandis que le Beaufort Mal Choir chante Take Me Home.

Le risque de romantiser le passé pend lourdement au dessus de ce disque, mais des morceaux comme The Pit ramènent les choses sur Terre, détaillant le “mètre” d’espace de travail et les 26 degrés de chaleur. Ainsi que le refrain de Progress (“Je crois au progrès”), double sens mélancolique capturé parfaitement par Tracyanne Campbell de Camera Obscura. Willgoose ne voulait pas imposer de message politique plus fort dans la musique, parce que “c’est bien plus fort si tu laisses de l’ambiguïté – si tu es trop honnête, le fait que ton message soit correct n’a plus d’importance”.

Il préférerait que les échos du passé dans ce disque nous aident à penser au présent, comme la manière dont la destruction des syndicats dans les années 1980 possède un héritage dans les conditions de travail d’aujourd’hui. Après la majorité Tory de 2015, et le vote sur le Brexit de l’année dernière, ce projet se ressent encore plus vital. “Le voir devenir plus pertinent, tandis que plus de dominos tombent… il semblait important de se mettre au travail”, dit-il.

Une demi-heure avant le début du concert, l’institut vibre. Wayne Thomas et Ron Stoate de la NUM sont là, Willgoose les a interviewés pour l’album ; des hommes solides vêtus de polos qui ont survécu à la grève des mineurs, ils sont toujours juvéniles aujourd’hui, ce qui propulse le passé dans le présent. Stoate pense que le disque est “vraiment bon – les chansons sur les mines avant ceci étaient solennelles et parlaient de la poussière et de mourir dans ton lit d’hôpital”. Thomas est d’accord. “Pour un jeune homme de venir de l’extérieur et de vraiment connaître les gens et reconstituer l’histoire – il y a une véritable sincérité ici”.

Les deux hommes croient que les gens des vallées ont été trompés par les hommes politiques ces récentes années. “Le vote pour quitter l’union européenne, c’était ce sacré bus. 350 000 £ au NHS – tant de personnes ont voté pour ça”, peste Stoate. “Et quant à l’immigration ! Les gens qui font, Ces sacrés Polonais qui viennent ici en nous volant nos emplois. En bas dans les mines, on travaillait tout le temps avec des Polonais. Des Lithuaniens, des Lettons, tous !” Wayne acquiesce de la tête. “Localement, nationalement, internationalement, il y a eu une destruction de cette connaissance, ces souvenirs”. Puis il hausse les épaules. “On ne peut qu’espérer que les choses vont s’améliorer”.

Public Service Broadcasting montent sur scène à 20h30. Le concert est entraînant et émouvant, des hommes adultes les larmes aux yeux devant des publicités de campagne de recrutement pour le National Coal Board dans les années 1960, ainsi que des chansons sur la conquête de l’Everest et le premier voyage en orbite de la Lune – toute la nuit, on voit des hommes transportés dans leur enfance, à pleine voix.

Sept heures plus tard, Blaenau Gwent réélit son député travailliste, Nick Smith, avec 58% des votes, et le candidat Ukip chute de la deuxième à la quatrième place. Willgoose passe la nuit dans un Premier Inn du coin, choqué, les paroles d’un fan qui a grandi près de Ebbw Vale lui résonnant encore dans les oreilles. “Il a dit que le concert était une sensation étrange, comme avoir un groupe qui lui parle directement… et si on a contribué à ce qu’on entende la voix de personnes, d’une manière minuscule, alors c’est génial”. Et que pense-t-il des résultats des élections ? “C’est totalement le foutoir, mais peut-être que c’est le début d’une nouvelle génération qui trouve sa voix, se rendant compte qu’elle a la chance de faire bouger les choses”.

Every Valley sort le 7 juillet sur PIAS Recordings

Jude Rogers

Traduction : 9 juin 2019

Electronic Sound | janvier 2015

Interstellar Overdrive

Public Service Broadcasting est l’un des groupes les plus passionnants et inhabituels de l’univers de la musique électronique. À la veille de la sortie de leur deuxième album extraordinaire, The Race For Space, le patron de PSB, J Willgoose Esq, explique sa fascination pour les samples inspirants, les mélodies qui tombent en cascade, les rythmes forts et envoyer des fusées vers la Lune.

Mark Rolland

Public Service Broadcasting est un phénomène particulier et un particulièrement anglais. Est-ce un groupe ? Est-ce un projet artistique ? PSB est certainement financé par Arts Council – et c’est en soi une indication du visage changeant de l’industrie musicale. C’est réconfortant de savoir que Arts Council considérera à placer des dollars du loto en deux gars qui se sont mis à créer un projet musical électronique fondé à la base sur le sample des Archives des films de la nation sur la seconde guerre mondiale.

“Le Guardian a déclaré qu’on était plus un concept qu’un groupe”, dit J Willgoose Esq, leader de Public Service Broadcasting portant velours côtelé et nœud papillon, autour d’une théière pour deux dans ce qui est possiblement le seul peu dans le Sud de Londres qui appartient au National Trust. “Je vois où ils veulent en venir, et je ne pense pas qu’ils le pensaient de manière péjorative, mais les gens nous l’ont depuis lancé dessus comme accusation. Je ne suis pas d’accord en quelque sorte. Les gens ne vont pas à des concerts pour voir des concepts, ils vont voir des groupes. Et si on n’était pas un groupe à l’époque, on l’est désormais”.

Peu importe ce qu’est PSB, J Willgoose Esq et son partenaire Wigglesworth sont populaires. Le duo a développé un nombre considérable de fans depuis les deux dernières années avec un mélange d’électrons et d’instrumentalisation live sous la forme de guitares, batterie et même un banjo, emballés et menés par une sorte de présentation léthargique de la BBC qui sort d’Oxbridge, vers 1950. Et tout cela sans maison de disques pour jouer de ses muscles marketing.

“Ce n’est pas quelque chose que beaucoup ont relevé, note Willgoose. Je n’arrive pas à trouver d’autre groupe qui joue à la Roundhouse sans label derrière eux. Peut-être que les choses changent. On a eu de la chance à avoir un peu de financement de la part de Arts Council, cependant, ce qui a définitivement payé les choses les plus chères sur notre nouvel album”.

The Race For Space, le deuxième album de Public Service Broadcasting, regorge de choses onéreuses. Trente cinq chanteurs et musiciens, dont le duo de dream pop Smoke Fairies, des altistes et une chorale assez grande, ont contribué à créer ce qui est un hommage musical aux 15 années qui se sont écoulées entre le lancement de Spoutnik en 1958 et la fin du du programme en 1972, 15 années durant lesquelles les États-Unis et la Russie se sont battus pour la suprématie dans l’espace.

Cela semble être une étape évidente pour un groupe dont la musique jusqu’ici s’est inspirée des exploits de la seconde guerre mondiale et la conquête de l’Everest. Le disque qui les a fait percer a été le single Spitfire. Réquisitionnant ironiquement une sensibilité décidément krautrock pour célébrer cette iconographie de temps de guerre des plus britanniques, c’est la chanson qui rend le public fou quand PSB la joue sur scène, avec son accroché de guitare lancinante et ses mélodies qui tombent en cascades. J Willgoose Esq et Wrigglesworth la jouent avec des images d’archives de l’avion de chasse qui tournoie dans le ciel derrière eux, donnent une impression d’admiration totale pour les héros du XXème siècle.

“Ce n’est pas quelque chose que j’aurais dit être très important pour moi avant Public Service Broadcasting, explique Willgoose. C’est vraiment bizarre ce que faire de la musique t’apprend sur toi-même. On te demande dans les interviews pourquoi tu as fait les choses d’une certaine manière et tu dois réfléchir à de vraies raisons académiques. Ce qui m’a le plus plu dans ce qu’on fait, c’est qu’il y a une positivité dedans, même dans les moments les plus sombres, et tous ceux qui me connaissent bien ne diront certainement pas que je suis une personne positive. Je suis l’une des personnes les plus pessimistes, autocritique et qui doute le plus de soi que vous pourriez rencontrer, alors je trouve ça vraiment bizarre que notre musique ressorte avec ce sentiment de croyance dans le monde à venir, un sentiment que tout ira bien”.

Peut-être que les pessimistes ne sont simplement que des optimistes contrariés ?

“Peut-être que j’ai trouvé une manière de faire sortir mon optimisme. Encore une fois, ma vision de l’album est enveloppé dans le doute et la négativité”.

Avec The Race For Space, PSB n’ont certainement pas penché pour l’option facile. Ils n’ont pas réécrit Spitfire de 10 manières différentes et sorti de collection de grosses chansons pour plaire au public. Bien qu’il y ait au moins un tel morceau sur l’album, la résolue Go, qui parle de l’alunissage d’Apollo 11, The Race For Space en entier exige un petit peu de ses auditeurs. Cela vaut peut-être la peine de noter la réponse au premier single de l’album, Gagarin, poussé par les cuivres, nommé d’après Youri Gagarine, le premier homme dans l’espace. Il semble que pas tout le monde veut de ses geeks électroniques en tweed préférés se la jouent funky.

Mais The Race For Space est une œuvre plus nuancée et soigneusement construite que ne le suggèrent Gagarin et sa fanfaronnade cuivrée. Il prend plusieurs moments et réussites significatifs de l’ère de la course à l’espace comme points qui ressortent pour créer de nouveaux morceaux de musique qui combinent un sens sérieux d’admiration pour leur sujet avec un paysage musical PSB désormais reconnaissable, bien que mûri.

L’album est quasiment d’une longueur provocante à démarrer. Le titre éponyme d’ouverture sample le discours de 1961 de JFK, dans lequel il exposé ses projets pour le programme spatial des États-Unis, avec une chorale céleste en fond sonore. Sputnik est un orbite de sept minutes de pulsations et bis métronomiques principalement subtils et se lâche avant de monter en crescendo qui n’est en fait jamais vraiment déterminé. Et puis Gagarin débarque. C’est assez un électrochoc au système. Une explosion de Funk superfly.

“C’est sorti comme ça, explique Willgoose. Pour en revenir au premier album, on s’en est plutôt bien sortis avec les critiques, mais il y en avait certains qui n’arrivaient pas à piger qu’on utilisait des samples et qu’on écrivait de la musique nouvelle autour d’eux. Ils disaient des choses comme [adopté une voix de critique furieux], les samples n’ont rien à voir avec la musique ! Ça ne rime à rien ! Argh ! On aurait dit que ça les ennuyait vraiment. Avec ce disque, je voulais continuer la relation non-littérale entre la musique et les samples, plutôt que suivre une route SF au son Sixties comme l’original Radiophonic Workshop, ce à quoi je pense certains s’attendaient probablement.

“En regardant des images de l’époque et écoutant certaines citations, Youri Gagarine semblait être une personnalité hors du commun, même s’il ne mesurait que 1.57m. C’était l’homme le plus célèbre au monde. Il était à la une de tous les journaux partout. Il a ouvert un passage vers les étoiles et c’était le héros ultime, le symbole du triomphe de l’humanité sur la nature. Ça m’a frappé que la chanson devrait essayer de capturer une partie de cette exubérance et énergie et traduire ça en quelque sorte en musique. J’aime la manière dont ce n’est pas vraiment ce à quoi vous vous attendiez. Ce n’est pas pour rien que les cuivres soient tellement dans ta face. C’est censé être une déclaration, il dit qu’on ne va pas faire simplement les bonnes vieilles choses. Il y a bien plus en nous que ça”.

Quelques semaines avant que cette interview n’ait lieu, le SpaceShipTwo de Virgin Galastic s’est écrasé dans le Désert des Mojaves, avec la perte d’un pilote. Le programme Apollo à eu sa propre tragédie en 1967, avec un incendie lors d’un lancement d’essai pour Apollo 1 qui a tué les trois astronautes à bord. Voyager dans l’espace est une activité dangereuse et Mr Willgoose a pensé qu’il devait reconnaître cela. Le résultat est un morceau intitulé Fire In The Cockpit.

“J’avais de gros doutes à propos de nous essayant de traiter ça, admet-il. Mais tous les récits d’astronaute que j’ai lus et certains livres que j’ai lus semblent tous suggérer que, bien que ces morts aient été terribles, elles sont sauvé plus de vies qu’elles n’en ont coûté. Elles ont probablement sauvé les vies de neuf à 12 astronautes. Alors c’était un grand événement en ce qui concerne les implications qu’il a eu pour tout le projet Apollo, dont Apollo 8 allant vers la Lune plus tôt que prévu et l’entreprise risquée qu’ils ont fait en faisant ça, et il semblait que ça aurait été plus irrespectueux de l’omettre”.

Les lignes de violoncelles élégiaques de Fire In The Cockpit émergent d’un bruit blanc de signaux radio et de sonorités électroniques sombres, fournissant une toile de fond d’une noirceur appropriée pour la voix sample annonçant l’accident Apollo 1.

“On ne pouvait aucunement prendre une approche différente, raconte Willgoose. Mais je ne voulais pas que ce soit trop larmoyant, trop mélodramatique. Je me souviens que quand on enregistrait les violoncelles, un des altistes qui venait de jouer sur Gagarin s’est penché vers moi en demandant, Tu ne veux pas rajouter du vibrato ?, mais je ne voulais pas que ce soit poussé trop loin. Je voulais que ce soit un traitement direct et terrifiant de ce qui était un événement horrible”.

Dans l’ensemble, The Race For Space est un album discret. Il contourne l’approche SF néon évidente pour une interprétation plus réfléchie sur le sujet. Même la masterisation du disque elle-même est contenue.

“Ce n’est pas ridiculement fort, pas un signal carré qui vous agresse pendant 45 minutes, explique Willgoose. Qui te fatigue les oreilles et je ne veux pas que ce soit comme ça. Tu veux qu’il y avait une raison de revenir à l’album. Je pensais à Kid A de Radiohead, dans la texture autant que tout le reste, et j’essayais d’aller vers ça”.

Il demeure nerveux à propos de l’accueil de l’album, cependant.

“Je serais assez contrarié si les gens qu’on a emmenés avec nous à ce point disaient tout à coup, C’est horrible, espèces d’idiots, et s’en allaient. Au plus profond de moi, je ne crois pas qu’ils le feront. Je pense que l’album est assez bon, même si ce n’est pas possiblement ce à quoi les gens s’attendaient. Mais c’est délibéré. Il est censé surprendre et défier dans plusieurs domaines. Il n’est pas conçu pour être dangereux”.

Willgoose et Wrigglesworth n’ont pas encore révélé ce qu’ils projettent pour leurs concerts quand ils tourneront The Race For Space (“On garde ça pour nous, bien que ce sera spécifique à l’espace”), mais les costumes d’astronautes qu’ils portent pour le clip de Gagarin coûtent 2000 £, alors s’ils ne les emploient pas d’une quelconque manière alors ils n’en auront pas pour leur argent. Et la théâtralité affectée au cœur de l’esthétique Public Service Broadcasting – les pseudonymes, le nœud papillon et les lunettes, l’air général du décodeur d’Enigma – se prête certainement à bien s’habiller.

En y réfléchissant, c’est plutôt du prog-rock, n’est-ce pas ? D’une manière intentionnelle, hors contexte (alors sans les cheveux longs, les pochettes d’album de Roger Dean et les solos horribles) et du XXème siècle, entendons-nous bien.

“Je ne suis pas fan du prog des années 1970, déclaré Willgoose. Même Genesis au début, ce qui serait grandement accepté, je suppose. Définitivement avec des flûtes. Les albums concept m’ont toujours terrifié un peu, et on a fini par en faire au moins un, probablement deux. C’est une situation très étrange dans laquelle se retrouver.

“En ce qui concerne la scène, c’est fondé sur des groupes que j’ai vus qui ont mis quelque chose de différent dans leurs sets, plutôt que ceux où le concert sonne exactement comme l’album et la présentation est ennuyante et on dirait qu’on est censés être reconnaissants de même être dans la même pièce qu’eux. Ce n’est pas une raison de dépenser 30 £. Une grande partie vient d’une expérience formatrice à regarder les Flaming Lips. C’est plus le côté performance des choses et c’est une manière de compenser le fait qu’on n’est pas des personnes très charismatiques sur scène, on ne saute pas partout comme Biffy Clyro. C’est une question de vouloir monter un bon spectacle, vouloir divertir les gens, et transformer vos faiblesses en forces”.

The Race For Space est sorti sur Test Card Recordings


PUBLIC SERVICE BROADCASTING
The Race For Space
Test Card Recordings

Les multi-instrumentalistes du Sud de Londres regardent vers les étoiles à la recherche de l’inspiration terrestre.

Inform, Educate, Entertain de Public Service Broadcasting était soutenu par un surplus de créativité et d’ambition. C’était un premier album remarquable, avec une cohérence et une confiance qui sonnaient comme l’œuvre d’artistes qui faisaient de la musique depuis des années. Pour tous ceux inquiets que son successeur pourrait être entravé par un épuisement d’idées, aucune telle anxiété n’est nécessaire. Bien que ce deuxième album revisite le modèle musical du premier en ce qui concerne ses textures multiples, ses couches et son utilisation des samples, The Race For Space comprend une collision de genres apparemment disparates à l’éclectisme impressionnant, le tout étayé par l’usage de l’électron innovateur de manière fiable de PSB.

The Race For Space est vraiment un album concept, mais il est heureusement plus éclairé par l’esthétique post-moderne de Factory Records que les petits plaisirs prog-rock de groupes tels que King Crimson et ELP. Les thèmes de l’album sont révélés de son ouverture éponyme, collage délicat de notes ambiantes accompagnées par des bribes du discours marquant de John F Kennedy expliquant sa vision de l’exploration de l’espace et son importance dans l’histoire de l’humanité, illustrant la passion que J Willgoose, Esq et Wigglesworth de PSB ont pour cette sorte d’intérêts scientifiques et interstellaires.

Bien qu’il manque par occasions à l’enregistrement l’impact immédiat de Inform, Educate, Entertain, il y a beaucoup de méandres dans des directions inattendues, pleins d’explorations difficiles de nouvelles directions de son. Le jazz-funk dément de EVA et l’harmonie teintée des Baléares de Valencia, qui comprend une vraie voix féminine humaine, en sont deux bons exemples. Gagarin fournit de manière similaire une excursion surprise sur un dance floor futuriste, avec un excellent travail de fret et de puissants coups de cuivre. Go est le morceau le plus entraînant et contagieux ici et illustre juste combien le duo est habile pour fusionner une sensibilité pop naturelle avec des paysages sonores expérimentaux et des samples rythmiques sans transition.

Centrale au succès de l’album, la manière avec laquelle la musique évoque la grandeur et l’émerveillement de la course à l’espace actuellement stoppée, servant de document à la nostalgie plaisante d’une ère révolue. Tandis que la majorité des morceaux sont résolument optimistes et de célébration, l’un des moments les plus émouvants est Fire In The Cockpit, morceau d’humeur inquiétante combinant des samples décrivant la tragédie de l’incendie d’Apollo 1 et des vagues ronronnant es de parasites et de bruit blanc. The Other Side pendant ce temps revisite la première mission habitée en dehors de l’orbite de la Terre, les samples détaillant le silence radio tendu que les astronautes d’Apollo 8 ont connu quand ils ont voyagé du côté de la face cachée de la Lune et le soulagement de réémerger dans la portée de transmission et le guidage du centre de contrôle.

L’effort et la réussite humains, que ce soit sur Terre ou dans l’espace, sont restés des thèmes récurrents pour l’œuvre de Public Service Broadcasting – et ils devraient être applaudis pour les célébrer d’une manière qui est attachante et inspirante. The Race For Space est un album fascinant et grandement accompli qui fait référence au passé, tout en contemplant courageusement l’avenir.

Miles Picard

Traduction : 6 mai 2018