Tag Archive: J. Willgoose

The Guardian | 17 juin 2017

Public Service Broadcasting : “Nous voulions faire quelque chose sur un plan plus humain”

Le nouvel album du groupe, Every Valley, chronique la destruction de l’industrie charbonnière galloise et comment son héritage résonne toujours en ces temps changeants.

C’est le soir des élections générales dans l’institut des mineurs de Ebbw Vale et quatre Anglais racontent aux Gallois le passé du Pays de Galles. Ils portent des cravates, plutôt vaillamment, devant des choristes qui descendent des pintes et des rockeurs du coin qui portent des t-shirts de tournée des années 1970. Au-dessus de la scène, les écrans passent des images de mineurs du milieu du XXème siècle, les yeux brillant comme l’anthracite, une cigarette pendant aux lèvres. “La démarche fière et arrogante des seigneurs du front de taille”, vibre la voix de Richard Burton dans les haut-parleurs, “à regarder les snobs d’un œil hostile”. Ces mineurs ressemblent à des rock stars, bien plus que Public Service Broadcasting, qui fait marcher la machine ce soir.

Entre 2013 et 2015, Public Service Broadcasting a travaillé un sillon fertile dans le paysage pop avec deux albums samplant d’anciens films d’information sur de l’électronica recouverte de guitare : les aventures de Boy’s Own sur l’espace, les Spitfires et la seconde guerre mondiale. Ils reviennent avec un disque très différent : Every Valley. Chroniquant la montée et la chute de l’industrie charbonnière du Pays de Galles, il a été enregistré dans l’institut de Ebbw Vale, situé dans l’une des régions les plus défavorisées d’un pays prévue d’osciller plus près des Tories ce soir. L’année dernière, les gens ici ont énormément voté pour quitter l’UE.

Le concert de ce soir a été réservé bien avant que ces élections aient été annoncées et le leader J. Willgoose, Esq. (ses collègues JF Abraham et Wrigglesworth ont des pseudonymes similaires tout droit sortis de la base de la RAF à Molesworth) est assis dans un local de conseil à l’étage, sans nœud papillon pour l’instant, paraissant nerveux. “On va se prendre une volée totale, je pense”.

Il parle du parti travailliste, le Labour. Every Valley est un projet né de son intérêt renouvelé pour la politique et une société qui, selon lui, étouffe l’opportunité et le potentiel chez les gens ordinaires. “Cette expression horrible, restez dans votre voie… ce disque peste contre ça et se souvient du désir de s’améliorer qui est venu de communautés qui se sont unies autour d’une seule industrie, quand il y avait plus d’engagement politique et l’idée de venir de la classe ouvrière ne voulait pas dire que tu ne pouvais pas apprécier l’art ou la poésie”.

Willgoose a d’abord eu l’idée de Every Valley avant The Race For Space de 2015, voulant s’éloigner de “gros sujets épiques… et faire quelque chose sur un plan plus humain”. Les thèmes de l’album ne concernent pas que le Pays de Galles, non plus, il ajoute – son titre est délibérément universel.

Malgré de “vagues liens” au pays grâce à une grand-mère à moitié galloise, Willgoose a été sur ses gardes à propos de ce projet étant un Londonien qui apporte son grain de sel. Il a enregistré des interviews avec des anciens mineurs via la NUM à Potypridd et examiné des montages d’audio et de films à la South Wales Miners’ Library de l’université de Swansea. “Je m’attendais à être vu avec des regardes de côté suspects, constamment, dit-il. Mais ce n’est pas arrivé une seule fois. Tout le monde a été accueillant et ouvert, me soutenant… et faisant les mêmes blagues sur le Brexit que nous à Londres”. Il y a une histoire encore ici, on sent, qui a besoin d’être racontée de nouveau.

Every Valley raconte cette histoire très inclusivement. Les femmes sont le sujet du touchant They Gave Me A Lamp (“Si on pouvait faire que les femmes s’intéressent à un truc, si on pouvait les impliquer dans une chose, on pouvait les voir sous cet autre jour”, dit la voix d’une femme du coin, Margaret Donovan). You + Me est un duo bilingue avec Lisa Jên Brown de 9Bach, pour aborder “l’histoire des Anglais qui ont été absolument immondes quant à la langue galloise”, explique Willgoose. James Dean Bradfield transforme le poème Gwalia Deserta XXXVI de Idris Davies en la chanson rock Turn No More, tandis que le Beaufort Mal Choir chante Take Me Home.

Le risque de romantiser le passé pend lourdement au dessus de ce disque, mais des morceaux comme The Pit ramènent les choses sur Terre, détaillant le “mètre” d’espace de travail et les 26 degrés de chaleur. Ainsi que le refrain de Progress (“Je crois au progrès”), double sens mélancolique capturé parfaitement par Tracyanne Campbell de Camera Obscura. Willgoose ne voulait pas imposer de message politique plus fort dans la musique, parce que “c’est bien plus fort si tu laisses de l’ambiguïté – si tu es trop honnête, le fait que ton message soit correct n’a plus d’importance”.

Il préférerait que les échos du passé dans ce disque nous aident à penser au présent, comme la manière dont la destruction des syndicats dans les années 1980 possède un héritage dans les conditions de travail d’aujourd’hui. Après la majorité Tory de 2015, et le vote sur le Brexit de l’année dernière, ce projet se ressent encore plus vital. “Le voir devenir plus pertinent, tandis que plus de dominos tombent… il semblait important de se mettre au travail”, dit-il.

Une demi-heure avant le début du concert, l’institut vibre. Wayne Thomas et Ron Stoate de la NUM sont là, Willgoose les a interviewés pour l’album ; des hommes solides vêtus de polos qui ont survécu à la grève des mineurs, ils sont toujours juvéniles aujourd’hui, ce qui propulse le passé dans le présent. Stoate pense que le disque est “vraiment bon – les chansons sur les mines avant ceci étaient solennelles et parlaient de la poussière et de mourir dans ton lit d’hôpital”. Thomas est d’accord. “Pour un jeune homme de venir de l’extérieur et de vraiment connaître les gens et reconstituer l’histoire – il y a une véritable sincérité ici”.

Les deux hommes croient que les gens des vallées ont été trompés par les hommes politiques ces récentes années. “Le vote pour quitter l’union européenne, c’était ce sacré bus. 350 000 £ au NHS – tant de personnes ont voté pour ça”, peste Stoate. “Et quant à l’immigration ! Les gens qui font, Ces sacrés Polonais qui viennent ici en nous volant nos emplois. En bas dans les mines, on travaillait tout le temps avec des Polonais. Des Lithuaniens, des Lettons, tous !” Wayne acquiesce de la tête. “Localement, nationalement, internationalement, il y a eu une destruction de cette connaissance, ces souvenirs”. Puis il hausse les épaules. “On ne peut qu’espérer que les choses vont s’améliorer”.

Public Service Broadcasting montent sur scène à 20h30. Le concert est entraînant et émouvant, des hommes adultes les larmes aux yeux devant des publicités de campagne de recrutement pour le National Coal Board dans les années 1960, ainsi que des chansons sur la conquête de l’Everest et le premier voyage en orbite de la Lune – toute la nuit, on voit des hommes transportés dans leur enfance, à pleine voix.

Sept heures plus tard, Blaenau Gwent réélit son député travailliste, Nick Smith, avec 58% des votes, et le candidat Ukip chute de la deuxième à la quatrième place. Willgoose passe la nuit dans un Premier Inn du coin, choqué, les paroles d’un fan qui a grandi près de Ebbw Vale lui résonnant encore dans les oreilles. “Il a dit que le concert était une sensation étrange, comme avoir un groupe qui lui parle directement… et si on a contribué à ce qu’on entende la voix de personnes, d’une manière minuscule, alors c’est génial”. Et que pense-t-il des résultats des élections ? “C’est totalement le foutoir, mais peut-être que c’est le début d’une nouvelle génération qui trouve sa voix, se rendant compte qu’elle a la chance de faire bouger les choses”.

Every Valley sort le 7 juillet sur PIAS Recordings

Jude Rogers

Traduction : 9 juin 2019

The News | 24 avril 2015

Public Service Broadcasting ne cessent de regarder vers les étoiles dans la Course à l’Espace

La course à l’espace a marqué une période hors pair d’exploration et d’avance technologique pour l’humanité

Mais curieusement tout semble plutôt désuet et l’époque est saupoudrée de nostalgie.

Cependant Public Service Broadcasting ont jeté un œil frais aux 15 années de 1957 à 1972, utilisant des images d’archives et les combinent avec une musique de pointe.

Comme le leader de PSB, J Willgoose, Esq, le dit : “C’est incroyable quand tu penses que c’était il y a plus de 40 ans. On a mis des gens sur la lune et on s’est arrêtés. Ce n’est pas souvent qu’on revient en arrière d’une réussite technologique et ça n’a pas été revisité.

“L’opportunisme politique est resté je suppose. On a besoin des bonnes circonstances historiques qui ont nourri cette période incroyable, quand ils avaient la raison et l’excuse de dépenser l’argent sur ce genre d’efforts.

“Je pense que c’est un exemple intéressant de la manière dont l’humanité s’est poussée en avant – la manière dont cette poussée créative peut sortir de quelque chose conçu pour la destruction”.

The Race For Space nous emmène du lancement de Spoutnik 1 à l’hommage “Afrobeat avec des balalaïkas” au premier homme dans l’espace, Gagarine, le désastre d’Apollo 1, et finalement l’alunissage.

Après le succès du premier album de 2013, Inform-Educate-Entertain, J dit qu’il avait déjà une idée d’où il voulait aller après : “J’ai pensé que ce serait un EP ou un mini-album, je n’ai jamais pensé que ce serait un album complet mais quand j’ai commencé à travailler dessus, c’est devenu huit morceaux assez rapidement et après c’était un album”.

L’album a été dévoilé au National Space Centre de Leicester en février.

“Le spectacle sur scène est un peu une évolution plutôt qu’un révolution – on a un peu plus de fioritures spéciales, explique J. On a construit notre propre Spoutnik à LED, et on a tout un tas d’autres effets visuels. On a également un troisième membre qui nous a rejoint sur scène, JF Abraham, qui joue un peu de cuivre, des claviers et des percussions. C’est un son plus gros et un spectacle plus impliqué sur le plan musical”.

La première partie est assurée par les Smoke Fairies de Chichester, qui apparaissent sur l’hommage de The Race For Space à la première femme dans l’espace, Valentina Tereshkova. “La manière dont elles l’ont fait, elles ont été assez courageuses”, dit J de leur contribution. “Ce serait terrifiant pour moi d’aller dans un studio faire ce qu’elles ont fait.

“Elles ont définitivement poussé la chanson dans une direction qu’elle n’aurait pris autrement”.

Ils jouent au Pyramids Centre ce soir, ouverture des portes à 19h. Billets à 19.25 £.

Traduction : 27 mars 2017

HMV.com | 30 novembre 2015

Public Service Broadcasting @ Cardiff Y Plas

Les excentriques acclamés Public Service Broadcasting sont passés par Cardiff cette semaine et nous étions là pour les chroniquer…

Qui ?
Les sampleurs rock-indé prog les plus dans l’espace, Public Service Broadcasting, tournant leur nouvel album, The Race For Space

Où ?
À Y Plas dans l’université de Cardiff.

Était-ce complet ? Et comment était le public ?
La salle elle-même s’est beaucoup animée avant avec tout le monde essayant d’avoir la meilleure vue de la scène. PSB n’est pas le genre de groupe avec qui le public chante ou danse, cependant ce qui se rapproche le plus, c’est durant Go.

Alors comment était le set ? Qu’ont-ils joué ?
Le set est fréquemment surprenant et toujours divertissant dès le début. On nous offre une courte infomerciale concernant l’étiquette correcte en concert en termes de prise de photo et de parler fort. Ce ton ironique est commun tout au long du set.

Ouvrant avec Sputnik extrait de The Race For Space, c’est un développement lent mais il établit parfaitement chaque membre du groupe et met en lumière la progression de leur musique. En comparaison, Signal 30 suit, qui s’il n’y avait pas les samples est la chose la plus proche du rock direct qu’ils puissent faire et il s’anime encore plus sur scène.

Tout au long du set, nous voyons une multitude d’instruments des standards claviers, basse et guitares à des cuivres, des bugles et même un banjo sur Theme From PSB. Les lumières qui accompagnent durant ces chansons dont Night Mail sont très impressionnantes, racontant une histoire tout en jouant en même temps.

Dévoilant la nouvelle chanson Korolev pour la première fois ce soir, nous avons l’impression de se faire offrir un véritable cadeau avec la meilleure chanson sur le patinage sur glace néerlandaise que vous n’entendrez jamais ! Tandis que le public entend les notes d’ouverture de Spitfire, extrait de leur premier album, elle reçoit les plus grands hourras de la soirée jusqu’ici.

Les suivants arrivent au milieu de The Other Side qui raconte vraiment une histoire via ses samples et son utilisation des lumières. Tandis que le vaisseau de l’histoire voyage du côté de la face cachée de la Lune, la scène est plongée dans l’obscurité jusqu’à ce que quelques étoiles pendues au plafond s’illuminent. Tandis que le groupe revient, la foule applaudit avec les images.

Go est ce qui se rapprocherait le plus à un public qui chante en chœur tandis que le rappel Gagarin est ce qui se rapproche le plus d’une danse. Accompagnés par des costumes voyants, des cuivres groovants ainsi qu’un astronaute dansant au fond, c’est génial de voir le groupe qui ne se prend pas trop au sérieux et qui s’amuse autant que le public.

Ont-ils mis le feu ?
Les lumières sont très impressionnantes, accompagnés par des écrans au fond diffusant les images qui vont avec la musique. Chaque membre du groupe sont des personnages en eux-mêmes, apportant un sens de l’humour aux événements et s’y jetant dedans.

De bonnes plaisanteries entre les chansons ?
Le groupe eux-mêmes ont leurs propres pseudonymes alors il n’y a pas de véritable communication verbale avec la foule. Pourtant le leader J. Willgoose, Esq. communique avec la foule via son ordinateur ce qui maintient vraiment leur sens de l’humour qu’ils ont avec tout le monde.

Quel a été le clou du set ?
Le nouveau single Korolev se démarque du reste, en particulier quand les cuivres arrivent et passent la vitesse supérieure.

Où puis-je les voir après ?
La tournée passe par Londres en arrivant l’année prochaine à Leeds, Édimbourg et Liverpool. Ils font également un énorme concert avec les Manic Street Preachers au Liberty Stadium de Swansea en été.

Dan

Traduction : 10 novembre 2016

Point nœud pap’ ;)

Vous aurez peut-être remarqué que J ne portait pas son nœud pap’ habituel samedi à Paris. Effectivement, il s’agissait d’un des deux modèles qu’Olivia Pradel de Bow & Belle lui avait remis la veille à Lyon (je suis témoin !).

Il y a de très jolis modèles masculins et féminins !

Public Service Broadcasting.5 mars 2016.La Maroquinerie.Paris.Michela Cuccagna©

Public Service Broadcasting.5 mars 2016.La Maroquinerie.Paris.Michela Cuccagna©

J. Willgoose, Esq. explique la décision du groupe d’apparaître à un concert anti-Tories

Toujours sur son Tumblr, voici ma traduction :

“Aujourd’hui (21 septembre), nous avons confirmé que nous jouerons lors d’un événement à Manchester nommé “Beat Back” (“Faire reculer” ou “repousser”). Il est organisé par la People’s Assembly Against Austerity et a lieu durant la semaine de la conférence du parti conservateur. Le reste de l’affiche comprend Super Furry Animals et Charlotte Church, avec plus à être annoncés.

J’ai énormément réfléchi à propos de rejoindre cette affiche quand on nous a contactés. Je ne suis pas vraiment du genre à courtiser la controverse, la démagogie style tribune improvisée ou à lancer des débats en général. J’ai une peur quasi-pathologique de la confrontation. Et en tant que musicien, on a l’impression que, prendre des risques pour une cause, sur le plan politique, est devenu beaucoup plus risqué aujourd’hui, période où les groupes acceptent le sponsoring de marques sans même y réfléchir, et les marques sont à peu près partout sur le processus d’enregistrement, de la performance et, effectivement, de la vente de la musique. Néanmoins, nous en avons tous discuté, et nous avons décidé que c’était quelque chose que nous ressentons fortement pour y répondre “oui”.

Il est difficile de localiser exactement quand il a été démodé, ou que c’est devenu la chose à ne pas faire, pour les groupes d’être des bêtes politiques explicites. Certainement pas les années 1980 – l’existence continue du Clash réfuterait cela par elle-même, sans compter le grand nombre d’artistes et musiciens qui ont soutenu les mineurs durant leur grève d’un an. Même bien dans les années 1990, des groupes comme les Manic Street Preachers ouvraient férocement une voie très politique, et continuent à le faire aujourd’hui. Radiohead ont soutenu une variété de campagnes, dont une pour Friends of the Earth, et tandis que les Levellers ont été vivement moqués (en particulier par les Manics !), il serait difficile de nier que leur musique avait un côté politique. Sans utiliser Google, je me souviens des Beastie Boys, de Massive Attack, et même de Noel Gallagher jouant lors de concerts de protestation et les promouvant. (Aujourd’hui, je parierais que beaucoup de musiciens rechigneraient devant l’opportunité de jouer lors d’un concert Free Tibet, pressés par leurs labels de ne pas vexer un marché chinois émergeant et probablement très lucratif.)

Avancez très rapidement jusqu’aux groupes qui ont émergé ces dix dernières années et il est plus difficile pour moi de penser à des exemples de personnes qui ont volontiers pris des risques sur le front ou se sont explicitement alignées avec certaines causes. La position de Young Fathers après le Mercury Prize a été admirable, mais c’est l’exception qui confirme la règle. C’est presque comme si le marché musical, oppressé par des forces externes de toutes parts, était devenu plus conservateur et centralisé sur l’appel de masse pour survivre. “Ne vexez personne – on pourrait ne pas vendre autant de disques”. C’est assez ironique pour moi que je m’attends à plus de critiques en ligne aujourd’hui pour vouloir partager une scène en soutien d’idées de gauche traditionnelles ou libérales que nous en avons eu pour apparaître sur une scène avec “Barclaycard” blasonné dessus. Je sais laquelle je trouve plus perturbante, certainement.

Peut-être que jouer un peu plus prudemment, c’est ce que les groupes doivent faire aujourd’hui pour survivre, je ne sais pas. Moi, certainement, je ne m’en prendrais pas à ceux qui ne veulent pas de tapage, d’attention ou de critique qu’ils affrontent pour avoir défendu une cause (je ne sais simplement pas comment Charlotte Church supporte les injures qu’elle reçoit simplement pour avoir une opinion, et l’exprimer, sur les problèmes politiques d’aujourd’hui), et ce n’est certainement pas le sujet de ce post. Mais je crois fermement que les artistes, les écrivains et les musiciens devraient être libres de défier l’orthodoxie là et quand (et comme) ils le jugent bon. Nous n’existons pas dans un vide. Nous ne devrions pas nous excuser pour avoir exprimé des croyances politiques ou pris position pour quelque chose. Je ne m’excuse pas de cela.

Pour en revenir à l’annonce d’aujourd’hui, s’il y a une certaine surprise et résistance à ce que nous révélions une opinion politique ou deux, il y a peut-être également une certaine surprise que ces opinions ne soient pas aussi conservatrices que certains critique pourraient aimer à le croire. Cela a toujours été facile – et paresseux, je dirais – pour les critiques et ceux qui ne nous aiment pas de nous rejeter comme de la pure nostalgie, distraits par certains samples que nous utilisons et les associer à la pénible école “keep calm” de l’histoire fétichisée relookée. Ce ne serait pas vraiment un bond en avant d’extrapoler cela vers l’extérieur en assumant que nous épousions des valeurs conservatrices (petit ou grand C), ou quelque chose qui veuille revenir à ces mythiques “bons vieux jours”. Cela n’a jamais été ce dont nous parlons, en ce qui me concerne – l’indice se trouve dans le nom, tout d’abord (combien de Conservateurs aujourd’hui plaident en faveur du service public ? – “Public Service Broadcasting” en anglais, NDLT).

En regardant de plus près, le sentiment d’ensemble de The War Room est voulu comme l’un de peur et de perte, s’ouvrant avec le premier et se refermant très définitivement avec le deuxième. Ce n’est pas une célébration de conflit. Même la seule chanson la plus festive, Spitfire, est mélangée à de l’ironie ; elle aborde explicitement le beau design et la belle créativité qui agissent dans la fabrication d’un véhicule de mort et de destruction. En même temps, elle salue une machine qui a aidé à repousser le fascisme hors du pays et, finalement, a contribué en grande partie à sa chute. Je n’ai jamais trouvé qu’il y avait du mal à cela, et je ne crois pas que la gauche devrait reculer devant la célébration de machines qui ont aidé à battre les maux du fascisme, sous n’importe quelle forme. Le fait que la chanson fasse tout cela sur l’accompagnement du krautrock, utilisant des samples d’un film de propagande conçu pour susciter des sentiments patriotiques tout en s’éloignant considérablement des véritables événements, ne fait que souligner encore plus les ironies pour moi. Mais je comprends comment certains pourraient, à un niveau plus superficiel (et sans y réfléchir de manière plus sérieuse), vouloir la peindre et nous de manière plus conservatrice que nous le sommes. Ils ont tort, cependant. *

Des pensées et des thèmes similaires se trouvaient derrière l’écriture de The Race For Space, période d’énormes avancées technologiques rendues uniquement possibles par les uniques alignements géopolitiques de l’époque. À quel autre moment l’Amérique aurait pu justifier la dépense de milliards de Dollars pour envoyer un géologue sur la Lune ? Et plutôt que lire l’album comme une sorte de célébration de vols impérialistes de bêtises fantaisistes de plantage de drapeau, on pourrait tout aussi facilement le considérer comme un soutien des bénéfices énormes que les pays et les économies peuvent récolter d’un énorme engagement de dépenses publiques. Pensez à combien d’emplois, d’industries même, ont été créées par l’investissement d’environ 110 milliards de $ en argent d’aujourd’hui dans le programme Apollo. 110 milliards de $ investis dans ce qui était essentiellement de la recherche scientifique et technologique ! Imaginez si nous pouvions persuader les gouvernements d’aujourd’hui à faire des engagements similaires aux changements environnementaux que nous déclenchons (et oui, on pourrait ironiquement ajouter les millions et millions de tonnes de carburant utilisé à la poursuite des étoiles dans ces changements).

En tout cas, je crois fermement que ce n’est pas à moi de dire ce que veut dire notre musique. Cela fait partie du processus de la sortir – une fois qu’elle n’est plus dans nos mains, on n’a plus de contrôle sur sa signification et elle appartient aux personnes qui l’écoutent. Je pense qu’il serait juste de dire, cependant, que notre musique semble presque toujours se retrouver à célébrer le triomphe sur l’adversité, l’effort humain et les choses que nous pouvons atteindre lorsque nous travaillons ensemble. Ce sont des choses dans lesquelles je crois sérieusement et fortement, et ce sont ces croyances qui me font avoir mal au cœur quand je vois les photos de ce petit garçon sur la plage, ou quand je lis à propos de ces familles qui meurent dans des vans, des canots pneumatiques ou n’importe quel autre moyen de transport désespéré ils en sont réduits à prendre. Ce sont ces croyances qui me poussent à plaider contre les coupes budgétaires qui touchent les plus pauvres et les plus vulnérables de la société, et un fossé qui s’agrandit entre les riches et les pauvres ; de manière similaire, contre la privatisation en cachette de la sécurité sociale et le délabrement de la BBC pour apaiser les propriétaires privés des médias. Vous pouvez ne pas être nécessairement d’accord avec nos croyances, mais je ne crois pas que quelqu’un puisse nous nier le droit de les avoir ou de les exprimer. Au contraire, je pense que ce devrait être encouragé – il se peut que je n’ai pas à dire ce que veut, ou pas, dire notre musique, mais je peux certainement dire ce en quoi je crois.

Risquement vôtre,

J. Willgoose, Esq.

(*) Ayant dit cela à propos de Spitfire, il est difficile de faire passer une telle description nuancée dans une performance live, surtout quand nous n’utilisons pas de micro pour parler au public, je ne me suis toujours pas décidé si oui ou non c’est “juste” de la jouer lors d’un événement soutenu par Stop The War. Nous verrons.”

J. Willgoose, Esq. s’exprime sur le sexisme dans l’industrie musicale

Willgoose s’est récemment mis à blogger sur Tumblr. Il y a quelques semaines, il a décider de parler du sexisme dans l’industrie musicale, dont il est devenu pleinement conscient lors de la dernière tournée du groupe avec Smoke Fairies en première partie. Ayant assisté à 8 concerts sur 13, j’ai pu moi-même faire le même constat. Voici ma traduction :

Les femmes musiciennes

Plus tôt cette année, nous sommes partis en tournée au Royaume-Uni et en Irlande pour promouvoir notre nouveau disque, The Race For Space. L’album comprend une collaboration avec Smoke Faires, duo constitué de Katherine Blamire et Jessica Davies, qui sont accompagnées de manière compétente d’un groupe de trois personnes sur scène. Elles ont co-écrit et chanté sur un morceau de l’album, Valentina, chanson sur la première femme dans l’espace. Cela semblait une grande affiche pour moi – nos fans auraient une excellente première partie et nous pourrions interpréter la chanson ensemble chaque soir sur scène, aussi, ajoutant quelque chose de différent à notre spectacle live.

Tout a été confirmé de deux côtés et “l’annonce” (je déteste vraiment que les groupes “annoncent” des choses tout le temps – cela semble si suffisant, même si c’est devenu le mot standard pour toute sorte d’information liée à un concert) est parue sur tous les sites de médias sociaux habituels. La réaction générale était très bonne et concordait à ma propre opinion de l’affiche. Puis j’ai remarqué un commentaire qui se cachait parmi les sympathiques – il disait quelque chose du genre, et je paraphrase : “Je me demande pourquoi vous, deux jeunes gars, voulez les belles et glamour Smoke Fairies en tournée avec vous !” Vous pouvez ajouter vos propres clins d’œil et petits coups de coude entendus à la fin, si vous voulez.

Bon, nous avons tendance à avoir des fans très sympathiques en général – ils sont très polis, très enthousiastes, parfois très honnêtes mais pratiquement toujours d’une façon charmante. Parfois, ils font des blagues que je ne trouve pas très drôles – en particulier les références pénibles à l’Hôtel en folie qui émergent toujours quand nous annonçons un concert en Allemagne – mais c’est à peine un délit. Et ce commentaire, aussi, était considéré comme une blague. De tous les commentaires que nous ayons reçus cependant, celui-là me fait me hérisser le plus.

Je ne tiens pas de méchanceté particulière à la personne qui l’a écrit – en effet, je n’arrive pas à retrouver le commentaire original aujourd’hui – et je ne le vois pas comme autre chose qu’une représentation d’une mentalité très datée mais tristement toujours très répandue. Il est difficile, cependant, de trouver ce qui est le plus fortuitement offensant dedans : la “blague” hilarante que nous ayons mis nos propres avances séductrices devant notre considération du public qui paie pour venir nous voir, sans mentionner nos alliances assez évidentes (indice : elles sont grosses, brillantes et sont visibles sur la plupart des photos et quasiment toutes les performances live) ; la totale ignorance de notre collaboration (qui était pourtant expliquée dans le post commenté) ; ou l’affront fortuit sur Smoke Fairies d’être principalement, cette expression moderne assez hideuse, “bonnes”, plutôt que d’excellentes musiciennes de leur propre droit.

En fait, ce n’est pas difficile. La dernière partie est clairement la plus offensante. Mais le post était au moins utile dans un sens : il m’a ouvert les yeux beaucoup plus qu’avant au sexisme fortuit lancé aux groupes possédant des femmes musiciennes – du sexisme qui, tout comme le mec qui siffle les filles dans la rue, est défendu comme étant un compliment (“Souris, chérie !”) quand ce n’est pas du tout le cas. Étant un homme dans un groupe, on a tendance à rester inconscient de ce genre de commentaires, et ce n’est (à ma grande honte) qu’au moment où j’ai été directement attiré dedans que j’ai commencé à reconnaître combien de tels commentaires sont offensants.

Ce post était juste le signe avant-coureur de ce qui a suivi sur la tournée elle-même – j’ai lu des commentaires sur Twitter sur combien nous étions excellents et Smoke Fairies “superbes”, j’ai vu des extraits de chroniques sur internet où notre style musical était loué et Smoke Fairies étaient glorifiées comme “sensuelles”, et même certains organes de presse “professionnels” sont descendus dans un territoire prévisible, se concentrant d’abord sur à quoi Smoke Fairies ressemblaient plutôt qu’à leur musique.

Tandis que la tournée continuait, je me souviens de Smoke Fairies répondant directement à un tel tweet, dans lequel nous avions été “étonnants” ou un adjectif dans le genre et elles avaient été simplement “belles”. Elles ont répondu, avec un ton d’exaspération lasse : “Pourquoi sommes-nous belles ?” Je ne suis pas sûr qu’elles aient reçu une réponse. Twitter peut être un endroit assez déprimant pour tuer le temps, parfois, et il m’a rarement semblé autant que cela qu’au moment où j’ai lu cet échange.

Bon, peut-être que certains d’entrevous qui étaient à ces concerts et ont fait des commentaires similaires en public ou en privé se sentent quelque peu sur la défensive en ce moment – après tout, je vous entend dire, ce sont clairement des femmes attirants et, eh, elles montent sur scène vêtues de robes dorées à paillettes, alors, vous savez, si elles veulent que les gens se concentrent sur la musique, pourquoi elles n’atténueraient pas la chose ? Mais comme ce post de Headstuff l’a ironiquement souligné, c’est la différence entre l’attention portée par l’œil masculin – et les chroniqueurs musicaux sont toujours majoritairement des hommes – sur l’apparence des femmes musiciennes, tout d’abord, plutôt que sur leur talent, qui reste vraiment en travers de la gorge – surtout quand on la compare au traitement que les musiciens hommes similaires reçoivent. Oui, certains groupes féminins peuvent être beaux – mais pourquoi donc en faire le premier adjectif ou commentaire lorsqu’on les juge en tant que groupe musical.

Je suspecte avoir perdu une poignée de mes quelques lecteurs maintenant, étiqueté comme faisant partie du collectif politiquement correct moderne où “on ne peut même plus complimenter une femme sans être arrêté par la police d’internet bla bla minorité persécutée bla bla UKIP bla”, mais mon expérience en tournée avec Smoke Fairies m’a rendu particulièrement sensible à ce genre de condamnation avec louange malencontreuse et particulièrement motivé à repenser ma propre approche en travaillant avec et en parlant de femmes musiciennes. Tout d’abord – je vais arrêter de les appeler femmes musiciennes. Ce sont des musiciennes. Tout comme le mémorable échange sur Twitter entre Neko Case et playboy a fait remarquer (excusez la vulgarité mais “NE ME FAITES PAS UN PEGGY OLSEN, BANDE DE CONNARDS” reste une de mes réparties préférées), et tout comme Savages a barré les mots “all-female” (“entièrement féminin”) de leur légende dans le New York Times, il n’y a pas besoin de différencier les groupes menés par un homme ou par une femme. Ce sont tous… attendez… des groupes. Ce serait sympa si nous nous y mettions tous et essayons de refléter cela dans le monde réel, et arrêtions de rendre l’apparence d’un groupe plus importante que leur son.

J.W.(E)

Dans une sorte de post-scriptum, j’aimerais faire remarquer que de telles différentiations peuvent toujours être utiles quand elles sont proprement appliquées, comme dans la série de line-ups de festivals bricolés qui ont commencé à apparaître cette année (le premier étant le poster de Reading/Leeds modifié par Crack In The Road) ; cela aide clairement à identifier la sous-représentation continue de femmes musiciennes et artistes au plus haut niveau. Mais quand on décrit un groupe dans une chronique ou une légende (voir le tweet de Savages, ci-dessus), cela ne sert à rien.

MOJO | mai 2013

PUBLIC SERVICE BROADCASTING **** Inform – Educate – Entertain Test Card. CD/LP

Le duo londonien qui secoue l’histoire font une descente dans les archives

Quand ils jouent live, Public Service Broadcasting ont un ordinateur pour faire des annonces sur scène ; mais à la place d’une voix robotique froide, c’est un présentateur simulé en Received Pronounciation qui dit au public qu’ils sont beaux. Tel est le monde reithien hors du temps du groupe, que le leader, J. Willgoose, a envisagé quand il a sauté sur les films d’information publiques du BFI. Recouvrir du post-rock et de l’électro adrénalisés de dialogues samplés de films des années 1930 à 1950 pourrait sembler être une prémisse sèche, mais il y a un transport étrange et saisissant à avoir dans ces voyages imaginatifs concernant grimper le Mont Everest, le Spitfire qui a massacré la Luftwaffe et, dans le morceau de Kraftwerk dans la cabane du jardin au banjo entraînant, ROYGBIV, les gloires de la science (est-ce que PSB sont poussés par une idée passée mais chaleureuse qui fume la pipe que la virilité semble si démodée qu’elle en est devenue avant-gardiste ?). À ranger avec admiration à côté de British Sea Power et la tendance hantologiste.

Ian Harrison

Traduction – 2 août 2015