Personnes

WILLIAM ANDERS

Samplé sur The Other Side

William Anders, né le 17 octobre 1933 à Hong Kong, est un astronaute de la NASA.


Biographie

Anders est né à Hong Kong et a été diplômé de l’Académie navale d’Annapolis en 1955 puis en ingénierie nucléaire à l’Air Force Institute of Technology de la base de Wright-Patterson (Ohio) en 1962. Il a atteint le grade de Major-General (Général de division en France) dans l’USAF.


Activités à la NASA

En 1964, William Anders est sélectionné comme astronaute par la NASA. Il travaille dans les domaines de la dosimétrie, des effets des radiations et les aspects environnementaux. Il est pilote remplaçant de la mission Gemini XI , puis membre de la mission Apollo 8 qui est la première en orbite lunaire en décembre 1968 et est remplaçant de la mission Apollo 11. Lors de la mission Apollo 8, il prend notamment la célèbre photographie Earthrise qui montre un lever de Terre depuis l’orbite lunaire.


Carrière après la NASA

William Anders est nommé en 1973 président de la délégation américaine dans le programme d’échange américano-russe sur la fission et la fusion nucléaire, puis nommé, par le président Gerald Ford, premier président du Nuclear Regulatory Commission. Il est ensuite ambassadeur des États-Unis en Norvège jusqu’en 1977.

Il rejoint ensuite General Electric en 1977, qu’il quitte en 1984 pour le groupe Textron, puis, en 1990, il rejoint General Dynamics. Il prend sa retraite en 1994.

Source : Wikipédia France

FRANK BORMAN

Samplé sur The Other Side

Frank Borman, né le 14 mars 1928 à Gary (Indiana) et mort le 7 novembre 2023 à Billings (Montana), est un astronaute américain qui a effectué deux missions ayant joué un rôle majeur dans le programme Apollo : Gemini 7 au cours duquel est réalisé le premier rendez-vous orbital et Apollo 8 qui est la première mission avec équipage ayant quitté l’orbite terrestre basse et ayant orbité autour de la Lune.

Borman grandit à Tucson en Arizona. Il décroche un diplôme d’officier à l’Académie militaire de West Point en 1950 puis rejoint l’armée de l’air américaine où il devient pilote d’avion de chasse. En 1957 il décroche une maitrise en ingénierie aéronautique au California Institute of Technology (Caltech) puis devient professeur adjoint en thermodynamique et mécanique des fluides à West Point. Il est sélectionné en 1960 pour suivre une formation de pilote d’essai de l’armée de l’Air et est affecté à la base aérienne Edwards dont il sort diplômé en 1961.

L’agence spatiale américaine, la NASA, recrute en 1962 son deuxième groupe d’astronautes. Ceux-ci sont à l’époque choisis principalement parmi les pilotes d’essais. Borman fait partie des candidats proposés par l’Armée de l’Air et est une des neuf personnes sélectionnées. Il est choisi pour commander la mission Gemini 7 (1965) : au cours de la mission est réalisée pour la première fois un rendez-vous spatial avec le vaisseau Gemini 6 et un nouveau record de durée de séjour dans l’espace (14 jours) est établi. En 1967 il représente le corps des astronautes au sein de la commission d’enquête chargée de déterminer les causes de l’incendie d’Apollo 1 ayant entrainé la mort de trois astronautes. Il commande en 1968 la mission Apollo 8 qui est la première mission à quitter l’orbite terrestre basse et à se placer en orbite autour de la Lune permettant pour la première fois d’observer la face cachée de celle-ci. On lui propose de commander la première mission devant atterrir sur la Lune (Apollo 11) mais il refuse et donne sa démission de la NASA et prend sa retraite d’officier avec le grade de colonel en 1970.

Il entame ensuite une carrière dans la compagnie aérienne Eastern Air Lines où il occupe d’abord le poste de vice-président puis à partir de 1975 celui de président directeur général. Sous sa direction, Eastern Air Lines, qui était déficitaire depuis de nombreuses années, renoue avec les profits, mais la libéralisation de la réglementation sur les droits de vol aux États-Unis ainsi que l’endettement accumulé par la société provoquent des licenciements, puis des conflits avec les syndicats qui entraînent sa démission en 1986. Il s’installe un temps au Nouveau-Mexique tout en siégeant dans de nombreux conseils d’administration puis devient en 1998 éleveur après l’achat d’un ranch dans le comté de Big Horn dans le Montana.


Biographie

Jeunesse et formation

Frank Frederick Borman II naît le 14 mars 1928 à Gary dans l’Indiana. Il est le fils unique d’Edwin Otto Borman et de son épouse Marjorie Ann (née Pearce) qui l’ont prénommé d’après son grand-père paternel. Il est d’ascendance allemande. Parce qu’il souffre de nombreux problèmes de sinus et de mastoïdes par temps froid et humide, sa famille déménage dans le climat plus clément de Tucson en Arizona, que Borman considère comme sa ville natale. Son père y achète un bail pour une station-service Mobil.

Borman fréquente la Sam Hughes Elementary School à Tucson, où il joue au football et au baseball. Il étudie ensuite au Mansfield Junior High, où il s’essaye au football américain. Il gagne de l’argent en livrant l’Arizona Daily Star.

Après Mansfield, Borman poursuit ses études à la Tucson High School. Il joue au poste de quarterback dans l’équipe junior du lycée, puis devient le quarterback remplaçant de l’équipe du lycée. Profitant d’une blessure du titulaire, il joue la majeure partie de la saison et malgré le peu de réussite à son poste, l’équipe remporte le championnat régional. Il commence également à fréquenter Susan Bugbee, une élève en deuxième année de son école.

Après l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale en 1941, ses parents trouvent du travail dans la nouvelle usine d’aéronefs Consolidated Vultee (futur Convair) à Tucson. À l’âge de cinq ans, il a son baptême de l’air en avion ; il apprend à piloter à l’âge de quinze ans. Lorsqu’il obtient sa licence de pilote étudiant, il rejoint un club de pilotage local. Il construit également des maquettes d’avions en balsa.

Borman aide un ami à construire des modèles réduits d’avions lorsque le père de celui-ci le questionne sur ses projets d’avenir : Frank souhaite aller à l’université et étudier l’ingénierie aéronautique. Cependant, ses parents n’ont pas suffisamment d’argent pour l’envoyer dans une université hors de l’État. Or, ni l’université de l’Arizona, ni l’université d’État de l’Arizona n’offrent de cours de premier ordre en Génie aéronautique à cette époque. D’autre part, son niveau en football américain est trop faible pour obtenir une bourse sportive ; et il n’a pas les relations nécessaires pour obtenir un rendez-vous à l’Académie militaire de West Point. Il envisage donc de rejoindre l’armée, ce qui lui permettrait de se qualifier pour un enseignement gratuit dans le cadre du programme G.I. Bill. Le père de son ami connaît Richard F. Harless, le membre du Congrès des États-Unis qui représente l’Arizona. Harless soutient déjà un candidat pour West Point ; le père de son ami convainc Harless d’inscrire Borman comme troisième alternative. Borman passe l’examen d’entrée à West Point. Comme ses chances d’y être nommé sont minces, il passe également l’examen physique de l’armée, et réussit les deux.

Vu le changement de mentalité vis-à-vis de l’armée à la fin de la guerre, les trois candidats nommés devant lui démissionnent. Ainsi, au lieu de se rendre au Fort MacArthur après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires, il se rend à West Point.

Borman entre à l’Académie le 1er juillet 1946 avec la promotion de 1950. De nombreux membres de la classe sont plus âgés que lui et ont réalisé un service actif au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le bizutage par les classes supérieures est également courant. Un autre défi pour Borman est d’apprendre à nager. Il essaye sans succès d’intégrer l’équipe de football américain. L’entraîneur-chef Earl Blaik l’engage en tant qu’entraîneur-adjoint. Dans sa dernière année, Borman est capitaine de cadets, commandant sa compagnie et directeur de l’équipe de football universitaire.

Borman choisit d’être nommé sous-lieutenant de l’armée de l’air américaine (USAF) le 2 juin 1950. Avant la création de l’United States Air Force Academy (USAFA) en 1954, l’armée de l’air est autorisée à accepter jusqu’à un quart des diplômés de West Point. Pour que les officiers de l’armée de l’air diplômés de West Point aient la même ancienneté que ceux de l’Académie navale d’Annapolis, la classe entière est commissionnée quatre jours avant l’obtention de son diplôme. Borman obtient son Bachelor of Science le 6 juin 1950, se classant 8ème sur 670.

Il rentre à Tucson avec ses parents, dans son Oldsmobile 88 flambant neuve, pour le traditionnel congé de soixante jours après l’obtention du diplôme. Séparé de Susan lorsqu’il se trouve à West Point, il reconsidère ce choix. Elle a obtenu un diplôme en hygiène dentaire à l’université de Pennsylvanie et envisage de commencer un diplôme en arts libéraux à l’université de l’Arizona. Il la persuade de le revoir et lui fait sa demande en mariage. Elle accepte et ils se marient le 20 juillet 1950 à l’église épiscopalienne Saint-Philippe de Tucson.


Armée de l’air

Après une brève lune de miel à Phoenix en Arizona, Borman se rend en août 1950 à la base aérienne Perrin au Texas, pour y suivre une formation de base au North American T-6 Texan. Les meilleurs étudiants de la classe ont le privilège de choisir leur spécialité et Borman choisit de devenir pilote de chasse. Il est donc envoyé à la base aérienne Williams, près de Phoenix, en février 1951 pour une formation avancée, initialement sur North American T-28 Trojan, puis sur le chasseur à réaction Lockheed P-80 Shooting Star.

Des pilotes de chasse sont envoyés en Corée du Sud où la guerre de Corée a éclaté l’année précédente. Il demande à être affecté à la base aérienne Luke près de Phoenix — Susan étant enceinte de huit mois — ; il est affecté à la base aérienne Nellis dans le Nevada. Là, il s’entraîne aux bombardements aériens et au tir au canon. Son premier enfant, un fils appelé Frederick Pearce, y naît en octobre. Borman reçoit ses ailes de pilote le 4 décembre 1951.

Peu de temps après, il se blesse et a un tympan perforé alors qu’il pratique des bombardements en piqué avec un rhume. Au lieu d’aller en Corée, il reçoit l’ordre de se rendre au camp Stoneman d’où il monte à bord d’un transport de troupes, l’USNS Fred C. Ainsworth, le 20 décembre 1951, à destination des Philippines. Susan vend leur automobile pour s’acheter des billets d’avion afin de le rejoindre. Il est affecté au 44th Fighter Squadron de la base aérienne Clark, où il est sous les ordres du major Charles McGee, un ancien pilote de chasse connu pour avoir fait partie des Tuskegee Airmen.

Initialement, Borman est restreint à des tâches au sol en raison de sa blessure, car, bien qu’il soit guéri, les médecins de la base craignent une autre perforation s’il vole de nouveau. Il persuade McGee de l’accompagner dans un T-6, puis un Lockheed T-33 Silver Star. Cela convainc les médecins, et le statut de vol de Borman est rétabli le 22 septembre 1952. Son deuxième fils, Edwin Sloan, naît sur la base en juillet 1952.

Borman retourne aux États-Unis, où il devient instructeur de vol aux instruments sur avions à réaction à la base aérienne Moody en Géorgie, principalement sur T-33.

En 1955, il obtient le transfert à la base aérienne Luke. La plupart de ses vols se font en F-80 (une variante du P-80 Shooting Star), F-84 Thunderjet, F-84F Thunderstreak et T-33.

En 1956, il reçoit l’ordre de rejoindre la faculté de West Point, après avoir obtenu une maîtrise en génie aéronautique. Ne voulant pas passer deux années à se qualifier pour un poste autre que celui de pilote pouvant durer trois autres années, il cherche un programme de maîtrise d’une durée d’un an seulement et opte pour celui du California Institute of Technology (Caltech). Il obtient une maîtrise en génie aéronautique en juin 1957, puis devient professeur adjoint en thermodynamique et en mécanique des fluides à West Point, poste qu’il occupe jusqu’en 1960. Il découvre son intérêt pour l’enseignement. Il est toujours capable de piloter un T-33 depuis la base aérienne Stewart au cours des week-ends. Un été, il s’entraîne également à la survie dans la base aérienne Stead (futur aéroport Reno Stead) au Nevada.

En juin 1960, Borman est sélectionné pour appartenir à la promotion 60-C de l’école des pilotes d’essai de l’United States Air Force de la base aérienne Edwards en Californie et devient pilote d’essai. Cette promotion, qui compte les futurs astronaute Michael Collins et James Irwin, est diplômée le 21 avril 1961. Thomas Stafford, un autre futur astronaute, est l’un des instructeurs.

Après l’obtention de son diplôme, Borman est accepté parmi les cinq étudiants de la première promotion de l’Aerospace Research Pilot School (ARPS), une école de troisième cycle destinée aux pilotes d’essai, qui les prépare à devenir astronautes. Cette promotion compte le futur astronaute James McDivitt. Les cours comprennent un cours sur la mécanique orbitale à l’université du Michigan, ainsi que des vols en impesanteur à bord d’un KC-135 Stratotanker et d’un C-131 Samaritan modifiés.

Borman commence la formation avec le F-104 Starfighter. Il s’agit de vols jusqu’à 21 336 m (70 000 ft) où le moteur est coupé par manque d’oxygène, puis un autre moteur pousse l’appareil jusqu’à 27 432 m (90 000 ft). Ceci est suivi d’une descente et d’un redémarrage du moteur lors de celle-ci. Une combinaison pressurisée est donc nécessaire.

Le 18 avril 1962, la National Aeronautics and Space Administration (NASA) annonce officiellement qu’elle incorpore, dans le cadre du nouveau programme Gemini, un nouveau groupe d’astronautes, qui s’ajoutent aux sept du premier groupe – les “Mercury Seven” – sélectionnés en 1959 dans le cadre du programme Mercury.

L’armée de l’air mène son processus de sélection interne et soumet les noms de onze candidats. L’armée leur dispense une brève formation en mai 1962 sur la manière de parler et de se conduire pendant le processus de sélection de la NASA pour maximiser leurs chances. La sélection de Borman par la NASA dans le groupe 2 – les “Next Nine” – est annoncée publiquement le 17 septembre 1962. Chuck Yeager, le commandant de l’école des pilotes d’essai de l’United States Air Force à la base aérienne Edwards et premier homme à franchir le mur du son, lui dit : “Tu peux dire adieu à ta maudite carrière dans l’armée de l’air”.

Au cours de sa carrière militaire, Borman enregistre 3 600 heures de vol, dont 3 000 dans des avions à réaction.


Carrière d’astronaute

Borman emménage avec sa famille à Houston au Texas, où le Manned Spacecraft Center (MSC) – futur Centre spatial Lyndon B. Johnson – est toujours en cours d’établissement.

Suivant le fonctionnement éprouvé par les Mercury Seven, chacun des neuf aspirants-astronautes se voit attribuer un domaine particulier dans lequel il peut développer une expertise afin de le partager avec les autres en fournissant des informations en matière de conception et d’ingénierie. Bien qu’il n’ait aucune expérience dans ce domaine, Borman se voit attribuer le booster Titan II utilisé par le programme Gemini comme champ d’étude. Dans ce cadre, il réalise de nombreuses visites aux usines Martin Marietta de Denver (Colorado) et de Baltimore (Maryland) où les Titan II sont construits.

Il est aussi responsable du système de détection d’urgence mis au point pour les cas d’abandon d’un décollage. Borman convient avec Wernher von Braun qu’il faut s’appuyer sur des systèmes automatisés dans des situations où le temps de réaction humain ne peut être assez rapide. Il s’oppose sur ce point à Warren J. North, le chef de la division de soutien aux équipages de la NASA, qui n’accepte pas l’idée qu’un système automatisé soit supérieur à l’habileté d’un être humain.

Le travail théorique est constitué, initialement, d’une formation en classe de quatre mois sur des sujets tels que la propulsion des engins spatiaux, la mécanique orbitale, l’astronomie, l’informatique et la médecine spatiale. Il y a également une familiarisation avec le vaisseau spatial Gemini, les boosters Titan II et Atlas, et le véhicule cible Agena utilisé pour les amarrages et rendez-vous spatiaux.

Des formations de survie sont dispensées dans la jungle à la base aérienne Albrook (futur aéroport international Albrook Marcos A. Gelabert) au Panama, dans le désert à la base aérienne Stead au Nevada, en milieu aquatique sur le Dilbert Dunker de la base aéronavale de Pensacola en Floride, et dans la baie de Galveston au Texas.

Il y a cinquante heures d’instruction en géologie, avec des excursions au Grand Canyon et au Meteor Crater en Arizona, ce que Borman pense être une perte de temps : “Je me moquais bien de ramasser des pierres”, a-t-il déclaré dans un entretien, “je voulais battre les Soviétiques sur la Lune”.


Programme Gemini et Gemini 7

Lorsque le chef des opérations des équipages, l’astronaute issu des Mercury Seven, Donald Slayton (dit Deke Slayton), établit un calendrier provisoire des vols du programme Gemini, il attribue le commandement du premier vol en équipage, Gemini 3, à l’astronaute Alan Shepard, lui aussi provenant du premier groupe, avec l’astronaute du deuxième groupe Thomas Stafford comme copilote. L’astronaute du premier groupe, Virgil Grissom, est nommé commandant de l’équipage de réserve, avec Borman comme copilote. Selon le système de rotation d’équipages élaboré par Slayton, l’équipage de réserve d’une mission devient l’équipage principal de la troisième mission d’après. Borman devient donc le copilote de Gemini 6, une mission de quatorze jours.

Une mission Apollo sur la Lune devait durer au moins une semaine, et l’un des objectifs du programme Gemini est de tester la capacité de l’équipage et des composants de l’engin spatial à opérer dans l’espace pendant cette période. Lorsque Shepard est interdit de vol à cause d’une maladie à l’oreille en octobre 1963, Grissom et Borman deviennent l’équipage principal de Gemini 3. Grissom invite Borman chez lui pour lui parler de la mission et, après une longue discussion, décide qu’ils ne peuvent pas travailler ensemble. Selon Eugene Cernan, “les ego de Grissom et Borman étaient trop gros pour tenir dans un seul vaisseau spatial”. Slayton remplace donc Borman par John Young.

Slayton souhaite toujours que Borman réalise le vol d’une durée de deux semaines, qui est alors Gemini 7. Borman est donc nommé commandant de réserve de Gemini 4, avec James Lovell comme copilote. Cela est officialisé le 27 juillet 1964 et il en résulte leur affectation à Gemini 7 le 1er juillet 1965, avec Edward White et Michael Collins en tant qu’astronautes de réserve. Borman est l’un des quatre membres de son groupe choisi pour commander leurs premières missions, les autres étant James McDivitt, Neil Armstrong et Elliot See, bien que ce dernier ait été tué dans un accident d’avion à réaction trois mois avant sa mission. Les équipages principaux et de réserve sont formés ensemble pour la mission, et Borman trouve précieuse l’expérience de réserviste, puisqu’elle équivaut à une répétition générale de leur propre mission.

Le fait que Gemini 7 dure quatorze jours est un paramètre connu depuis le début, et cela donne à Borman le temps de se préparer. Pour rester en forme, lui et Lovell courent entre trois et cinq kilomètres par jour et jouent au handball après le travail.

Ils visitent l’usine McDonnell Aircraft à Saint-Louis dans le Missouri, où leur engin spatial est construit. Avec 3 663 kg, il pèse 110 kg de plus que tout autre vaisseau spatial Gemini précédent. Des procédures spéciales sont développées pour la gestion des consommables et des déchets et une combinaison spatiale légère est mise au point pour améliorer le confort des astronautes.

Un changement majeur affectant la mission se produit lorsque le véhicule cible Agena pour Gemini 6 subit une défaillance. Cette mission est destinée à la pratique des rendez-vous orbitaux : une exigence du futur programme Apollo, et est donc un objectif du programme Gemini. Borman est au centre spatial Kennedy pour observer le lancement de Gemini 6, lorsqu’il entend deux responsables de McDonnell discuter de la possibilité d’utiliser Gemini 7 comme cible de rendez-vous. Borman rejette cette idée d’amarrage entre les deux vaisseaux spatiaux, tout en pensant que l’idée a du mérite. Après quelques discussions sur la manière dont cela peut être accompli, l’idée est cependant approuvée.

Le 6555th Aerospace Test Group démantèle Gemini 6 et assemble Gemini 7 au Complexe de lancement 19 de la base de lancement de Cap Canaveral. Gemini 7 est lancé le 6 décembre 1965 suivi du lancement de Gemini 6 avec Walter Schirra et Thomas Stafford à son bord le 15 décembre 1965. Gemini 6 effectue son rendez-vous spatial avec Gemini 7 dans la journée, en se plaçant à trente centimètres de celui-ci.

Lorsque Walter Schirra et Thomas Stafford, membres de Gemini 6, reviennent sur Terre, Borman et Lovell ont encore trois jours à tenir, dans un espace de la taille de l’habitacle avant d’une petite voiture. Borman commence à espérer que quelque chose se passe mal pour justifier un retour rapide. Enfin, le 18 décembre, la rentrée prévue est mise en œuvre et se déroule sans encombre. La capsule Gemini 7 amerrit à proximité du navire de récupération, le porte-avions USS Wasp. Borman n’étant jamais monté sur un porte-avions, il est impressionné par sa taille.

Il reçoit la médaille du service exceptionnel de la NASA pour cette mission au record de durée et est promu colonel. À trente-sept ans, il est à l’époque le plus jeune colonel de l’armée de l’air américaine.


Programme Apollo
Apollo 1

Dans la planification du programme Apollo, Slayton désigne de nouveaux équipages sous le commandement des astronautes expérimentés des premières missions Gemini. Dans les missions comportant un module lunaire, le pilote expérimenté (appelé plus tard “pilote du module de commande”) serait également un astronaute expérimenté, car il doit piloter le module de commande et de service seul. Borman se voit confier le rôle de réserviste pour la deuxième mission, qui se déroule en orbite terrestre sans module lunaire. Il commanderait ensuite la quatrième, une mission en orbite terrestre moyenne avec un module lunaire. Charles Bassett lui est attribué comme pilote expérimenté et William Anders en tant que pilote (plus tard connu sous le nom de “pilote du module lunaire”). Bassett doit voler à bord du Gemini 9, mais il meurt dans l’accident d’avion qui a également tué Elliot See. Ces morts modifient les ordres d’affectations et c’est Thomas Stafford qui est nommé en tant que pilote principal avec Michael Collins en tant que pilote. Par la suite, Stafford reçoit son équipage et Anders est réaffecté à l’équipage de Borman. Comme Collins a une expérience de vol spatial dans Gemini 10, il devient le pilote principal. La deuxième mission est déplanifiée, mais celle de Borman reste inchangée, bien qu’il s’agisse désormais de la troisième mission et qu’il n’a aucune responsabilité de réserviste. La sélection de l’équipage est officiellement annoncée dans un communiqué de presse de la NASA du 22 décembre 1966.

Le 27 janvier 1967, les membres de la première mission Apollo habitée, Apollo 1 (alors appelée AS-204), Virgil GrissomEdward White et Roger B. Chaffee, sont tués dans un incendie à bord de leur capsule. À la suite de cet accident, un comité d’enquête est chargé d’analyser les causes profondes de la catastrophe et de faire des recommandations de mesures correctives. Borman est le seul astronaute à siéger à ce comité composé de neuf membres. Il inspecte le module de commande incendié et vérifie la position des interrupteurs et des disjoncteurs. En avril 1967, alors qu’il siège au conseil d’administration, Borman est l’un des cinq astronautes avec Alan Shepard, Walter Schirra, Donald Slayton (dit Deke Slayton) et James McDivitt à témoigner devant les comités de la Chambre des représentants et du Sénat des États-Unis qui enquêtent sur l’incendie d’Apollo 1. Borman doit répondre à des questions difficiles et parfois hostiles. Son témoignage convainc le Congrès que les missions Apollo seront sûres une fois les recommandations prises en compte. Il déclare notamment : “Nous essayons de vous dire que nous avons confiance en notre gestion, en notre ingénierie et en nous-mêmes. Je pense que la question est plutôt : avez-vous confiance en nous ?”.

À la suite de la catastrophe, Joseph Francis Shea démissionne en tant que responsable du programme Apollo. Robert Gilruth, directeur du MSC, propose le poste à Borman, qui le refuse. Le travail est alors confié à l’adjoint de Gilruth, George Low. Néanmoins, Borman accepte une affectation temporaire dans l’usine North American Aviation de Downey en Californie, où les modules de commande sont fabriqués, afin de superviser la mise en œuvre des recommandations du comité d’enquête. Borman est contraint de s’attaquer à l’une des causes profondes du désastre : l’opposition naturelle entre la qualité et le délai.

Borman se dispute avec le pilote d’essai Albert Scott Crossfield, responsable de l’ingénierie de la sécurité chez North American, au sujet de la conception efficace d’un système d’oxygène de secours. Borman refuse d’accepter la conception proposée car elle ne protège pas l’équipage de possibles émanations nocives. Crossfield s’oppose alors à la livraison par North American du S-II, le deuxième étage du lanceur Saturn V, qu’il considère comme peu sûr. Borman informe la direction de North American qu’il ne peut plus travailler avec Crossfield, lequel quitte l’entreprise. Une trappe redessinée facilitant l’évacuation des astronautes en quelques secondes au lieu de quelques minutes ajoute 680 kg au poids de la capsule. Les parachutes sont également repensés pour pouvoir supporter le poids supplémentaire et les nouveaux essais entraînent un coût supplémentaire. Cela conduit à une autre opposition avec George Mueller, qui pense que ce surcoût est excessif.


Apollo 8

La mission de test du module lunaire en orbite terrestre moyenne de Borman est désormais prévue pour Apollo 9 et provisoirement pour le début de l’année 1969, après une orbite terrestre basse commandée par James McDivitt en décembre 1968. Les affectations de l’équipage sont officiellement annoncées le 20 novembre 1967 mais en juillet 1968, Michael Collins a une hernie discale qui nécessite une intervention chirurgicale. Il est remplacé par James Lovell, réunissant ainsi Borman avec son ancien équipier de Gemini 7. Lorsque le module lunaire d’Apollo 8 arrive au centre spatial Kennedy en juin 1968, plus d’une centaine de défauts importants sont découverts, ce qui amène Gilruth à conclure que ce module lunaire ne pourra voler en 1968.

En août 1968, en réponse à un rapport de la Central Intelligence Agency (CIA) selon lequel les Soviétiques envisagent un survol lunaire avant la fin de l’année, Low propose une solution audacieuse pour maintenir le programme Apollo sur les rails. Étant donné que le prochain module de commande et de service serait prêt trois mois avant le module lunaire réparé, une mission uniquement avec le premier module peut être effectuée en décembre. Au lieu de répéter le vol d’Apollo 7, il serait possible de l’envoyer vers la Lune, en entrant en orbite lunaire avant de revenir sur Terre. Cela signifie également que la mission en orbite terrestre moyenne n’est plus utile, tout en respectant la perspective d’un alunissage prévu pour la mi-1969. Avec le changement de mission pour Apollo 8, Slayton demande à McDivitt s’il souhaite toujours le piloter, ce que ce dernier refuse. En effet, son équipage a passé beaucoup de temps à se préparer à tester le module lunaire et il veut encore réaliser cet objectif. Quand la même question est posée à Borman, il répond “oui” sans aucune hésitation. Slayton décide alors d’échanger les équipages et les vaisseaux spatiaux des missions Apollo 8 et 9.

Apollo 8 est lancé le 21 décembre 1968. Le deuxième jour, Borman se réveille malade. Il vomit deux fois et souffre d’une diarrhée. Le vaisseau spatial est alors rempli de boules de vomissures et d’excréments que les membres d’équipage nettoient du mieux qu’ils le peuvent. Borman souhaite cacher ses problèmes médicaux, mais Lovell et Anders souhaitent en informer le centre de contrôle de mission. L’équipage d’Apollo 8 et le personnel médical au sol concluent qu’il y a peu d’inquiétude et que la maladie de Borman est soit une gastro-entérite comme le pense Borman, soit une réaction indésirable à un somnifère. Les chercheurs pensent depuis qu’il souffre du mal de l’espace, qui affecte environ un tiers des astronautes lors de leur premier jour dans l’espace, car leur système vestibulaire s’adapte à l’apesanteur. Ce syndrome d’adaptation spatiale ne s’est pas manifesté lors des missions Mercury et Gemini, probablement parce que les astronautes ne peuvent se déplacer librement dans les petites cabines de ces engins spatiaux. L’espace cabine accru dans le module de commande Apollo donne aux astronautes une plus grande liberté de mouvement, contribuant ainsi à ces symptômes.

Après la première injection trans-lunaire (ITL) habitée de l’histoire, le 24 décembre, Apollo 8 entre en orbite lunaire. L’équipage fait dix orbites lunaires en vingt heures avant de revenir sur Terre, préparant la mission Apollo 11, celle du premier pas sur la Lune. La mission est aussi connue pour l’emblématique photographie Lever de Terre prise par William Anders et montrant la Terre s’élevant au-dessus de l’horizon lunaire alors que le module de commandement tourne autour de la Lune, et pour la lecture télévisée de la Genèse en orbite lunaire, diffusée via la télévision à l’échelle mondiale. Environ six semaines avant le lancement, le directeur adjoint des affaires publiques de la NASA, Julian Scheer, annonce à Borman qu’une émission télévisée est prévue et lui suggère de trouver quelque chose d’approprié à dire. Borman consulte Simon Bourgin, qui travaille à la United States Information Agency (USIA), et avait accompagné Borman et Lovell lors d’une tournée en Extrême-Orient après la mission Gemini 7. Bourgin, à son tour, consulte Joe Laitin, un ancien journaliste d’United Press International, qui suggère à l’équipage d’Apollo 8 de lire le Livre de la Genèse.

Le capsule d’Apollo 8 amerrit de nuit le 27 décembre à la demande de Borman car un amerrissage de jour aurait obligé à parcourir douze orbites lunaires, ce qu’il juge superflu. Lorsque la capsule touche l’eau, Borman n’actionne pas assez rapidement le commutateur pour détacher les parachutes. Cela a pour effet de laisser la capsule à l’envers. Dans cette position, la balise clignotante ne peut pas être vue par les hélicoptères de récupération. Il récupère la situation en gonflant les bouées situées dans le nez du vaisseau spatial, afin qu’il se redresse. Les règles de la mission exigeant une récupération de jour, l’équipage doit donc attendre 45 minutes jusqu’au lever de soleil avant que les hommes-grenouilles dépêchés sur place puissent ouvrir les écoutilles. Borman a le mal de mer et vomit, néanmoins heureux de pouvoir être embarqué à bord du navire de récupération, le porte-avions USS Yorktown.

Le succès d’Apollo 8 arrive à la fin de l’année 1968, une année qui est marquée par de nombreux bouleversements aux États-Unis et dans la plupart des pays du monde, à l’exemple de la guerre du Viêt Nam. Ils sont les premiers êtres humains à graviter autour d’un autre corps céleste, survivant à une mission que même l’équipage estimait n’avoir qu’une chance sur deux de réussir pleinement. L’effet positif d’Apollo 8 est résumé dans un télégramme d’un étranger reçu par Borman après la mission : “Merci Apollo 8. Vous avez sauvé 1968”.

L’équipage d’Apollo 8 participe à des parades à New York, Chicago et Washington où les membres reçoivent la médaille du service distingué de la NASA du président des États-Unis Lyndon B. Johnson. Borman reçoit également l’Air Force Distinguished Service Medal. Il effectue ensuite une tournée en Europe avec pour objectif secondaire d’en savoir plus sur les programmes spatiaux d’autres pays de l’OTAN. Il est accompagné de Bourgin et Nicholas Ruwe, assistant du chef du protocole au département d’État. Borman rencontre la reine Élisabeth II, le prince Philip et la princesse Anne au palais de Buckingham au Royaume-Uni, puis le président de la République française Charles de Gaulle en France, le pape Paul VI à Rome, ainsi que le roi Baudouin et la reine Fabiola de Belgique.


Apollo 11 et missions spéciales

Le journaliste spécialiste de l’espace, Andrew Chaikin, affirme que, après la mort de Virgil Grissom, Borman devient le choix de Donald Slayton pour commander la première tentative d’alunissage. À l’automne 1968, Slayton offre ce commandement à Borman, qui le refuse. Bien avant le décollage d’Apollo 8, Borman a décidé qu’il s’agit là de son dernier vol et qu’il prendrait sa retraite en 1970. Après vingt ans de service dans l’armée de l’air, ses droits à une pension seraient ouverts et il ne dispose pas d’expérience sur le Lunar Landing Research Vehicle (LLRV) qui simule le pilotage du module lunaire. En 1999, Borman confie lors d’un entretien que “ma raison de rejoindre la NASA était de participer au programme Apollo, le programme lunaire et, espérons-le, de battre les Russes. Je ne l’ai jamais [fait] pour des objectifs individuels. Je n’ai jamais voulu être le premier sur la Lune et franchement, en ce qui me concerne, quand Apollo 11 était terminé, la mission était finie. Le reste était [la cerise sur le gâteau]”.

Pour la mission d’alunissage Apollo 11 en juillet 1969, Borman est affecté à la Maison-Blanche par la NASA auprès du président des États-Unis Richard Nixon. Il regarde le décollage depuis le bureau du président. Nixon a préparé un long discours à lire aux astronautes lors d’un échange téléphonique, mais Borman le persuade de garder ses paroles brèves et non partisanes. Il convainc également le président de ne pas jouer l’hymne américain The Star-Spangled Banner car cela aurait obligé les astronautes à perdre deux minutes et demie de leur temps sur la Lune, immobiles. Il accompagne le président dans Marine One lorsqu’il se rend sur le navire de récupération, le porte-avions USS Hornet, pour rencontrer l’équipage d’Apollo 11 à son retour.

En juin 1970, Borman prend sa retraite de la NASA et de l’armée de l’air en tant que colonel. Pour ses services en tant qu’astronaute, l’armée de l’air lui décerne la Distinguished Flying Cross et la Legion of Merit. En août, il entreprend une autre mission présidentielle spéciale, une tournée mondiale visant à obtenir un soutien pour la libération des prisonniers de guerre américains détenus par le Nord-Viêt Nam. À l’issue de sa mission de vingt-cinq jours dans vingt-cinq pays, Borman informe Nixon le 1er septembre à La Casa Pacifica de San Clemente en Californie du résultat de sa mission. Bien que celle-ci n’est pas un échec cuisant, la renommée de Borman ne lui permet pas de compenser son manque d’expérience politique sur un sujet aussi délicat. Le 22 septembre, il comparaît devant une réunion extraordinaire du Congrès tenue à la demande de la National League of POW/MIA Families en sa qualité d’envoyé présidentiel. Il témoigne que les prisonniers de guerre sont mal traités et exhorte le Congrès “de ne pas abandonner les hommes de votre pays qui ont tant donné pour vous”.

Borman effectue une autre mission pour l’armée. En 1976, l’Académie militaire de West Point est le théâtre d’un important scandale de triche. Les membres du corps professoral trouvent des réponses remarquablement similaires à une épreuve d’examen en génie électrique, un cours obligatoire qui fait partie de l’enseignement de plus de 800 cadets. Tricher étant une violation du code d’honneur des cadets, les tricheurs s’exposent à une expulsion. Les cadets sont jugés par des conseils d’honneur composés de douze membres et agissant comme de grands jurys. Néanmoins, le système est sujet aux abus et ceux qui sont jugés devant une commission d’appel composée de cinq officiers qui fonctionne comme un tribunal, sont souvent punis de “silence”, une forme de rejet. Borman est nommé à la tête d’une commission spéciale chargée d’enquêter sur l’affaire et d’en rapporter au Secrétaire de l’Armée. Finalement, 92 cadets sont réadmis et diplômés dans la promotion de 1978, tandis que plus de soixante autres déclinent l’offre d’amnistie et terminent leurs études ailleurs. Le fils de Borman, Frederick, membre de la promotion 1974 de West Point, est accusé de corruption. En tant que membre d’un conseil du code d’honneur des cadets, il aurait accepté un paiement afin de régler une affaire impliquant deux cadets accusés de tricherie. Frederick est dégagé de toute accusation après avoir passé un interrogatoire au détecteur de mensonge. Le fils cadet de Borman, Edwin, de la promotion 1975 de West Point, est également accusé d’irrégularités mais il n’existe aucune preuve appuyant ces accusations, qui sont rejetées.


Carrière postérieure
Eastern Air Lines

Au début de l’année 1969, Borman devient conseiller spécial de la compagnie aérienne Eastern Air Lines (EAL). L’année suivante, il suit le programme de gestion avancée de la Harvard Business School (HBS) pendant six semaines. Il rejoint EAL le 1er juillet 1970 et s’installe à Miami, en Floride. En décembre, il devient le premier vice-président chargé des opérations. Dans la soirée du 29 décembre 1972, Borman reçoit un appel téléphonique l’informant que le vol Eastern Air Lines 401 a disparu des radars près des Everglades en Floride. Il prend un hélicoptère et réussit à atterrir dans l’obscurité à 150 mètres du lieu de l’écrasement et, dans un marais dont l’eau lui arrive à la taille, aide les victimes de l’accident et charge les survivants dans des hélicoptères de sauvetage. 101 des 176 personnes présentes à bord trouvent la mort dans la catastrophe, soit sur le coup, soit des suites de leurs blessures.

Borman est promu au poste de vice-président exécutif chargé des opérations et est élu au conseil d’administration d’EAL en juillet 1974. En mai 1975, il est élu président et chef de l’exploitation par le conseil. Il est nommé chef de la direction d’EAL en décembre 1975 et devient président du conseil d’administration en décembre 1976, à une période où le prix du carburant quadruple. Parallèlement, il voit d’un mauvais œil certains aspects de la culture d’entreprise américaine, tels que les bureaux somptueux ou les voitures de société luxueuses, ou encore les notes de frais exagérées. La gestion de Borman en tant que président d’EAL permet des économies proches de neuf millions de dollars par an en salaires, notamment par le licenciement d’une centaines de cadres. EAL n’ayant pas réalisé de bénéfice depuis 1959, afin de poursuivre sa politique de réduction des coûts, Borman convainc les employés d’accepter un gel des salaires en 1976, avec une augmentation de 8 % en 1977, puis un programme de rémunération variable de cinq ans. Pour réussir ses changements, Borman se rend dans les installations de la compagnie aérienne dans vingt-huit États pour présenter ses propositions à ses employés. Il est finalement en mesure de refinancer la dette sur les 254 appareils de la société, c’est-à-dire de contracter de nouveaux emprunts pour rembourser les dettes actuelles avec de meilleures conditions de remboursement. Les bénéfices atteignent un record de 67,3 millions de dollars en 1978.

Obtenant un prêt gratuit d’un A-300B quelques mois en 1978, il permet à l’avionneur européen Airbus de pénétrer le marché américain ultra protectionniste en concrétisant par la suite l’achat de vingt-trois appareils de ce type. La réputation du président de la compagnie et le fait qu’il ne soit pas possible de remettre en cause son patriotisme, permettent à Airbus de vendre des appareils à d’autres compagnies aux États-Unis. Ainsi, Borman commande pour 1,4 milliard de dollars de nouveaux avions plus économes en carburant mais la dette de la société grimpe à 2,3 milliards de dollars. L’année 1979 est la dernière rentable jusqu’à 1985, car pendant cette période, EAL enregistre des pertes. Le ratio dette/fonds propres de la société s’élève alors à 8:1 et la dette nécessite 235 millions de dollars en paiements d’intérêts, soit environ 6,5 cents par dollar gagné.

La baisse de la rentabilité n’est due qu’en partie à la dette de la société car, en 1978, une déréglementation du transport aérien a également lieu. Cela entraîne une augmentation du nombre de transporteurs aériens aux États-Unis, qui passent de 30 à près de 100. Comme certains des nouveaux venus proposent des prix bas non rentables et non viables afin de gagner des parts de marché, EAL creuse ses pertes. Borman négocie des accords de réductions importantes de salaires avec les syndicats Air Line Pilots Association (ALPA), Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale (IAMTA) et Transport Workers Union (TWU). Dans le même temps, les salariés, nominalement rémunérés par des actions de la société, voient la valeur de celle-ci passer de 60 dollars par action en 1966 à 6 dollars en 1983. En proie aux difficultés, Borman est obligé de procéder à des licenciements importants. En 1984, puis en 1985, il n’y a plus de pertes mais la rentabilité reste trop basse. EAL menaçant de tomber en faillite et Borman essayant de négocier de nouveau avec les syndicats, la position de Borman devient menacée. Le conseil d’administration d’EAL décide de vendre la compagnie aérienne à Texas Air Corporation dirigée par Frank Lorenzo. Borman démissionne en juin 1986. Si l’échec personnel est important, il perçoit une indemnité de départ conséquente de près de 900 000 dollars avec un complément annuel de 150 000 dollars pour un rôle de conseiller.

Borman siège à la commission d’enquête sud-africaine sur l’accident d’avion de 1986 dans lequel le président mozambicain Samora Machel trouve la mort.


Après Eastern Air Lines

Borman et sa femme quittent Miami et déménagent à Las Cruces au Nouveau-Mexique. Pendant un certain temps, il est le propriétaire majoritaire d’une concession Ford fondée par son fils, Fred. Il est membre des conseils d’administration de Home Depot, de National Geographic, d’Outboard Marine Corporation, d’Automotive Financial Group, de Thermo Instrument Systems et d’American Superconductor. Il est le directeur de Patlex Corporation, une petite entreprise qui détient des brevets sur les lasers, de juillet 1988 à août 1996. Cette année-là, il publie une autobiographie, Countdown: An Autobiography, co-écrite avec Robert J. Serling.

En 1998, Borman achète un ranch d’élevage dans les montagnes du comté de Big Horn, dans le sud du Montana, où sont élevées 4 000 têtes de bétail sur 65 000 hectares. En plus de s’occuper du bétail, il poursuit son loisir de construction de maquettes d’avions. Il est par exemple membre de la Society of Antique Modelers (SAM). Depuis 1998, il vit à Billings, dans le Montana. Son épouse Susan souffre de la maladie d’Alzheimer et il passe beaucoup de temps à s’occuper d’elle. Par la suite placée en maison de retraite, il lui rend visite chaque jour jusqu’au décès de cette dernière, le 7 septembre 2021.

Après la mort de John Glenn en décembre 2016, Borman devient le plus ancien astronaute américain encore en vie. Il a onze jours de plus que son équipier d’Apollo 8 James Lovell. Tous deux célèbrent leur 90ème anniversaire en mars 2018. Borman réunit Lovell et Anders pour les célébrations du 50ème anniversaire d’Apollo 8 en décembre 2018 au musée des sciences et de l’industrie de Chicago, où leur capsule est exposée. Il déclare à l’occasion : “Je n’avais jamais dit cela publiquement auparavant mais ces deux gars talentueux, je suis juste fier d’avoir pu voler avec eux. Ce fut un travail difficile effectué en quatre mois et nous avons fait du bon travail”.


Mort

Frank Borman meurt le 7 novembre 2023 à Billings dans le Montana à l’âge de 95 ans.


Distinctions, hommages et postérité

“L’exploration est vraiment l’essence de l’esprit humain”.
— Frank Borman.

Borman, ainsi que son équipier de Gemini 7 James Lovell, et l’équipage de Gemini 6, reçoivent le trophée Harmon de 1965. Lui et Lovell reçoivent le trophée une deuxième fois pour la mission Apollo 8 en 1968.

L’équipage de cette mission reçoit également le trophée Collier pour ses “réalisations en astronautique”. L’ancien administrateur adjoint de la NASA, puis secrétaire de l’armée de l’air, Robert Seamans, leur décerne le trophée Général Thomas D. White de l’US Air Force à la National Geographic Society, et le vice-président des États-Unis Spiro Agnew leur décerne la médaille Hubbard.

Le magazine Time choisit l’équipage d’Apollo 8 comme “personnalités de l’année” 1968. Ils apparaissent ainsi sur la couverture du magazine le 3 janvier 1969. James Lovell accepte le trophée commémoratif Dr Robert H. Goddard pour les réalisations spatiales, du président des États-Unis Richard Nixon, au nom de l’équipage d’Apollo 8.

Le 1er octobre 1978, Borman reçoit la Congressional Space Medal of Honor pour le commandement d’Apollo 8.

Borman, qui construit des maquettes d’avions presque toute sa vie, reçoit un prix de l’Academy of Model Aeronautics (AMA) en 1968. Avec d’autres récipiendaires tels que le joueur de baseball Mickey Mantle et l’actrice Polly Bergen, il reçoit le prix Golden Plate de l’American Academy of Achievement en 1969, catégorie science et exploration.

Il reçoit également le prix James H. Doolittle de la Society of Experimental Test Pilots (SETP) en 1976, le prix Tony Jannus en 1986, le prix international Downes du Airport Operators Council en 1990 et le prix de l’ambassadeur de l’exploration de la NASA en 2012.

Il reçoit des diplômes honorifiques de l’université de l’Arizona, de la South Dakota School of Mines and Technology, de l’Illinois Wesleyan University, de l’université de Pittsburgh, de l’université de l’Indiana, de l’université d’État de l’Arizona, de l’université Clarkson, du Hope College et de l’Air University.

Borman est l’un des dix astronautes de Gemini intronisés à l’International Space Hall of Fame du musée de l’histoire spatiale du Nouveau-Mexique en 1982. Il est aussi intronisé au National Aviation Hall of Fame en 1982. En 1990, l’astronaute est sélectionné pour la classe inaugurale de l’Arizona Aviation Hall of Fame. Il fait aussi partie de la deuxième classe qui est intronisée au United States Astronaut Hall of Fame du centre spatial Kennedy en 1993. Il est également intronisé à l’International Air & Space Hall of Fame en 1990 et au DeMolay International Hall of Fame.

Plusieurs lieux ou ensembles sont nommés d’après Borman. C’est le cas d’une portion de l’Interstate 94/Interstate 80 située dans le comté de Lake dans l’Indiana, qui traverse sa ville natale de Gary, qui porte le nom de Frank Borman Expressway. Au moins trois écoles portent également son nom : sur la base aérienne Davis-Monthan à Tucson en Arizona, à Phoenix, toujours en Arizona, et à Denton au Texas. Le cratère d’impact Borman sur la face cachée de la Lune est nommé d’après lui.

Dans la mini-série intitulée De la Terre à la Lune (1998), le rôle de Borman est joué par David Andrews, et dans le film First Man : Le Premier Homme sur la Lune (2018) par George Linkenback. Borman apparaît dans le documentaire When We Left Earth: The NASA Missions (2008) et dans le documentaire Race to the Moon (2005), présenté dans le cadre de la série American Experience. Ce dernier est centré sur les événements qui conduisent à la mission Apollo 8. En novembre 2008, Borman et ses compagnons d’équipage d’Apollo 8James Lovell et William Anders, apparaissent sur la chaîne NASA TV pour discuter de la mission. Borman est le sujet de l’épisode no 655 intitulé The Not-So-Great Unknown de l’émission radiophonique This American Life (24 août 2018).

Source : Wikipédia France

GERALD CARR

Samplé sur The Other Side

Gerald Paul Carr dit Gerry Carr est un astronaute américain né le .

Sélectionné en avril 1966 dans le 5ème groupe d’astronautes de la NASA.

Il a été CAPCOM sur les missions Apollo 8 et 12.

Tout d’abord prévu sur la mission Apollo 19 qui a finalement été annulée, il a réalisé un unique vol à bord de la station Skylab, la mission Skylab 4, le , durant lequel il portera le record de durée américain de vol dans l’espace à plus de 84 jours. Ce record national ne sera battu que plus de 20 ans plus tard, à bord de la station spatiale russe Mir, par Shannon Lucid.

Source : Wikipédia France

ALEXEÏ LEONOV

Mentionné sur E.V.A.

Alexeï Arkhipovitch Leonov (en russe : Алексе́й Архи́пович Лео́нов), né le  à Listvianka (oblast de Kemerovo), est un cosmonaute soviétique. Il est le premier homme à réaliser une sortie extravéhiculaire dans l’espace dans le cadre de la mission Voskhod 2, le 18 mars 1965.

En 1975, pour sa deuxième mission, commandant la mission Soyouz 19, il participe à la mission Apollo-Soyouz, première coopération spatiale entre les États-Unis et l’Union soviétique, entérinant la fin de la guerre froide ayant opposé les deux pays pendant trente ans.

Leonov est pilote de l’armée de l’Union soviétique lorsqu’il est sélectionné en 1960 pour devenir cosmonaute. Après un entrainement intensif de 18 mois destiné à l’habituer à l’apesanteur, il est désigné pour participer avec Pavel Beliaïev (commandant) à la mission Voskhod 2 dont l’objectif est de réaliser la première sortie extravéhiculaire dans l’espace.

Le , environ une heure et demie après que le vaisseau a été placé en orbite de 173×498 km, Léonov pénètre dans le sas gonflable Volga de Voskhod 2 pour commencer sa sortie dans l’espace. L’écoutille interne est refermée par Beliaïev. Celui-ci déclenche la dépressurisation du sas puis l’ouverture de l’écoutille externe. Leonov émerge prudemment du sas relié à la capsule spatiale par un filin de 4,5 mètres. Après s’être complètement extrait du sas, il est ébloui par le Soleil. Il signale qu’il parvient néanmoins à discerner les montagnes du Caucase que le vaisseau survole. Il enlève le capuchon de l’optique de la caméra fixée à l’extérieur sur le sas qui filme l’événement. Il tente d’effectuer des photos avec son propre appareil photo attaché à sa combinaison spatiale mais ne parvient pas à appuyer sur le déclencheur.

Alexeï Leonov raconte :

“Je m’avançais vers l’inconnu et personne au monde ne pouvait me dire ce que j’allais y rencontrer. Je n’avais pas de mode d’emploi. C’était la première fois. Mais je savais que cela devait être fait […]. Je grimpai hors de l’écoutille sans me presser et m’en extirpai délicatement. Je m’éloignai peu à peu du vaisseau […]. C’est surtout le silence qui me frappa le plus. C’était un silence impressionnant, comme je n’en ai jamais rencontré sur Terre, si lourd et si profond que je commençai à entendre le bruit de mon propre corps […]. Il y avait plus d’étoiles dans le ciel que je ne m’y étais attendu. Le ciel était d’un noir profond, mais en même temps, il brillait de la lueur du Soleil… La Terre paraissait petite, bleue, claire, si attendrissante, si esseulée. C’était notre demeure, et il fallait que je la défende comme une sainte relique. Elle était absolument ronde. Je crois que je n’ai jamais su ce que signifiait rond avant d’avoir vu la Terre depuis l’espace”.

Après une dizaine de minutes à flotter dans l’espace, Leonov entame les manœuvres pour réintégrer le vaisseau spatial. Il est prévu qu’il rentre les pieds devant pour pouvoir se réinstaller dans son siège, sans avoir à effectuer une culbute dans le sas car le diamètre de celui-ci ne le permet théoriquement pas. Mais il se rend alors compte que, dans le vide, la combinaison s’est tellement dilatée que ses pieds et ses mains ne sont plus positionnés dans les gants et les bottes, comme s’il avait rétréci. Il doit faire tomber la pression dans son scaphandre à 0,27 atmosphère grâce à une valve pour retrouver un peu de maniabilité et, contrairement à ce qui était prévu, il s’introduit à grand peine dans le sas la tête la première. Une fois dans le sas, il effectue avec difficulté un retournement pour être positionné les pieds devant. Leonov est exténué, son pouls est monté à 143 battements par minute et sa température corporelle à 38 degrés Celsius. En nage, il ouvre son casque immédiatement après avoir déclenché la fermeture de l’écoutille externe et pressurisé le sas en violation de ses instructions. Il réintègre la cabine, puis l’équipage de Voskhod 2 entame la suite du programme de la mission. La marche de Leonov dans l’espace a duré 12 minutes et 9 secondes tandis que l’écoutille externe est restée ouverte en tout 23 minutes.

La mission a rencontré d’autres problèmes par la suite. L’écoutille s’étant mal refermée, de l’air de la cabine fuyait lentement. Lors de la 17ème orbite prévue pour la rentrée atmosphérique du vaisseau, la mise à feu des rétrofusées ne s’est pas déclenchée, car le système d’orientation automatique du vaisseau n’avait pas fonctionné. Les deux cosmonautes ont dû utiliser un système manuel, imprécis, qui les a fait atterrir à 386 kilomètres du site prévu, dans une zone inhospitalière de Sibérie, au milieu d’une forêt dense. Les deux hommes ont passé deux nuits sur place avant de pouvoir être rapatriés.

Toutes ces péripéties non prévues de la sortie extravéhiculaire et de la mission ont été tues par les autorités soviétiques après l’annonce du succès de la mission. Elles ne seront dévoilées que bien plus tard lors de la libéralisation du régime. Le 3 juin de la même année, l’Américain Edward White réalisera la première sortie américaine dans l’espace, d’une durée de 20 minutes.

À la fin des années 1960, Alexeï Leonov participe ensuite au programme lunaire soviétique N1. Longtemps resté secret, ce programme N1 a été l’équivalent soviétique du programme Apollo : il prévoyait en effet de faire se poser un cosmonaute vers la fin des années 1960. A la tête du groupe des cosmonautes affectés à cette mission, Leonov s’est entraîné au pilotage du LOK, un Soyouz modifié pour la circonstance, et du LK, destiné à se poser). La fusée N1 (de la classe de la Saturne V américaine) devait propulser le train spatial vers la Lune. Leonov était pressenti pour être le premier Soviétique à poser le pied sur le sol lunaire mais les essais de la fusée ont tous été des échecs et le programme a été interrompu en novembre 1972, après l’explosion de la 4ème et dernière fusée, alors que Leonov s’entraînait déjà à voler sur la station Saliout.

En 1971, Leonov est prévu pour commander la mission Soyouz 11, en direction de la toute première station orbitale, Saliout 1, mais quatre jours avant le lancement, des tests médicaux laissent supposer qu’un membre de l’équipage, Koubassov, peut présenter des symptômes de tuberculose, ce qui entraîne alors le remplacement de tout l’équipage (Leonov, Koubassov et Kolodine) par l’équipage de réserve, composé de (Dobrovolski, Volkov et Patsaïev). Le vol est un succès mais se termine tragiquement par la mort des cosmonautes, asphyxiés par une fuite d’oxygène lors du retour sur Terre, le 29 juin.

En 1975, Leonov va jouer à nouveau un rôle décisif dans l’histoire du vol spatial puisqu’il est désigné commandant de Soyouz 19 en vue de la toute première jonction avec un vaisseau américain, après plus de dix ans de complétion dans l’espace et surtout trente années de guerre froide.

Accompagné de Valeri Koubassov, Leonov pilote le Soyouz auquel vient s’arrimer le vaisseau américain Apollo, grâce à un système d’arrimage universel mis au point en collaboration par les deux pays. Les deux “cosmonautes” et les trois “astronautes” passent plusieurs heures ensemble avant la séparation et le retour sur terre. La poignée de main de Leonov et de Stafford, le commandant d’Apollo, est entrée dans les livres d’histoire.

Général de l’Armée de l’Air (à la retraite) et héros de l’Union soviétique, Leonov est aussi un artiste peintre à l’origine de plusieurs œuvres souvent en rapport avec sa passion comme Près de la Lune. Il participe à de nombreux colloques et conférences, la dernière le 23 avril 2015 à l’Euro Space Center à Redu (Belgique).

L’astéroïde (9533) Aleksejleonov a été baptisé en son honneur. Un cratère lunaire porte également son nom.

Source : Wikipédia France

ROGER CHAFFEE

Mentionné dans Fire In The Cockpit

Roger Bruce Chaffee, né le à Grand Rapids, Michigan, et mort accidentellement le à Cap Canaveral, Floride, est un pilote américain de l’US Navy, sélectionné comme astronaute dans la cadre du programme Apollo.

Formé à l’Institut de technologie de l’Illinois, il est diplômé en ingénierie aéronautique de l’université Purdue.

Pilote de haut niveau (il est l’un des pilotes des avions espions U2 ayant survolé les installations secrètes soviétiques de Cuba, déclenchant la crise des missiles), et est sélectionné par la NASA dans le troisième groupe d’astronautes.

Roger Chaffee meurt à l’entraînement le dans l’incendie de la capsule Apollo 1, aux côtés de ses compagnons Edward White et Virgil Grissom, avant d’avoir pu effectuer une mission spatiale.

Roger Chaffee est inhumé au cimetière national d’Arlington.

Son nom figure sur la plaque accompagnant la sculpture Fallen Astronaut déposée sur la Lune le 1er par l’équipage d’Apollo 15.

Source : Wikipédia France

EDWARD WHITE

Mentionné dans Fire In The Cockpit

Edward “Ed” Higgins White II, né le à San Antonio et mort accidentellement le au centre spatial Kennedy, est un astronaute américain. Il est connu pour être le premier Américain à avoir réalisé une sortie extravéhiculaire. Il meurt dans l’incendie d’Apollo 1 avec Virgil Grissom et Roger Chaffee.

Il étudie à l’Académie militaire de West Point où il a obtenu un baccalauréat en sciences.

Pilote, il passe trois années et demie affecté à la base aérienne de Bitburg Allemagne sur North American F-86 Sabre et North American F-100 Super Sabre.

En 1958, il étudie à l’université du Michigan où il a obtenu l’année suivante une maîtrise en sciences en ingénierie et technologie aéronautique.

Il postule ensuite à l’École des pilotes d’essai de l’armée de l’air américaine de la base aérienne Edwards. Par la suite, il devient pilote d’essai à l’Aeronautical Systems Center de la base aérienne Wright-Patterson.

Durant sa carrière de pilote, il a cumulé 3 000 heures de vol, dont 2 200 heures en jet. Il obtient le grade de lieutenant-colonel.

En septembre 1962, il est sélectionné dans le groupe d’astronautes 2 de la NASA, aux côtés notamment de Neil Armstrong et James Lovell.

White réalise son seul vol à bord de la capsule Gemini 4 en compagnie de James McDivitt. Il est rentré cependant dans l’Histoire comme étant le premier Américain à avoir réalisé une sortie extravéhiculaire lors de cette mission, le , moins de trois mois après celle du Soviétique Alekseï Leonov.

Sélectionné pour la première mission du programme Apollo, Apollo 1 (AS-204), lui et deux autres astronautes (Virgil Grissom et Roger Chaffee) meurent dans l’incendie du module de commande et de service Apollo lors d’un entraînement au sol au centre spatial Kennedy. Le vaisseau avait rencontré de nombreux problèmes de mise au point avant l’accident et le déclenchement de l’incendie est attribué par la commission d’enquête à un court-circuit dû à un fil électrique dénudé. L’enquête révèle également l’utilisation de nombreux matériaux inflammables dans la capsule et beaucoup de négligences dans le câblage électrique et la réalisation du circuit de refroidissement. Le déclenchement et l’extension de l’incendie étant favorisé par l’atmosphère de la cabine composé d’oxygène pur et donc extrêmement inflammable.

À la suite de cet accident, l’ensemble du programme Apollo subit une revue qui entraîne de nombreuses modifications : par exemple la cabine du vaisseau offre une meilleure résistance au feu, l’écoutille est modifiée pour pouvoir être ouverte en moins de dix secondes, de l’azote est ajouté à l’air de la cabine durant la première phase du vol pour limiter les risques d’incendie. Finalement, les exigences de qualité et les procédures de test sont renforcées, provoquant un décalage de plusieurs mois pour le programme.

Selon son désir, Ed White a été inhumé au cimetière de l’Académie militaire de West Point avec les honneurs. Ed White était marié à Patricia Finegan qu’il avait rencontrée à West Point. Ils avaient eu ensemble deux enfants : Edward White III (né le 15 septembre 1953) et Bonnie White épouse Lynn (née le 15 mai 1956). White a été élu au Astronaut Hall of Fame en 1993 et au National Aviation Hall of Fame le .

Son nom figure sur la plaque accompagnant la sculpture Fallen Astronaut déposée sur la Lune le 1er par l’équipage d’Apollo 15 et une formation martienne s’est vu attribuer son nom. La Congressional Space Medal of Honor lui a été décernée en 1997 à titre posthume.

Le Museum of Aerospace Medicine de la base aérienne Brooks dans le Texas lui est dédié.

Plusieurs lieux ont été nommés en mémoire d’Ed White, comme plusieurs écoles de Chicago, San Antonio, Jacksonville, Houston, El Lago, League City ou encore Huntsville (Huntsville, ville qui accueille le centre de vol spatial Marshall, a également deux autres écoles nommées en l’honneur de Virgil Grissom et Roger Chaffee d’Apollo 1). D’autres types de lieux nommés incluent un hôpital, une île, une route, un parc, une colline de Mars et une étoile, Iota Ursae Majoris surnommée “Dnoces”, soit “second” à l’envers : un clin d’œil à White.

White a été interprété par Steven Ruge dans le film Apollo 13 (1995) et par Chris Isaak dans le feuilleton télévisé De la Terre à la Lune (1998).

Source : Wikipédia France

VIRGIL GRISSOM

Mentionné dans Fire In The Cockpit

Virgil Ivan Grissom, dit “Gus” Grissom, né le et mort accidentellement le , est un pilote de l’Armée de l’Air américaine et le deuxième astronaute américain à aller dans l’espace. Grissom fait partie du premier groupe d’astronautes sélectionné par la NASA pour le programme Mercury. Il effectue le deuxième vol suborbital américain dans le cadre de la mission Mercury-Redstone 4 et il est le premier astronaute à effectuer un deuxième vol dans l’espace avec sa participation à la mission Gemini 3, premier vol habité du programme Gemini. Grissom fait partie de l’équipage désigné pour la mission Apollo 1 avec Ed White et Roger Chaffee. Mais les trois hommes périssent dans un incendie de leur vaisseau créé par un court-circuit lors d’une simulation de lancement effectuée au sol. L’accident débouchera sur une remise à plat des procédures qualité du programme Apollo et d’importantes modifications dans les spécifications des vaisseaux du programme.

Grissom naît le à Mitchell (Indiana) dans l’État de l’Indiana. Il est le deuxième enfant de Dennis Grissom et Cécile King. Son père est un agent de circulation de la société ferroviaire Baltimore and Ohio Railroad, et sa mère femme au foyer. Sa sœur aînée décède peu de temps avant sa naissance. Il a trois cadets : Wilma, Norman et Lowell. Il fait ses études à l’école publique primaire et plus tard à l’école secondaire de Mitchell. Grissom rencontre sa femme Betty Moore Lavonne à l’école durant leurs activités parascolaires et ils deviennent amis. Ses premiers emplois consistent à livrer les journaux pour l’Indianapolis Star et dans un marché local.

Grissom fréquente parfois l’aéroport local de Bedford où il commence à s’intéresser à l’aviation. Un avocat de la région, possède un petit avion et le prend sur des vols pour un montant de 1 dollar ; il lui enseigne les rudiments de pilotage. La Deuxième Guerre mondiale éclate alors que Grissom est encore au lycée. Il souhaite s’enrôler après avoir obtenu son diplôme. En novembre 1942 Grissom rentre à 16 ans en tant que cadet de l’aviation dans les forces aériennes des États-Unis et il réussit son examen d’entrée en novembre 1943. Il obtient son diplôme de l’école secondaire en 1944 et est incorporé dans l’armée, à Fort Benjamin Harrison le 8 août 1944. Il est envoyé à la base de Sheppard Field à Wichita Falls, au Texas, pour une recevoir une formation de base, après quoi il est affecté en tant qu’employé à la base de Brooks Field près de San Antonio au Texas.

Alors que la guerre touche à sa fin, Grissom demande à quitter l’Armée. Il épouse Betty Moore le 6 juillet 1945, et après avoir été libéré de ses obligations militaires en septembre, trouve un emploi chez un constructeur local de bus tout en louant un appartement à Mitchell. Mais ses revenus sont insuffisants et il décide de reprendre ses études en profitant du G.I. Bill un dispositif mis en place par le gouvernement américain pour financer les études supérieures des soldats démobilisés après la Seconde Guerre mondiale. Grissom s’inscrit à l’Université Purdue en septembre 1946. Durant cette période de formation universitaire, sa femme Betty retourne vivre avec ses parents et prend un emploi à la Société Indiana Bell Telephone tandis que “Gus” travaille à temps partiel en tant que cuisinier dans un restaurant local. Grissom prend des cours d’été pour pouvoir terminer plus tôt ses études, il obtient sa licence ès sciences en génie mécanique en 1950.

Après avoir obtenu son diplôme, il réintègre l’Armée de l’air américaine. Il est accepté au programme de formation des cadets de l’air de la base à Randolph Air Force Base située à Universal City au Texas. À la fin de sa formation, il est affecté à Williams Air Force Base, à Mesa dans l’Arizona. En mars 1951, Grissom reçoit son diplôme de pilote avec le grade de sous-lieutenant. Sa femme demeure en Indiana et pendant cette absence elle donne naissance à son premier enfant, Scott. Après la naissance, ils rejoignent Grissom à la base en Arizona. La famille ne reste là que brièvement et en décembre 1951, ils déménagent à Presque Isle, Maine, où Grissom est affecté à la Presque Isle Air Force Base et il intègre la 75ème escadrille de chasseurs d’interception.

La guerre de Corée est en cours et l’escadrille de Grissom est envoyée dans la zone de guerre en février 1952. Grissom vole sur un chasseur à réaction F-86 Sabre en tant que pilote de remplacement. Il est réaffecté ensuite à la 334ème escadrille de chasse de la 4ème Escadre de chasse d’interception stationnée à la base aérienne de Kimpo. Grissom effectue plus de 100 missions de combat durant cette guerre, agissant comme un ailier protégeant les chasseurs de pointe. Cette position ne lui permet pas d’attaquer ou d’abattre un avion ennemi. Le 11 mars 1952, Grissom est promu premier lieutenant et est cité pour son “professionnalisme”.

Grissom demande à rester en Corée pour effectuer 25 autres vols, mais sa demande est rejetée. On lui offre le choix de la base militaire à laquelle il doit être affecté à son retour aux États-Unis et il intègre la base AFB Bryan à Bryan, Texas. Il devient instructeur de vol. Il est rejoint par sa femme et son fils. Son deuxième enfant voit le jour à Bryan en 1953. Au cours d’un vol d’entrainement avec un cadet, un élève pilote brise un des volets de l’avion. L’avion commence à partir en vrille et Grissom parvient à s’extraire du siège arrière de l’appareil, prendre les commandes et atterrir en toute sécurité.

En août 1955, Grissom est réaffecté à l’Air Force Institute of Technology à Dayton, Ohio où il suit un cycle de formation d’un an qui lui permet d’obtenir une licence en mécanique aéronautique. En octobre 1956, il entre à l’école des pilotes d’essai d’Edwards Air Force Base, en Californie puis il retourne à Wright-Patterson en mai 1957 en tant que pilote d’essai chargé de la mise au point des chasseurs.

Grissom fait partie des 110 pilotes d’essai sélectionnés par la NASA pour former le premier groupe d’astronautes destiné à voler dans le cadre du Programme Mercury. Convoqué pour passer des tests physiques et psychologiques en 1958, il fait partie des sept postulants retenus le 13 avril 1959.

  • Il effectue le deuxième vol suborbital à bord de Mercury 4, le .
  • Le , il est commandant à bord de Gemini 3, premier vol habité de la capsule Gemini.
  • Il devait être également commandant de bord du premier vol de la capsule Apollo (mission Apollo 1), mais il décède dans l’incendie du vaisseau lors d’une répétition au sol.

Grissom est désigné pour le deuxième vol du programme Mercury, la mission Mercury-Redstone 4. Comme la mission précédente il s’agit d’un simple vol suborbital car le lanceur suffisamment puissant pour placer en orbite le vaisseau n’est pas encore disponible. Le lancement a lieu le et Grissom amerrit après avoir volé 15 minutes et 37 secondes.

Quelques minutes après l’amerrissage de la capsule Mercury 4, le système pyrotechnique a déclenché l’ouverture de l’écoutille que l’astronaute avait utilisée pour s’installer dans la capsule. Cette procédure ne devait normalement pas être utilisée car cette écoutille était placée trop bas sur l’eau ; l’astronaute devait soit rester dans la capsule en attendant d’être hélitreuillé, soit sortir de la capsule par une deuxième écoutille aménagée dans la partie supérieure de la capsule. La capsule s’est rempli d’eau et a coulé, emportant avec elle les télémesures enregistrées sur bande magnétique durant le vol et qui devaient être exploitées pour analyser le déroulement de la mission et le comportement du vaisseau. Gus Grissom, qui s’était mis à l’eau, a manqué lui-même de couler car il avait omis de fermer une valve de sa combinaison qui se vidait de l’air qui devait lui permettre de flotter. Il sera accusé plus tard par certains responsables de la NASA d’avoir déclenché l’ouverture de l’écoutille dans un moment de panique. Son attitude lors de la tentative d’hélitreuillage a été également mise en cause, Grissom n’ayant pas suivi les procédures prévues. Plusieurs années après, une enquête plus approfondie menée sur l’épave de la capsule récupérée à grande profondeur a privilégié l’hypothèse d’un problème technique (le mécanisme d’ouverture de l’écoutille se serait déclenché tout seul), mais Gus Grissom est mort avant d’avoir été définitivement mis hors de cause.

Les responsables de la NASA ne lui ont pas tenu rigueur de cet incident, puisqu’on lui a confié par la suite successivement le commandement du premier vol des capsules Gemini et Apollo. D. Slayton, responsable de la composition des équipages du programme Apollo, a affirmé que si Grissom avait été encore en vie, le commandement de la première mission lunaire, Apollo 11, lui aurait été sans doute confiée.

Grissom remplace Alan Shepard comme commandant de la mission Gemini 3, ce dernier étant cloué au sol lorsque les médecins détectent qu’il est atteint de la maladie de Menière (affection de l’oreille interne). Cette mission, la première avec équipage du programme Gemini, est lancée le 23 mars 1965. Grissom et son coéquipier John Watts Young réalisent trois orbites autour de la Terre avant d’amerrir après 4 heures 52 minutes de vol. Grissom a participé à la conception du vaisseau chez le constructeur McDonnell Aircraft et a mis au point en particulier le contrôleur permettant d’effectuer les manœuvres de translation du vaisseau qui sera également utilisé sur les vaisseaux du programme Apollo.

Après avoir été désigné commandant de l’équipage de réserve de la mission Gemini 6A, Grissom est choisi pour commander la mission Apollo 1, le premier vol du programme Apollo avec comme coéquipiers Ed White et Roger Chaffee. Le vol doit avoir lieu le et l’équipage effectue des répétitions de lancement à bord de la cabine. Lors de l’un de ceux-ci, un incendie se déclare dans le vaisseau alors que Grissom et son équipage s’y trouvent en combinaison spatiale. Les trois hommes périssent dans l’incendie. Le feu a sans doute pour origine un court-circuit provenant d’une partie non identifiée du câblage électrique. L’étincelle a enflammé l’atmosphère de la capsule composée à 100 % d’oxygène. L’enquête montrera que le câblage était de mauvaise qualité et que l’incendie avait été alimenté par un grand nombre de composants inflammables présents dans celle-ci ; revêtement intérieur, combinaison spatiale, etc. Après cet accident, le vaisseau Apollo sera revu en profondeur (composants, connexions, gainage, etc.), ce qui fait perdre un an au programme Apollo. Au départ de l’incendie, les astronautes n’avaient pu évacuer le vaisseau car le mécanisme d’ouverture de l’écoutille était particulièrement complexe, conséquence partielle de l’accident de Gus Grissom sur le vaisseau Mercury 4. Le mécanisme a été revu et une procédure d’ouverture rapide et simplifiée a été mise au point.

Source : Wikipédia France

YOURI GAGARINE

Mentionné dans Gagarin

Youri Alexeïevitch Gagarine (en russe : Ю́рий Алексе́евич Гага́рин), né le et mort le , est le premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace (la première femme sera Valentina Terechkova) au cours de la mission Vostok 1 le , dans le cadre du programme spatial soviétique. Youri Gagarine acquiert une notoriété internationale et est décoré de nombreuses distinctions dont celle de Héros de l’Union soviétique et de la médaille de l’ordre de Lénine, les plus hautes distinctions soviétiques. La mission Vostok 1 est son seul voyage spatial, mais il a été aussi doublure de secours pour la mission Soyouz 1. Il meurt à 34 ans lors du crash de son Mig 15. Son nom a été donné à un cratère lunaire et à un astéroïde.

Youri Gagarine naît en 1934 à Klouchino, près de Gjatsk (oblast de Smolensk), dans le nord-ouest de la Russie. Les parents de Youri travaillent dans la ferme collective d’un kolkhoze. Son père Alexeï Ivanovitch Gagarine (1902–1973) est charpentier ; sa mère, Anna Timofeïevna Matveïeva (1903–1984), qui est issue d’une famille d’ingénieurs de Saint-Pétersbourg, capitale culturelle du pays, occupe l’emploi de laitière. Elle essaie de communiquer son goût de la lecture à ses quatre enfants. La vie est rude dans ce village dépourvu d’électricité et d’eau courante.

En 1941, la guerre avec l’Allemagne nazie éclate. Youri, qui est le troisième des enfants Gagarine, a alors sept ans. Le village est bombardé, ses ressources épuisées par les réfugiés qui affluent à la suite de la première bataille de Smolensk puis, fin 1942, est occupé par les troupes allemandes avant que la famille n’ait eu le temps de s’enfuir. La brutalité des occupants nazis ne connaît pas de bornes. Le cadet de Youri, Boris, subit un début de pendaison avant d’être relâché à moitié mort à cause des supplications de sa mère. La sœur de Youri est blessée par un Allemand avec une faux et son père est si gravement battu après avoir tenté de saboter un moulin qu’il reste définitivement invalide. La famille est expulsée de son isba par les soldats allemands et doit creuser un abri primitif dans lequel elle est obligée de vivre. En 1943, Valentin et Zoya, ses frère et sœur aînés, sont déportés dans un camp de travail forcé en Pologne par les SS ; là-bas, ils parviennent à survivre, puis à s’échapper avant de rejoindre les troupes soviétiques. Les parents n’apprendront qu’ils sont toujours en vie qu’à la fin de la guerre. La famille de Youri survit sous les bombardements et la famine. Malgré les risques, Youri se livre comme les autres enfants du village à de petits sabotages de la machine de guerre allemande. Youri est témoin d’un événement qui le marque et va jouer un rôle important dans son destin : un chasseur soviétique endommagé se pose près du village et un avion de secours vient récupérer le pilote peu après. Les enfants du village attirés par le spectacle se pressent sur les lieux. Youri est fasciné par l’avion et les pilotes, dont l’un prend le temps de lui montrer comment fonctionnent les commandes dans le cockpit.

Au printemps 1944, les troupes soviétiques avancent après l’offensive du Dniepr et le village est libéré de l’occupant. Mais les habitations sont détruites, le bétail exterminé ou emporté. La famille Gagarine décide de s’installer à Gjatsk, bien que cette ville soit dans le même état de destruction que Klouchino, et s’y construit une habitation. Youri, qui n’a plus fréquenté l’école depuis le début de la guerre, reprend les cours. C’est alors un enfant turbulent, qui entre de plus en plus fréquemment en conflit avec son père. Celui-ci ne supporte pas la contradiction et veut que ses enfants apprennent son métier. De son côté, Youri veut échapper à la vie pesante du village et annonce en 1949 à ses parents qu’il ne souhaite pas devenir charpentier et qu’il les quitte pour suivre des études dans un autre domaine. Son père tente de le faire revenir sur sa décision puis le laisse partir en lui demandant de ne pas ternir le nom des Gagarine. Youri va à Moscou, où vit un oncle susceptible de l’aider à trouver une place dans un collège. Il veut devenir gymnaste, mais il ne trouve pas de place et entre finalement dans une école d’apprentissage d’une fonderie à Lioubertsy, dans la banlieue de Moscou. Malgré le handicap de sa petite taille, il se distingue et est sélectionné pour entrer à l’Institut technico-industriel de Saratov dans le sud-est de la Russie. Cette école forme des techniciens dans le domaine du machinisme agricole et il en suit les cours durant quatre années. Il a l’occasion à l’époque de suivre une formation de gymnaste mais, réaliste, préfère opter pour une formation lui garantissant une carrière.

À Saratov, il adhère dès qu’il le peut au club de pilotage amateur de la ville, car il n’a pas oublié sa fascination d’enfance. Dès son premier vol à bord d’un Yak-18, il décide qu’il sera aviateur. Par la suite il mène de front ses études à l’institut de Saratov et une formation pratique et théorique de pilote. En octobre 1955, il décide de franchir le pas : il abandonne ses études à l’Institut, contre l’avis de son père qui lui reproche de gaspiller l’argent de l’État, et rentre comme cadet dans une école de pilotage militaire. Son instructeur est impressionné par ses capacités et le recommande pour l’école militaire de pilotage K. E. Vorochilov d’Orenbourg. Dans cette ville, au cours d’un bal d’étudiants, il rencontre une infirmière, Valentina Goriatcheva. Il l’épouse un an plus tard, le 27 octobre 1957, avant d’obtenir son diplôme de pilote de chasse sur MiG-15. Il est alors affecté dans une escadrille de chasseurs-intercepteurs à la base aérienne de Luostari située dans la région de Petchenga dans l’oblast de Mourmansk près de la frontière norvégienne au nord du cercle Arctique. Les conditions de vie sont dures pour le jeune couple mais leur première fille, Lena, naît en avril 1959. Leur deuxième fille, Galina, naît en mars 1961, 36 jours avant le vol de son père.

En juin 1959 le processus de sélection des premiers cosmonautes du programme spatial soviétique est lancé. Les responsables ont décidé de rechercher leurs candidats parmi les pilotes de l’armée de l’air car ils sont déjà, par leur métier, accoutumés à subir des accélérations importantes, sauter en parachute, etc. Contrairement aux Américains, qui ont sélectionné des pilotes seniors, les responsables soviétiques ont décidé de choisir des pilotes relativement novices, ayant entre 25 et 30 ans, en grande partie parce que les vaisseaux spatiaux doivent être entièrement automatisés et que les cosmonautes doivent essentiellement avoir un rôle d’observateur. Compte tenu de l’espace restreint disponible dans la future capsule spatiale les recrues ne doivent pas mesurer plus de 1,70 à 1,75 mètre et peser plus de 70 kg ; Gagarine, qui mesure 1,58 mètre satisfait ce critère. Après une première sélection sur dossier portant sur des critères physiques et une série d’entretiens visant à cerner leur personnalité, 200 pilotes parmi les 3 000 candidats sont sélectionnés, parmi lesquels Youri Gagarine. Celui-ci franchit également la deuxième étape de la sélection qui réduit en février 1960 le nombre d’élus à vingt. Il y a cinq dérogations à la règle de l’âge parmi les vingt sélectionnés, dont Vladimir Komarov. À l’époque de sa sélection Gagarine est un pilote junior avec 250 heures de vol sur MiG-15. Gagarine ne doit dire à personne, y compris sa femme, la nature du programme pour lequel il a été sélectionné.

Un médecin de l’armée de l’air ayant participé à sa sélection évalue sa personnalité : “Modeste ; embarrassé lorsque son humour lui fait tenir des propos un peu trop osés ; haut degré de développement intellectuel évident ; mémoire fantastique ; se distingue de ses collègues par sa perception aiguë de l’environnement y compris à longue distance ; dispose d’une imagination très développée ; réactions rapides ; persévérant ; se prépare de manière assidue à ses activités et exercices d’entraînement, parvient à maîtriser avec facilité la mécanique céleste et les formules mathématiques et excelle dans les mathématiques supérieures ; n’hésite pas à défendre son opinion s’il pense avoir raison ; comprend mieux la vie que beaucoup de ses amis”. Gagarine est également le candidat favori de ses pairs. Quand on demande aux vingt candidats de voter anonymement pour celui qu’ils aimeraient voir voler le premier, tous sauf trois votent pour Gagarine. Un de ses pairs, le futur cosmonaute Ievgueni Khrounov, se rappellera par la suite que Gagarine avait une extraordinaire capacité de concentration et pouvait, si nécessaire, être très exigeant vis-à-vis de lui-même et des autres. Il s’agissait là d’une caractéristique de sa personnalité beaucoup plus importante que celle révélée par son fameux sourire.

Comme les installations pour l’entraînement des pilotes ont à cette époque une capacité limitée, il est décidé le 30 mai de préparer en priorité un groupe de six pilotes (TsPK-1). Ceux-ci sont choisis, entre autres, sur des critères physiques, les plus grands étant écartés. Gagarine suit comme les autres apprentis cosmonautes un entraînement physique, effectue des sauts en parachute, s’entraîne sur un simulateur de la capsule Vostok, passe en centrifugeuse et reçoit une formation de base sur le fonctionnement des fusées et des vaisseaux spatiaux. En janvier 1961, le groupe passe devant une commission présidée par le général Nicolaï Kamanine. Celui-ci occupera au cours de la décennie suivante le poste de commandant du corps des cosmonautes. À l’issue des examens trois pilotes sont sélectionnés : Gagarine, Guerman Titov et Grigori Nelioubov. À ce stade, Gagarine est déjà donné favori par tous ceux qui le côtoient et il est remarqué par Sergueï Korolev, le responsable du programme spatial habité soviétique. Titov est plus cultivé et beaucoup plus expansif que Gagarine, mais a un caractère rebelle. Le troisième sélectionné, Grigori Nelioubov, est sans doute le plus doué sur le plan technique, mais il est considéré comme trop rebelle par les sélectionneurs les plus conservateurs. Il ne volera jamais et, après avoir été licencié à la suite d’un problème d’alcool, il se suicidera en 1966.

Le choix final se fait entre Gagarine et Titov. Le responsable de l’Union soviétique Nikita Khrouchtchev, à qui on demande sa préférence, les met sur un pied d’égalité et c’est finalement la commission de Kamanine qui tranche en faveur de Gagarine. La meilleure résistance physique de Titov, qui en fait un candidat idéal pour le deuxième vol programmé qui est beaucoup plus long, ainsi que ses origines sociales, peuvent également avoir joué contre lui : il est issu des classes moyennes alors que Gagarine a des origines beaucoup plus humbles et incarne à ce titre “l’idéal de l’égalité soviétique”. La deuxième fille de Gagarine, Galya, nait en mars 1961, un mois avant le vol. L’entraînement est alors si intense qu’il a peu de temps à consacrer à sa fille et à sa famille. Sa femme, qui est supposée ne pas encore connaître l’objectif de son entraînement, a deviné ce qui se prépare, ce qui accentue la pression sur le couple. La mort accidentelle du cosmonaute Valentin Bondarenko lors d’un entraînement fin mars ne ralentit pas les préparatifs. Titov et Gagarine ne sont informés qu’une semaine avant le lancement de la décision de la commission. Déçu, Titov ne manifeste pas de signe de mécontentement, mais il ne félicite pas pour autant Gagarine.

Le vol de Gagarine est précédé de plusieurs vols sans équipage destinés à mettre au point le vaisseau Vostok qui doit l’emporter dans l’espace. Les caractéristiques de la version Vostok 1K, destinée uniquement aux vols d’essai, sont figées en avril 1960. Cinq vols de Vostok 1K emportant des chiens s’échelonnent entre mai et décembre 1960. Un seul de ces vols est un succès complet, deux sont des échecs partiels, et les deux autres vols des échecs complets. Le vol de Korabl-Sputnik 2, connu aussi à l’ouest sous le nom de Spoutnik 5, qui décolle le 19 août est un succès, mais les réactions physiologiques des chiens à l’apesanteur conduisent les scientifiques à recommander à la commission d’État que le vol du futur cosmonaute ne dépasse pas plus d’une orbite, même si une fois ramené au sol l’état de santé des chiens est bon. Les chiens Belka et Strelka qui ont accompli 18 orbites soit un jour et deux heures dans l’espace sont les premiers êtres vivants récupérés après une mise en orbite et le vaisseau lui-même seulement le deuxième à être récupéré, suivant de peu un satellite du programme américain Corona.

À la suite de ces résultats peu encourageants, deux vols doivent valider la version Vostok 3KA qui doit être utilisée par Gagarine. Le premier vol, Korabl-Spoutnik 4, qui a lieu le 19 mars, transporte notamment un chien, des souris, des cobayes et des reptiles ainsi qu’un mannequin occupant la place du pilote. À l’image de la future mission, le vaisseau boucle une orbite unique puis effectue une rentrée atmosphérique et éjecte le mannequin muni de son parachute avant l’atterrissage. L’ensemble du vol se déroule de manière normale contrairement aux vols effectués auparavant. Le 25 mars un deuxième vol similaire, Korabl-Spoutnik 5, est effectué avec le même succès. Pour fixer la date du premier vol habité les responsables du programme spatial russe prennent en compte l’avancement du programme concurrent américain. Le premier vol suborbital habité du programme Mercury ayant été positionné début mai, Korolev décide après en avoir discuté avec le dirigeant de l’Union soviétique Nikita Khrouchtchev de planifier le vol de Gagarine mi-avril. Le gouvernement soviétique hésitait encore en 1959 à accorder la priorité à une mission spatiale habitée sur le développement du programme des missiles stratégiques. Mais fin 1960 les progrès du programme américain Mercury contraignent les dirigeants soviétiques à donner leur accord : l’Union soviétique n’a pas le choix si elle veut conserver sa suprématie dans la course à l’espace, prolonger l’euphorie qui a suivi les succès des missions Spoutnik et du programme Luna et conserver l’image d’une URSS en avance sur le plan technique.

Deux jours avant de décoller, Gagarine écrit une lettre à sa femme en évoquant un échec possible de son vol car on estime à l’époque ses chances de réussite à 50 %. Le vol Vostok 1, qui doit emporter le premier homme dans l’espace, est lancé depuis le cosmodrome de Baïkonour utilisé depuis les débuts de l’ère spatiale soviétique. Ce site aujourd’hui situé au Kazakhstan fait à l’époque partie du territoire de l’Union soviétique. Tout a été préparé en cas d’imprévu : une orbite qui permet un aérofreinage au bout de deux à sept jours en cas de panne du système d’atterrissage, un protocole pour le cosmonaute en cas d’atterrissage dans un pays étranger, des provisions pour treize jours et une balise pour repérer le site d’atterrissage. À la différence des précédentes missions, il n’y a pas de système d’autodestruction pour empêcher une puissance rivale de s’emparer de la technologie embarquée, tous les membres de la commission d’État s’y étant opposés, à l’exception du représentant du KGB. En cas d’échec et malgré la nature secrète du programme spatial soviétique, la primauté a été donnée à la sécurité du cosmonaute sur les considérations politiques, en annonçant via les médias son atterrissage dans un pays étranger ou en mer afin de faciliter l’organisation des secours.

Sergueï Korolev n’a pas fermé l’œil durant la nuit qui précède le lancement du 12 avril 1961 : il redoute une panne du troisième étage de la fusée précipitant le vaisseau dans les eaux glacées au sud du cap Horn. Youri Gagarine de son côté, est réveillé à 5h30 du matin après une nuit de sommeil parfaite. Après un déjeuner léger à base d’aliments en tube, des techniciens l’aident à enfiler sa combinaison spatiale SK-1 orange. Suivant une superstition commune chez les pilotes soviétiques, Gagarine ne s’est pas rasé. Korolev vient embrasser Gagarine qui plaisante avec lui avant son décollage et tente de rassurer son responsable très inquiet. Korolev lui dit qu’il espère le voir un jour marcher sur la Lune. Le vol doit être entièrement automatique et les commandes de vol sont bloquées. En cas d’urgence, Gagarine doit ouvrir une enveloppe qui contient un code qu’il tapera pour libérer les commandes. Cette procédure est violée par Korolev lui-même qui souffle le code dans le creux de l’oreille de Gagarine mais il a été précédé par plusieurs techniciens qui ont fait de même n’hésitant pas, ainsi, à risquer leur emploi. Korolev, qui s’est installé dans le bunker de commandement et est en liaison avec le cosmonaute, n’est pas rassuré car le taux de succès du lanceur est de 50 % sur seize lancements : il prend des tranquillisants quelques minutes avant le tir. Gagarine déclarera plus tard : “Bien sûr que j’étais nerveux – seul un robot n’aurait pas été nerveux à un tel moment et dans une telle situation”.

Il n’y a pas de compte à rebours comme pour les vols américains, le vol est lancé à l’heure prévue. À l’instant du départ, le pouls de Gagarine passe brutalement de 64 à 157 battements par minute mais il s’exclame joyeusement “Et c’est parti ! (Поехали! [Poïekhali!])”. Il est 9h07 (heure de Moscou, 6h07 7 GMT). Alors que la fusée s’élève, Gagarine signale qu’il ressent l’accélération croissante mais affirme ne pas en souffrir. À Korolev qui lui demande comment il va, il répond de manière humoristique : “Bien, et vous ?”. Il ressent des difficultés à parler lorsque l’accélération atteint g. Le système télémétrique qui affiche la progression du vaisseau donne quelques frayeurs au responsable du programme en indiquant par moments une trajectoire alarmante après la mise à feu du troisième étage. Environ deux minutes après le décollage, la coiffe aérodynamique qui recouvre le vaisseau est larguée comme prévu et le hublot situé à hauteur des pieds de Gagarine est démasqué. Celui-ci s’exclame : “Je vois les nuages. Le site d’atterrissage… C’est magnifique ! Quelle beauté”.

Onze minutes après le lancement, le vaisseau est inséré en orbite et entame une révolution autour de la Terre qui va durer 1 heure et 48 minutes, à une altitude moyenne de 250 kilomètres (327 km et périgée : 180 km). L’orbite est beaucoup plus haute que prévu, avec un apogée supérieur de 70 km, ce qui fait craindre au centre de contrôle une mission plus longue si les rétrofusées ne fonctionnent pas. Gagarine devient le premier homme à voyager dans l’espace et le premier homme à effectuer une orbite autour de la Terre, accomplissant la prédiction de Constantin Tsiolkovski, père de l’astronautique moderne, qui avait annoncé en 1935 que le premier homme dans l’espace serait russe : “Je n’ai aucune difficulté à imaginer le premier homme vainquant la gravité terrestre et fonçant dans l’espace. Il est russe et citoyen de l’Union soviétique ; son métier le plus probable est pilote; il est courageux mais dénué de témérité. Je vois son franc visage russe”. Gagarine est ému par la beauté de la Terre, bleue, ronde et à l’atmosphère si ténue. Il expérimente l’impesanteur et constate qu’il peut manger, boire et travailler normalement même s’il doit arrêter la rédaction de son journal de bord ayant perdu son crayon qui s’est envolé dans un coin de la cabine, la vis qui devait le retenir par un fil s’étant desserrée. Il arrive à la conclusion que l’apesanteur ne gêne pas le travail humain dans l’espace. Il passe son temps en orbite à observer la Terre et contrôler ses instruments. Aucune expérience n’est prévue. Comme les spécialistes avaient des doutes sur les capacités d’un homme soumis à l’apesanteur, l’ensemble des opérations est déclenché depuis le sol. Le vol se déroulant normalement, Gagarine n’a pas l’occasion de prendre le contrôle manuel. Pour les échanges radio avec le sol, Gagarine répond sous le code de “Kedr” (Кедр), désignant le cèdre, tandis que le sol répond à l’appellation Aube-1 (Zaria-I ; Заря-I). L’agence TASS officialise 55 minutes après le lancement la mise en orbite de Gagarine, qui à cette occasion est promu major (il était premier-lieutenant). Les services de renseignement américains savent un peu avant l’annonce qu’un vol habité a lieu grâce à une de leurs stations d’écoute située en Alaska. Lorsque sa mère entend la nouvelle à la radio à Gjatsk, elle se met à pleurer, répétant sans cesse “Qu’est ce qu’il a fait et où est-il allé ?”. Alors qu’il arrive au-dessus de l’océan Pacifique, Gagarine passe dans l’ombre de la Terre pour sa première et seule “nuit” en orbite et est émerveillé par la beauté de l’espace étoilé.

Après une orbite complète, les rétrofusées du vaisseau sont mises à feu pour le freiner et déclencher la rentrée atmosphérique et le retour sur Terre ; mais cette manœuvre ne se passe pas comme prévu : le vaisseau subit une secousse brutale puis commence à tourner sur son axe à la vitesse de 30 degrés par seconde. Gagarine rapporte “Tout tournait. Je voyais d’abord l’Afrique, puis l’horizon, puis le ciel. J’avais à peine le temps de protéger mes yeux des rayons du soleil. J’ai mis mes jambes de manière à couvrir le hublot sans avoir à fermer les stores”. Les charges pyrotechniques censées séparer complètement le module de descente dans lequel se trouvait Gagarine du module de service contenant les appareillages devenus inutiles n’avaient pas complètement rempli leur office : le module de service, plus dense, tombait en premier tout en restant attaché à la cabine de Gagarine par quelques câbles. Le vaisseau était conçu pour présenter son bouclier thermique tourné vers l’avant, là où le freinage aérodynamique porte la coque à des températures extrêmes. Mais dans cette configuration anormale, Vostok 1 exposait à la chaleur les parties de la coque moins bien protégées. Gagarine décrit ainsi cette phase de sa descente vers la Terre : “le vaisseau spatial était entouré de flammes, […] j’étais un nuage de feu qui fonçait vers la Terre”. La situation est critique mais Gagarine qui en a conscience reste d’un calme olympien, calculant qu’il atterrirait en URSS et transmet par radio à la Terre que tout va bien. Finalement, 10 minutes après le déclenchement de la rentrée atmosphérique, l’augmentation de la pression aérodynamique parvient à rompre les derniers câbles qui maintiennent les deux modules solidaires. Rétrospectivement, des experts occidentaux ont estimé que l’incident n’aurait pas mis la mission en péril. Gagarine est secoué dans tous les sens pendant la descente alors qu’il décrit une capsule entourée d’une lumière violette, les craquements et la chaleur. Quand la décélération atteint son pic à 10 g, la vue de Gagarine se brouille quelques secondes mais la capsule ralentit sa rotation. À quelques kilomètres du sol, en application d’une procédure commune à tous les vaisseaux Vostok, Gagarine s’éjecte de la capsule : il effectue le reste de sa descente en parachute car, pour des raisons de poids, on n’a pas pu installer sur le vaisseau Vostok des rétrofusées permettant de réduire suffisamment la vitesse résiduelle à l’atterrissage. Alors qu’il largue le siège avec lequel il a été éjecté et ouvre son parachute, Gagarine reconnaît immédiatement le paysage qui défile sous ses pieds : c’est une région près de la Volga où il a effectué son entraînement de parachutiste. Son parachute de secours s’ouvre de manière dangereuse en plus du parachute principal, mais reste heureusement sous lui sans s’emmêler avec ce dernier. Descendant enfin en sécurité, Gagarine se met à chanter pour lui-même. Il se pose vers 10h55 (heure de Moscou, 7h55 GMT) dans un champ près d’un ravin non loin dans la région de la ville de Saratov: le premier vol habité a duré 108 minutes dont 89 en orbite terrestre.

Juste après son atterrissage, il met six minutes avant de pouvoir ouvrir la valve d’air de son scaphandre qui lui permet de respirer à nouveau l’air de la Terre. Sa préoccupation principale est ensuite de pouvoir signaler qu’il est sain et sauf. Pendant ce temps, c’est un Khrouchtchev enthousiaste qui demande par téléphone plusieurs fois à Korolev si Gagarine est vivant. Gagarine rencontre une paysanne dont la fille commence à fuir et doit les rassurer en criant “Je suis un ami, je suis soviétique !”. Il utilise le téléphone du camp d’agriculteurs pour avertir les secours. Son vaisseau a atterri à trois kilomètres de là et des enfants des villages environnants sont déjà entrés à l’intérieur, finissant les restes de nourriture en tube qui s’y trouvaient.

Le 14 avril, Youri Gagarine est reçu triomphalement à Moscou, sur la place Rouge, par Krouchtchev, Léonid Brejnev et la plupart des responsables soviétiques. Le vol spatial de Gagarine a un retentissement énorme en URSS et dans le monde entier. L’Union soviétique avait généralement pour les puissances occidentales une image de pays arriéré : celle-ci est complètement effacée par la réussite du programme spatial soviétique qui est à son pinacle et par l’événement qu’est dans l’histoire de l’humanité l’envoi du premier homme dans l’espace. Pour Asif A. Siddiqi, historien spécialiste du programme spatial soviétique, la réussite est d’autant plus impressionnante qu’elle intervient seize ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale qui a laissé une URSS exsangue et ravagée, avec une industrie en ruine et 25 millions de morts, donc très désavantagée vis-à-vis des États-Unis, qui n’avaient pas eu à subir la guerre sur leur territoire.

La réaction américaine est courtoise et le vice-président Lyndon Johnson présente ses félicitations annonçant que “le vol courageux et pionnier de Youri Gagarine dans l’espace a ouvert de nouveaux horizons et créé un brillant exemple pour les cosmonautes des deux pays”, mais le président John Fitzgerald Kennedy annonce dans une conférence de presse que les États-Unis n’essayeraient pas de rattraper l’URSS dans la course à l’espace mais les battraient dans des domaines d’activité plus profitables à long terme à l’humanité. Le Washington Post demande quant à lui une mobilisation générale pour battre l’URSS. Werner von Braun, directeur de la NASA et un des pères de l’astronautique américaine, déclare que “pour rester au niveau, les États-Unis devront courir comme un diable”. Kennedy revient cependant vite sur sa décision et le vol de Gagarine relance la course à l’espace. Le 25 mai, il annonce dans un discours historique que les États-Unis enverront un homme sur la Lune avant la fin de la décennie.

Avant que Gagarine n’entame à la suite de son vol une tournée mondiale utilisée à des fins de propagande politique, les dirigeants soviétiques lui imposent de révéler le moins de détails possible sur le programme spatial, jusqu’à éluder sa taille pour ne pas dévoiler les caractéristiques de la capsule. Pour que le vol orbital soit homologué, les autorités soviétiques annoncent que Gagarine est revenu au sol à bord de la capsule et masquent le fait qu’il s’est parachuté. Le déroulement réel sera connu à la fin des années 1990 avec la libéralisation du régime russe. Lorsqu’il est interrogé par les journalistes étrangers, ses réponses sont souvent évasives et il est obligé de mentir : on ne sait rien à l’époque de l’emplacement exact de sa base de lancement qui est toutefois connu par les services secrets américains grâce à leur station radar en Turquie. Les Soviétiques indiquent un lieu près de la ville de Baïkonour, qui est en fait à 360 km de la base de lancement. Le nom du responsable du programme spatial soviétique, Sergueï Korolev, reste également secret. Celui-ci n’apparaît pas dans les commémorations ; on laisse croire qu’un vénérable membre de l’Académie des sciences dont les liens avec le programme spatial sont très ténus est le père de l’astronautique soviétique. Pour récompenser ceux qui ont participé à cet exploit, près de sept mille personnes reçoivent divers médailles et titres et un certain nombre le titre de Héros de l’Union soviétique, mais seuls ceux qui font partie des instances dirigeantes, dont le premier secrétaire Khrouchtchev, sont officiellement nommés. Les cinq véritables responsables du programme sont récompensés mais restent dans l’ombre.

Peu après son vol, Gagarine est nommé responsable de l’entraînement des cosmonautes qui a lieu à la Cité des étoiles dans la banlieue de Moscou. Dans ce rôle, il est associé à l’élaboration du programme des missions et à la sélection des cosmonautes. Au cours des vols suivants, Gagarine participe aux prises de décisions critiques concernant le déroulement des missions et assure en partie la liaison radio avec le cosmonaute en vol. Il s’oppose même à Korolev qui souhaite un vol d’une journée pour la deuxième mission, appuyant les médecins des cosmonautes qui favorisent un vol de trois orbites soit cinq heures. Korolev aura néanmoins gain de cause. Gagarine participe également à la sélection de la première femme cosmonaute sur le vol Vostok 6 et s’oppose même à la candidature de l’une d’entre elle parce qu’elle est déjà mère, la société russe stigmatisant les mères de famille entreprenant des activités dangereuses. Il est cependant contredit par le président de l’académie des sciences qui conserve la candidate.

Parallèlement, Gagarine entame une tournée autour de la planète : accompagné par Titov, qui a renouvelé l’exploit de Gagarine le 6 août 1961 (Vostok 2), et Kamanine, responsable du corps des astronautes, il visite en 1961 l’Afghanistan, le Brésil, le Canada, Ceylan, Cuba, la Tchécoslovaquie, l’Inde, la Finlande, la Hongrie, l’Islande et le Royaume-Uni. L’année suivante, il séjourne dans de nombreux autres pays. Cette gloire brutale monte à la tête de Gagarine comme de Titov. Tous les deux sont semoncés par le Parti pour leurs abus répétés de boissons et leur comportement avec la gent féminine. Durant une de ses frasques, Gagarine se blesse sérieusement à la tête en se jetant du premier étage d’un immeuble pour échapper à sa femme sur le point de le surprendre en galante compagnie.

Gagarine est accaparé par sa tâche non officielle d’ambassadeur de l’Union soviétique qui ne lui laisse plus suffisamment de temps pour son entraînement de cosmonaute. Les dirigeants soviétiques souhaiteraient qu’il renonce à voler : Kaminine lui propose de prendre la direction du Centre d’entraînement des cosmonautes. Gagarine ne veut pas de ce travail de bureau. Il refuse à plusieurs reprises cette proposition avant d’accepter, sous la pression, le poste de directeur adjoint le 21 décembre 1963 avec le grade de colonel dans l’armée de l’air soviétique.

À compter de 1962, le projet du nouveau vaisseau spatial Soyouz est développé par les équipes de Korolev. Soyouz est beaucoup plus vaste que la capsule Voskhod et il doit permettre d’emporter un équipage de trois personnes. Il dispose d’un système de rendez-vous automatique qui permet l’amarrage de deux vaisseaux. À partir de 1964, Soyouz devient une pièce maîtresse du programme lunaire habité soviétique que les dirigeants de Moscou se sont enfin décidés à lancer en constatant les progrès du programme Apollo. La première mission prévue comporte le lancement de deux vaisseaux Soyouz dotés d’équipage qui doivent effectuer un rendez-vous dans l’espace. À compter de septembre 1965, quatre cosmonautes commencent l’entraînement pour le poste de commandant. Pour la première fois depuis quatre ans, Gagarine fait partie des présélectionnés mais le favori est Vladimir Komarov : celui-ci est considéré comme le plus compétent et le plus brillant des quatre hommes. Gagarine, accaparé par ses tâches bureaucratiques, a grossi et a perdu une partie de ses compétences de cosmonaute. Mais il s’entraîne dur et repasse favori devant Komarov jusqu’à ce que les officiels, à l’issue d’une réunion au centre d’entraînement des cosmonautes, imposent en avril 1966 Komarov et assignent à Gagarine le rôle de doublure. Gagarine veut tellement réaliser un autre vol spatial qu’il est suggéré comme doublure pour un vol du programme lunaire habité soviétique.

La mise au point du vaisseau Soyouz se passe mal. Tous les vols d’essais sans équipage sont entachés de problèmes et la date du premier vol est régulièrement repoussée. Sans attendre de nouveaux tests et contre l’avis de certains cosmonautes et ingénieurs, une double mission est planifiée sous la pression des politiques qui veulent faire un coup d’éclat pour contrer la domination américaine qui se profile : dans le cadre de la mission Soyouz 1, un premier vaisseau Soyouz doit être lancé avec à son bord Komarov, puis un deuxième Soyouz le rejoint en orbite avec trois cosmonautes pour un rendez-vous orbital. Le 23 avril 1967, Komarov est accompagné par Gagarine jusqu’à l’écoutille de son vaisseau qui décolle et place en orbite le vaisseau sans encombre. Le vaisseau de Komarov connaît de nombreux problèmes auxquels celui-ci tente en vain de faire face avec l’aide des équipes au sol, dont Gagarine. Mais la situation impose l’interruption de la mission et l’annulation du lancement du second vaisseau. Au cours de la descente vers le sol, le parachute du vaisseau se met en torche et le vaisseau s’écrase en tuant Komarov. Une commission d’enquête est créée et Gagarine fait partie des personnes chargées de déterminer l’origine de la défaillance à l’atterrissage. Quelques jours après l’accident, Kamanine informe Gagarine que celui-ci n’a pratiquement aucune chance de participer à une future mission spatiale et qu’il va proposer son interdiction de vol.

En 1966, Gagarine, comme la majorité des autres cosmonautes de sa promotion, entame un cycle d’étude à l’institut d’aéronautique Joukovski de Moscou. À titre de travaux pratiques, les cosmonautes travaillent sur les caractéristiques d’un avion spatial inspiré du projet Dyna-Soar américain abandonné quelques années auparavant. Gagarine est notamment chargé de l’aérodynamique et du système d’atterrissage. En novembre 1967, toujours dans l’objectif de protéger la vie d’un personnage qui symbolise le triomphe de l’astronautique soviétique, Gagarine n’est plus autorisé à effectuer des vols sur avion de chasse en solo. Ainsi, il vole moins de dix heures chaque année jusqu’à sa mort. Gagarine est accaparé par sa participation à plusieurs commissions d’État et par son rôle d’ambassadeur de l’astronautique soviétique. Il aime rouler vite et il échappe miraculeusement à de graves accidents (plus de vingt accidents de voiture en moins de sept ans). Selon Kamanine, son mode de vie de coureur de jupons, les réunions interminables et les beuveries fréquentes transforment progressivement l’image publique de Gagarine et effacent le sourire qui faisait son charme.

Début 1968, Gagarine est de nouveau autorisé à piloter un avion de chasse à condition d’être accompagné d’un instructeur. Il enchaîne les vols d’entraînement, à un rythme que Kamanine juge trop élevé, car Gagarine veut de nouveau voler en solo. C’est ainsi que le 27 mars 1968 il décolle peu après 10 heures du matin à bord d’un MiG-15 UTI depuis un aéroport proche de Moscou. Il est accompagné d’un instructeur, le colonel Vladimir Serioguine, pilote de 45 ans aux références impeccables, qui depuis 1963 est affecté à l’entraînement des cosmonautes. Quelques minutes après le décollage, Gagarine demande aux contrôleurs la permission de modifier son plan de vol et de rentrer à la base, ce sera sa dernière communication. En l’absence de nouvelles, l’alerte est rapidement déclenchée. Quelques heures après ce dernier contact, des hélicoptères décollent pour se mettre à la recherche de l’avion qui est repéré à environ 64 km de la base aérienne dans une zone densément boisée et recouverte d’un mètre de neige. L’avion a creusé un cratère de 6 à 7 mètres en s’écrasant, ce qui laisse supposer qu’il a heurté le sol à une vitesse comprise entre 700 et 800 km/h. L’équipe de recherche découvre rapidement une mâchoire qui est identifiée comme étant celle de Serioguine. Les recherches sont interrompues par la nuit. Lorsqu’elles reprennent le lendemain, l’équipe de sauvetage découvre d’abord la combinaison de vol de Gagarine accrochée dans un arbre à une dizaine de mètres de hauteur puis, peu après, les corps des deux pilotes. Une commission a été mise en place dès la veille au soir pour découvrir ce qui s’est passé.

La thèse officielle est que Gagarine, victime d’une défaillance de son avion, ne s’est pas éjecté pour éviter que son MiG-15 s’écrase sur une école, cette information s’est révélée rapidement entièrement fausse. L’enquête officielle de l’époque, dont les conclusions ne sont pas rendues publiques, impute l’accident à une manœuvre brusque soit pour éviter un ballon-sonde soit pour ne pas pénétrer dans la zone de turbulence située au sommet d’une couche nuageuse. Ces conclusions, qui mettent en cause le pilote, soulèvent des protestations de Kamanine et des cosmonautes seniors. En l’absence d’informations officielles sur les circonstances de l’accident, de nombreuses hypothèses sont énoncées par des experts occidentaux. Le rapport de l’époque est déclassifié en avril 2011, sa conclusion est que la cause la plus probable de l’accident aurait été une manœuvre brusque destinée à éviter un ballon-sonde.

D’après Asif Azam Siddiqi, historien américain de la conquête spatiale qui reprend les conclusions d’un article de Sergueï Belotserkovski et A. Leonov paru dans la Pravda en 1998, le dossier aurait été rouvert 20 ans après les faits en Union soviétique et une étude minutieuse aurait mis en évidence plusieurs facteurs contribuant à apporter un nouvel éclairage sur l’accident. Deux MiG-21 et un MiG-15 auraient été autorisés à voler dans la même zone au même moment et le cosmonaute aurait décollé sans information sur le plafond de la couverture nuageuse. Alors que Gagarine entamait un virage et sa descente à une altitude de 700-1 200 mètres pour rentrer au terrain, le deuxième MiG-15 serait passé, sans s’en rendre compte, à 500 mètres de l’avion de Gagarine, coupant sa trajectoire. Celui-ci, pris dans les turbulences créées par le sillage de l’avion, aurait entamé une vrille que le pilote serait parvenu à redresser après avoir effectué cinq tours. Mais au sortir de la vrille, Gagarine et son coéquipier, qui se trouvaient dans une couche nuageuse épaisse, n’auraient eu qu’une idée imprécise de leur altitude, en fait entre 400-600 mètres, avec un angle à piquer de 70 degrés. Il ne serait alors resté que cinq secondes avant que l’avion ne s’écrase au sol, ne laissant aucune chance aux deux pilotes pour s’éjecter.

Dans un entretien en juin 2013 avec la télévision russe RT, Alexeï Leonov a déclaré qu’un rapport déclassé sur l’incident avait révélé la présence d’un second avion “non autorisé”, un Su-15 dans la zone. Leonov avance que cet avion était descendu à 450 mètres (1 480 pieds) et que, pendant qu’il allumait sa postcombustion, “l’avion avait réduit son éloignement à 10-15 mètres dans les nuages, en passant près de Gagarine, le prenant dans ses turbulences de sillage et l’envoyant en vrille – une vrille installée, pour être précis – à une vitesse de 750 km/h”.

Gagarine et Serioguine sont tous deux inhumés dans le mur du Kremlin. La perte en deux ans de deux cosmonautes (Vladimir Komarov en 1967, et Gagarine en 1968) entraîne un changement important dans les procédures de sécurité appliquées pour la mise au point des lanceurs et des vaisseaux habités. Alors que, jusque-là, les autorités soviétiques avaient parfois fait prendre des risques importants aux cosmonautes pour battre les Américains dans la course à l’espace, comme cela a été le cas en particulier pour le vol de Komarov, par la suite les vols des vaisseaux sans pilote, permettant de qualifier les engins avec un degré raisonnable de certitude, deviennent la règle.

Youri Gagarine était très apprécié par Korolev pour son calme, son optimisme et son sens de l’observation : “Pendant les journées de préparation pour le lancement […] lui seul semblait rester calme. Plus que cela : il était plein de bon esprit et rayonnait comme le Soleil”. Pour la BBC, “sa personnalité aimable et modeste a charmé le monde”.

Après le vol, certaines sources ont déclaré que Gagarine pendant son vol spatial a fait le commentaire : “Je ne vois aucun Dieu là-haut”. Cependant aucune parole semblable n’apparaît dans les enregistrements des conversations de Gagarine avec les stations terrestres pendant le vol. Un ami proche de Gagarine, le Colonel Valentin Petrov, révélera en 2006 qu’il n’avait jamais dit ces mots et que la phrase provenait d’un discours de Nikita Khrouchtchev au comité central du Parti communiste de l’Union soviétique où la propagande anti-religieuse était discutée. Dans un certain contexte, Khrouchtchev dit “Gagarine a été dans l’espace mais il n’y a vu aucun dieu”. Le colonel Petrov ajoute que Gagarine a été baptisé par l’église orthodoxe lorsqu’il était enfant. En 2011, le recteur de l’église orthodoxe de la cité des étoiles raconte que “Gagarine avait baptisé sa fille aînée Yelena peu avant son vol spatial ; sa famille fêtait Noël et Pâques et gardait des icônes dans la maison”.

En Russie le 12 avril est un jour férié. Baptisé “journée des cosmonautes”, il est aussi important que le 9 mai, date de la victoire de l’Union soviétique sur l’Allemagne nazie. Le 25 mars 2011, l’Assemblée générale des Nations unies déclare le 12 avril “Journée internationale du vol spatial habité”.

Selon un sondage réalisé en 2010 par l’institut VTsIOM, Youri Gagarine est “la personnalité du XXème siècle la plus attrayante” pour 35 % la population russe, devant le poète Vladimir Vyssotski (31 %) et le maréchal Joukov (20 %). Pour le président Dmitri Medvedev, lors de l’anniversaire des cinquante ans du lancement, “Le vol de Gagarine a été un événement absolument révolutionnaire, hautement symbolique. Cela a été un immense succès du secteur spatial soviétique. Il a marqué un avant et un après”. Pour Vladimir Poutine, alors Premier ministre, “Gagarine est un homme qui a changé le monde”. L’expression “C’est parti !” (“Поехали!” [Poïekhali!]), qu’il a prononcée alors que sa fusée a décollé, est devenue une expression courante en Russie.

Après que leur pays a gagné la course à la Lune, le vol de Gagarine n’est plus considéré par les historiens américains comme une avancée majeure de l’histoire de l’humanité mais juste une étape qui a permis de décider les États-Unis à envoyer des hommes sur la Lune. Le premier vol de la navette spatiale américaine a lieu le jour du vingtième anniversaire du vol historique de Gagarine.

En 2012, les fusées Soyouz qui approvisionnent et relèvent les équipages de la Station spatiale internationale sont toujours comme la fusée Vostok de Gagarine un dérivé de la fusée R-7 Semiorka, famille de fusées qui a emporté tous les vols habités russes.

À la suite de son vol spatial, le lieutenant Gagarine est directement promu au grade de major. Il a reçu le titre de Héros de l’Union soviétique et la médaille de l’ordre de Lénine, qui constituent les plus hautes distinctions de l’Union soviétique. Il est nommé membre d’honneur de l’Académie internationale d’astronautique (1966).

Dans son pays, son nom a été donné en hommage à de nombreux lieux, institutions ou récompenses dont, entre autres, la ville Gjatsk rebaptisée Gagarine en 1968, une place de Moscou où se trouvent le monument à sa mémoire et le plus grand musée de l’aéronautique et de l’espace de Russie situé à Monino. Le cratère Gagarine est un des plus grands cratères lunaires (265 km de diamètre), situé sur la face cachée, et l’astéroïde n° 1772 porte son nom. Objet d’une propagande intense, il reçoit de nombreux honneurs et son nom est utilisé pour baptiser rues et monuments dans les pays du Tiers-monde, dans les pays “frères” de l’Europe de l’Est, et en Europe occidentale dans les municipalités tenues par le Parti communiste local.

Source : Wikipédia France

DÉCLARATION DE GUERRE PAR NEVILLE CHAMBERLAIN

Samplé sur If War Show Come

Description :

Ce document est le script de l’adresse à la nation de Neville Chamberlain le 3 septembre 1939, déclarant que la Grande-Bretagne avait déclaré la guerre à l’Allemagne. Elle a été diffusée sur la BBC de Downing Street à 11h15, peu après que l’Allemagne ait refusé de retirer ses troupes de la Pologne.

Dans son discours, Chamberlain réitère ses tentatives de gagner une solution paisible et s’oppose aux déclarations d’Hitler selon lesquelles la Pologne avait rejeté un accord. En dernier point, il offre de l’encouragement au peuple britannique pour défendre leur pays pour une juste cause.

Audio :

Texte en entier :

“Ce matin, l’Ambassadeur de Grande-Bretagne à Berlin a remis au gouvernement allemand une Note finale déclarant que, à moins que nous ayons une réponse avant 11 heures selon quoi ils étaient prêts à retirer immédiatement leurs troupes de Pologne, un état de guerre existerait entre nous.

Je dois vous dire maintenant qu’aucun engagement n’a été reçu, et que, par conséquence, ce pays est en guerre avec l’Allemagne.

Vous pouvez imaginer quel coup amer c’est pour moi de voir que toute ma longue lutte pour gagner la paix a échoué. Pourtant, je ne peux croire qu’il n’y ait rien de plus ou de différent que j’aurais pu faire pour avoir plus de succès.

Jusqu’au dernier instant, il aurait été assez possible d’arranger un accord paisible et honorable entre l’Allemagne et la Pologne, mais Hitler n’a rien voulu entendre. Il avait évidemment décidé d’attaquer la Pologne quoi qu’il arrive, et bien qu’il dise aujourd’hui qu’il a fait des propositions raisonnables qui ont été rejetées par les Polonais, ce n’est pas une vraie déclaration. Ces propositions n’ont jamais été montrées aux Polonais, ni à nous, et même si elles ont été annoncées à la radio allemande jeudi soir, Hitler n’a pas attendu d’entendre de commentaires sur elles, mais a ordonné à ses troupes de passer la frontière. Ses actions montrent de manière convaincante qu’il n’y a aucune chance d’attendre que cet homme n’abandonne jamais sa pratique d’utiliser la force pour obtenir ce qu’il veut. Il ne peut être arrêté que par la force.

La France et nous allons aujourd’hui, dans l’accomplissement de nos obligations, aider la Pologne qui résiste si courageusement à cette attaque méchante et injustifiée sur son peuple. Nous avons la conscience claire. Nous avons fait tout ce que n’importe quel pays puisse faire pour établir la paix. La situation dans laquelle on ne peut faire confiance à aucune parole donnée par le chef d’État allemand et dans laquelle personne ne puisse se sentir en sécurité est devenue intolérable. Et maintenant que nous sommes déterminés à y mettre fin, je sais que vous y jouerez tous votre rôle avec calme et courage.

Dans un tel moment, l’assurance de soutien que nous avons reçu de l’Empire est une source d’encouragement profond pour nous.

Le gouvernement a fait en sorte qu’il soit possible de continuer le travail de la nation dans les jours de stress et de tension à venir. Mais cela nécessite votre aide. Vous pourriez faire partie des services de lutte ou être volontaire dans l’une des branches de la défense civile. Si oui, vous prendrez votre service selon les instructions que vous avez reçues. Vous pourriez vous engager dans du travail essentiel à la poursuite de la guerre pour la maintenance de la vie du peuple – dans les usines, dans les transports, dans les intérêts des services publics, ou dans le ravitaillement d’autres indispensables de la vie. Si c’est le cas, c’est d’importance vitale que vous gardiez vos emplois.

Maintenant, que Dieu vous garde tous. Qu’il défende le juste. Ce sont contre les choses mauvaises que nous nous battrons – la force brutale, la mauvaise foi, l’injustice, l’oppression et la persécution – et contre elles, je suis sûr que le juste l’emportera”.

THOMAS WOODROOFFE

Samplé sur Lit Up

Thomas Woodrooffe (1899-1978) était un officier de marine, un animateur radio et un écrivain britannique.

Dans la Royal Navy, il s’est élevé au rang de capitaine de corvette. Après son départ en retraite, il est devenu commentateur radio pour la BBC. Il a été l’un des principaux commentateurs durant les années 1930, couvrant entre autres la cérémonie d’ouverture des JO d’été de 1936 et le retour de Neville Chamberlain de Munich en 1938. On se souvient de lui à cause de deux gaffes.

En 1937, il devait décrire la revue royale à Spithead sur son ancien vaisseau le navire de guerre HMS Nelson. Apparemment, il a vu d’anciens collègues avant la retransmission et a bu au point où sa description, toujours connue par sa phrase répétée “the fleet’s lit up”, était si incohérente qu’il a été retiré de l’antenne après quelques minutes et suspendu pendant une semaine par le PDJ de la BBC, John Reith. Le commentaire drôlement radotant de Woodrooffe a été régulièrement rediffusé. L’expression “lit up” peut également être un euphémisme de l’était d’ébriété, ce qui pourrait expliquer le commentaire de Woodrooffe, “Au moment présent, toute la flotte est allumée. Quand je dis allumée, je veux dire allumée avec des guirlandes électriques”. Public Service Broadcasting a utilisé des parties du commentaire de Woodrooffe dans leur chanson Lit Up.

Woodrooffe a continué à travailler pour la BBC et en 1938, il était le commentateur principal de la finale de la FA Cup entre Preston North End et Huddersfield Town, la première à être retransmise à la télévision. Après 29 minutes de prolongations, le score était toujours à 0-0 et Woodrooffe a déclaré : “Si quelqu’un marque un but là, je mange mon chapeau”. Des secondes plus tard, Preston a eu un penalty tiré et transformé en but par George Mutch. Woodrooffe a tenu sa promesse, même si le Time a déclaré que le “chapeau” qu’il a mangé était un gâteau recouvert de sucre.

Thomas Woodrooffe a également écrit de nombreux livres sur l’histoire navale, dont River of Golden Sand (1936), Best Stories of the Navy (1941) et Vantage at Sea: England’s Emergence as an Oceanic Power (1958).


Pour aller plus loin :

  • Lien vers l’enregistrement original et sa transcription (en anglais).