Mary Hamilton, née Mary Agnes Adamson le 8 juillet 1882 à Withington (Royaume-Uni) et morte le 10 février 1966 à Londres (Royaume-Uni), est une journaliste, écrivaine et femme politique britannique membre du Parti travailliste. Elle est députée entre 1929 et 1931.
Biographie
Origines et études
Mary Agnes Adamson est l’aînée d’une fratrie de six enfants. Ses origines sont écossaises. Son père, Robert Adamson, est professeur de logique à l’université de Glasgow, et sa mère Margaret, née Duncan, est une Quaker qui a été professeure de botanique au Manchester High School for Girls avant leur mariage en 1881. La famille retourne en Écosse en 1889.
Mary Adamson étudie dans des lycées de jeunes filles à Aberdeen et Glasgow, avant de fréquenter l’université de Kiel en 1901 pendant sept mois, afin d’apprendre l’allemand. Elle rejoint ensuite le Newnham College de Cambridge (où sa mère a également été élève), étudiant les classiques et l’économie ; elle est diplômée en 1904. Elle devient une spécialiste de la poétesse Mathilde Blind. Elle commence à s’intéresser à la politique et aux sujets sociaux.
Carrière professionnelle
Journaliste et écrivaine
Mary Hamilton est une écrivaine prolifique. Au cours des années 1910, elle traduit des ouvrages du français et de l’allemand et publie des livres pour enfants sur l’histoire ancienne (Grèce, Rome) et les présidents américains. En 1913, elle rejoint l’Economist.
En 1916, durant la Première Guerre mondiale, elle provoque une controverse en écrivant un roman pacifiste, Dead Yesterday.
Dans les années 1920, elle écrit pour les revues Review of Reviews et Time and Tide. Elle évolue dans les cercles littéraires aux côtés du couple Leonard et Virginia Woolf. Elle rencontre régulièrement des intellectuels, notamment Rose Macaulay et William Arnold-Forster.
Elle publie de courtes biographies de deux femmes syndicalistes, Margaret Bondfield et Mary Macarthur, et, sous le pseudonyme “Iconoclast”, un portrait de l’homme politique travailliste Ramsay MacDonald, qu’elle admire alors. En 1922, elle devient rédactrice adjointe du journal Labour Leader, sous la direction de H. N. Brailsford, ayant pour mission que celui-ci ne dévie pas trop à gauche de la ligne du parti.
Carrière politique
Au milieu des années 1910, elle travaille un an au sein de la Commission des propriétés terriennes et foncières du chancelier de l’Échiquier libéral David Lloyd George. Elle rédige un rapport remarqué. Mais ses principales préoccupations restent centrées sur le droit de vote des femmes et la réforme de l’assistance publique. C’est à cette époque qu’elle évolue du libéralisme au socialisme mais elle rejette le communisme issu de la révolution bolchevique de 1917.
Mary Hamilton se présente sans succès pour le Parti travailliste aux élections générales de 1923 et de 1924. Lors des élections générales de 1929, elle remporte l’un des deux sièges de la circonscription de Blackburn, obtenant le plus grand nombre de voix parmi toutes les femmes candidates travaillistes. Elle se fait remarquer à la Chambre des communes par une série de discours, au cours desquels elle porte toujours des chaussures rouges.
Elle est nommée déléguée à la Société des Nations à Genève, où, entre 1929 et 1930, elle travaille à la Commission des réfugiés et à la Commission internationale de coopération intellectuelle. Jusqu’en 1931, elle est également secrétaire privée parlementaire du ministre des Postes Clement Attlee.
Mary Hamilton ne rejoint pas le gouvernement d’union nationale en août 1931. Elle est élue à l’exécutif parlementaire du Parti travailliste. Elle perd son siège aux élections générales de 1931. Elle devient de plus en plus critique à l’égard de la politique de son parti au sujet du chômage.
Elle travaille également au comité Balfour sur l’industrie et le commerce (1924-1929) et à la commission royale sur la fonction publique (1929-1931). En 1937, elle est élue conseillère municipale du London County Council, contrôlé par les travaillistes.
Seconde Guerre mondiale et après-guerre
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle travaille pour la division de production générale du ministère de l’Information, entre 1940 et 1941. Elle est ensuite transférée au ministère de la Reconstruction, où elle est chargée de promouvoir le rapport Beveridge. En 1944, elle retourne travailler pour le département États-Unis du ministère de l’Information.
En août 1946, la division américaine, dont elle était alors responsable, est transférée au ministère des Affaires étrangères, où elle reste jusqu’à ce qu’elle quitte la fonction publique en février 1952. Elle est nommée commandeur de l’ordre de l’Empire britannique en 1949.
Radio
Mary Hamilton a présenté pour la BBCWeek in Westminster, une émission politique dédiée aux femmes, dès ses débuts en 1929. Elle continue de donner des conférences sur l’actualité et les carrières professionnelles des femmes, entre autres sujets, au cours des années 1930 et 1940, notamment aux États-Unis. Elle est nommée gouverneure de la BBC entre 1933 et 1937.
Vie privée
En septembre 1905, elle épouse Charles Joseph Hamilton, un économiste de l’université du Pays de Galles du Sud à Cardiff, où elle a brièvement été professeure d’histoire. Elle demande et obtient le divorce en 1914 mais conserve son nom d’épouse.
John Henry Whitley, né le 8 février 1866 à Halifax et mort le 3 février 1935, est un homme politique britannique.
Biographie
Il est éduqué au Clifton College, public school de Bristol. Il travaille ensuite pour l’entreprise de filature de coton de son oncle, tout en étudiant à l’université de Londres “durant son temps libre”, avant d’entrer en politique. De 1893 à 1900 il est membre du conseil municipal de Halifax, et s’implique activement dans des organisations caritatives. Il contribue ainsi à la création d’un gymnase pour les jeunes ouvriers de la ville, ainsi que la mise en place pour eux de cours du soir, et la possibilité pour leurs enfants d’être envoyés en camping au bord de la mer.
Il est élu député de la circonscription de Halifax aux élections de 1900, sous l’étiquette du Parti libéral ; il continuera de la représenter pendant vingt-huit ans. En 1907 il est nommé ministre-adjoint au trésor de Sa Majesté dans le gouvernement de Henry Campbell-Bannerman, et devient conjointement l’un des whips du Parti libéral. En 1910 il est choisi pour vice-président de la Chambre des communes, et est conséquemment fait membre du Conseil privé en 1911.
En réponse à une grève ouvrière en mai 1917, durant la Première Guerre mondiale, John Whitley est nommé président d’un comité qui produit un rapport sur l’état des relations entre employeurs et salariés. Il propose avec succès la création de conseils de dialogue entre employeurs et travailleurs dans les différentes entreprises et dans les branches du service public. Ces conseils demeurent connus sous le nom de “conseils Whitley”, au moins dans le service public, à ce jour. En 1921 il est élu président de la Chambre des communes. Il quitte cette fonction pour raisons de santé en 1928, et est le premier président sortant à refuser d’être anobli, tradition remontant à la fin du XVIIIème siècle.
De 1929 à 1931 il préside une commission chargée d’examiner les conditions de travail en Inde. Le rapport qui en résulte critique le rôle d’employeurs britanniques pour le peu de progrès contre la pauvreté en Inde, présentée comme la principale cause de tensions sociales. En 1930 il est nommé président du conseil d’administration de la British Broadcasting Corporation. C’est à ce titre qu’il délivre l’allocution qui constitue la première transmissions sur les ondes du nouveau Service impérial de la BBC.
Il meurt d’une pleurésie en février 1935, durant son mandat de président de la BBC.
John Reith (20 juillet 1889 – 16 juin 1971), 1er baron Reith, est le fondateur de la BBC, dont il est le directeur opérationnel puis le directeur général pendant 16 ans, de 1922 à 1938.
Biographie
John Reith est né à Stonehaven, dans le Kincardineshire. Il est le plus jeune des sept enfants du révérend George Reith, membre de l’Église presbytérienne. Après avoir répondu à une annonce, il est directeur opérationnel de la BBC, lorsqu’elle naît le 14 novembre 1922 sous la forme d’un consortium comprenant Marconi, GEC, British Thomson Houston, Metropolitan Vickers, Western Electric et la Radio Communication Company. En 1927, lorsqu’elle prend sa dénomination actuelle, il est promu directeur général.
John Reith est resté célèbre pour le différend qui l’a opposé à Winston Churchill en décembre 1929, l’ancien chancelier de l’Échiquier conservateur ayant proposé au directeur général de la BBC de verser à l’entreprise une somme en échange d’un temps de parole à l’antenne et ce dernier lui répondant que “le système américain qui donne accès à la radiodiffusion moyennant paiement est irrespectueux de toute considération de contenu ou d’équité”.
John Reith est en même temps attentif au respect de tous, notamment des minorités : pour lui, la religion est une partie intégrante de la radiodiffusion. Il insiste pour que la BBC soit dotée d’une “Charte royale”, afin d’éviter les excès de la radio commerciale américaine.
Frederick Wolff Ogilvie (1893-1949) lui succède jusqu’en 1942. Après avoir quitté la BBC en 1938, John Reith se fait embaucher comme directeur d’Imperial Airways, puis entre au gouvernement comme ministre de l’Information en janvier 1940. Il demande que son propre portrait soit retiré de la salle du conseil d’administration lorsque celui de Ian Jacob, directeur général de la BBC de 1952 à 1959, au moment du grand virage vers la télévision, y a été installé, car lui-même concevait la télévision comme une “menace sociale”.
Hilda Matheson, OBE (7 juin 1888 – 30 octobre 1940) était une productrice de débats radiophoniques anglaise précurseure de la BBC et sa première directrice des débats. Après avoir démissionné de la BBC en 1931, elle a publié un livre sur le développement de la radiodiffusion. Bien que officiellement la secrétaire, Matheson a été la manager exécutive de l’African Survey après que Malcolm Hailey soit tombé malade. Au cours de la seconde guerre mondiale, elle a dirigé le British Joint Broadcasting Committee jusqu’à sa mort.
Enfance
Hilda Matheson est née le 7 juin 1888 à Putney, dans le Sud-Ouest londonien, de parents écossais, Margaret (née Orr) et Donald Matheson. Elle a été pensionnaire de la Saint Felix School à Southwold pendant quatre ans. Matheson voulait continuer à étudier l’histoire à Cambridge, mais a quitté l’école à 18 ans, quand la santé de son père a forcé la famille à s’installer en Europe. La vie en France, en Allemagne et en Italie lui a donné la maîtrise des trois langues. La famille est retournée en Angleterre en 1908, quand son père est devenu aumônier presbytérien pour les étudiants en license de l’university d’Oxford. Matheson s’est inscrite comme étudiant en histoire dans la Society of Oxford Home Students. Après avoir fini l’école en 1911, elle a travaillé comme secrétaire à mi-temps pour H.A.L. Fisher au New College d’Oxford et plus tard pour David George Hogarth, conservateur de l’Ashmolean Museum.
Durant la première guerre mondiale, Matheson a travaillé comme agent du MI5 dans les services secrets de l’armée. Elle a terminé son travail de guerre à Rome, au bureau de contrôle militaire britannique, puis a brièvement travaillé pour Philip Kerr (plus tard Lord Lothian), qui l’a présentée à la première membre du Parlement féminin de Grande-Bretagne, Lady Nancy Astor. Astor, qui avait auparavant refusé Matheson, l’a nommée comme secrétaire politique en 1919, ce qui lui a apporté de nombreuses connaissances politiques, intellectuelles et sociales. C’est là qu’en 1926, Matheson a rencontré John Reith, directeur de la naissante BBC, qui l’a recrutée.
BBC et brouille
À l’origine, Matheson a été employée pour assister J.C. Stobbart, qui est le directeur du département de l’éducation de la BBC. À ce moment-là, le rôle de la BBC Radio en était un de fournisseur d’informations et au lieu d’écrire sa propre copie, ses bulletins d’informations étaient fournis par Reuters. L’accord avec les propriétaires de journaux interdissant la BBC d’éditer des bulletins et de ne lire seulement des copies préparées après 18h ne sera levée qu’en 1928. Matheson est devenue la première directrice des débats en 1927 et a établi la première section des informations, quand l’organisation est devenue incorporée. Candidate improbable pour le poste, en tant que femme et libérale de gauche, Matheson soutenait la Société des Nations, sympathisait avec le socialisme et soutenait le droit des femmes, en plus d’être lesbienne. À peu près en même temps qu’elle a commencé à travailler pour la BBC, Matheson a commencé une liaison avec Vita Sackville-West.
En 1928, quand l’interdiction de diffuser ses propres informations a été annulée, la BBC a commencé à rapporter plutôt que simplement lire des bulletins. Matheson a développé des standards pour le rapport factuel de commentaires sociaux, affaires actuelles, politique et informations. Elle a reconnu que ni les conférences, les discours ni le théâtre n’étaient des moyens appropriés de communication pour le nouveau média de la radio et a développé des modèles pour créer une expérience plus personnelle pour l’auditeur. Elle a recherché à faire des présentations qui étaient informelles et décontractées, plutôt que formelles et oratoires. Pour contrer la suspicion de Reith que l’élite culturelle de Grande-Bretagne rejeterait l’approche américanisée de Matheson, elle a invité des intellectuels britanniques, dont E.M. Forster, John Maynard Keynes, George Bernard Shaw, H.G. Wells, Rebecca West, Vita Sackville-west et Virginia Woolf à donner des présentations. En plus de sa volonté de donner aux auditeurs une analyse critique d’œuvres littéraires et culturelles, Matheson a lancé une émission Week in Westminster pour fournir de l’éducation par des députées à propos des mécanismes du Parlement aux femmes qui venaient de recevoir le droit de vote. Elle a également organisé la première diffusion en direct d’un débat politique par les trois dirigeants des principaux partis politiques britanniques.
En 1930, Matheson et Reith s’étaient de plus en plus éloignés l’un de l’autre. Étant donné que le climat politique de l’époque apportait de la peur et du protectionnisme, Reith a commencé à ne pas être d’accord avec les opinions de gauche de Matheson. Leur dispute est arrivée à un point critique quand Reith, qui méprisait la littérature moderne, a refusé de permettre à Harold Nicolson, le mari de Sackville-west, d’analyser l’Amant de Lady Chatterley et Ulysse à l’antenne. Nicolson, qui s’était aligné avec le parti travailliste et avait soutenu les mineurs gallois à la suite de la grève générale, était énervant pour de nombreux auditeurs de droite de la BBC. Reith a imposé une censure sur les programmes, que Matheson a refusé d’accepter, et elle a a tendu sa démission en 1931.
Milieu de carrière
En janvier 1932, Matheson a quitté la BBC et a commencé à travailler comme critique radio pour The Observer, qui appartenait à l’époque à la famille Astor. À peu près à la même époque, elle a mis fin à sa relation avec Sackville-West et en a commencé une de longue date avec la poète Dorothy Wellesley, Duchesse de Wellington, s’installant à Penns in the Rocks, ferme sur le domaine de Wellesley à Withyham dans l’East Sussex. En 1933, H.A.L. Fisher a commissionné Matheson pour écrire un livre intitulé Broadcasting, qui a capturé la technologie innovatrice de la radio et la marche de la technologie, et était encore cité dans les années 1990. Elle a également écrit une colonne hebdomadaire pour la Week-end Review. Peu après la publication de son livre, Matheson a été employée comme secrétaire de Malcolm Hailey pour l’African Survey. Lord Lothian, qui était à l’époque au Royal Institute of International Affairs et Joseph Oldham, secrétaire du International Missionary Council, ont convaincu le Carnegie Trust de financer la recherche sur la politique coloniale de la Grande-Bretagne en Afrique et dans quelle mesure les Africains indigènes devraient être impliqués dans les prises de décision.
Bien que Hailey ait accepté de participer au projet en mai 1938, il ne pouvait commencer avant de finir un engagement précédent. À l’origine, il pensait commencer en septembre 1934, mais il a véritablement commencé quasiment un an plus tard. Pendant ce temps, Matheson s’y est mis et a servi plus en tant que manager éxécutive à l’entreprise que sa secrétaire, sondant des scientifiques et des administrateurs pour aider avec la logistique et projeter le périmeètre du projet, tout en finissant la coordination de toute la recherche préparatoire. Des 22 chapitres projetés, de nombreux ont été écrits par des anthropologues et d’autres spécialistes, comme en 1936, la santé de Hailey déclinait et sa correspondance avec Matheson montrait qu’il ne pensait pas pouvoir finir la tâche. La santé de Hailey s’est dégradée complètement en 1937. Alors qu’il était à l’hôpital, Frederick Pedler est intervenu pour corriger et reviser les épreuves. Le rapport, contenant pratiquement 2000 pages de données, est apparu en novembre 1938. Matheson a été nommée l’année suivante officier de l’Empire britannique pour son effort à conclure le projet.
Fin de carrière et mort
Après avoir fini le sondage, Matheson et Wellesley ont voyagé sur la Riviera, où elles ont rejoint des amis : W.B. Yeats et sa femme George, et Walter J. Turner, le poète australien qu’elles venaient de rencontrer. Revenant en Angleterre en 1939, Matheson a commencé au poste de Directrice du Joint Broadcasting Committee pour contrer la propagande allemande avec des thèmes pro-britanniques. Le but était de diffuser de l’opinion britanniques sur des stations étrangères dans des pays européens et latino-américains neutres, utilisant l’allemand et l’italien. L’équipe de 30 personnes incluait Isa Benzie, Guy Burgess, Elspeth Huxley et Turner.
Matheson s’est également lancée dans l’édition, que Turner a intitulée Britain in Pictures : 140 volumes ont été publiés après sa mort pour contrer les publications glorifiant l’Allemagne et présenter des images de personnalités, paysages et villes britanniques. Quelques semaines avant sa mort, Matheson a contacté Astor à propos de chercher un éditeur américain pour la série.
Elle est décédée le 30 octobre 1940 de la maladie de Basedow, après une thyroïdectomie pratiquée au Kettlewell Hill Nursing Home à Horsell dans le Surrey. Une biographie par Michael Carney a été auto-publiée en 1999, et une édition revue par Carney avec la productrice de la BBC Kate Murphy explore sa vie au travers les journaux d’Astor et ses lettres à Vita Sackville-West.
Robert Seymour Bridges, né le 23 octobre 1844, mort le 21 avril 1930, est un poète anglais, poète lauréat à partir de 1913 et membre de l’Ordre du Mérite.
Biographie
Bridges naît à Walmer, dans le Kent, et étudie au collège d’Eton et au Corpus Christi College d’Oxford. Il suit des études de médecine à l’hôpital St Bartholomew’s de Londres et commence à pratiquer avant l’âge de quatorze ans et se retire pour écrire de la poésie. Il devient ensuite médecin assistant à l’hôpital pour enfants Great Ormond Street et médecin au Great Northern hospital, quand une infection pulmonaire le contraint à se retirer en 1882. À partir de cette date, il se consacre à l’écriture et à la recherche littéraire.
L’œuvre littéraire de Bridges a commencé bien avant son retrait, avec son premier recueil de poèmes, publié en 1873. En 1884, il se marie avec Monica Waterhouse, fille d’Alfred Waterhouse, et passe le reste de sa vie retiré à la campagne, d’abord à Yattendon, dans le Berkshire, puis à Boar’s Hill, à Oxford, où il meurt. Il est le père de la poétesse Elizabeth Daryush et d’Edward Bridges, et le grand-père du diplomate Thomas Bridges.
Œuvre littéraire
Comme poète, Bridges occupe une place à part dans la production poétique anglaise moderne, mais son œuvre a eu une grande influence dans un cercle restreint, par sa contrainte, sa pureté, sa précision et sa délicatesse, non dénuée d’une grande force d’expression. Elle incarne une théorie distincte de la prosodie.
Dans La Prosodie de Milton, il suit une approche empirique pour examiner l’emploi du vers blanc chez Milton et développe la théorie controversée que la pratique de Milton était essentiellement syllabique. Il considère le vers libre trop limité. Expliquant sa position dans l’essai Humdrum and Harum-Scarum, il maintient que la prosodie anglaise dépend du nombre d’“efforts” dans une ligne, non du nombre de syllabes, et que la poésie devrait suivre les règles du discours naturel. Ses propres efforts de vers “libres” aboutissent aux poètes qu’il qualifie de “syllabiques néo-miltoniens”, réunis dans New Verse (1925). La métrique de ces poèmes est basée sur des syllabes plutôt que des accents ; il l’emploie également dans le long poème philosophique The Testament of Beauty (1929), pour lequel il est décoré de l’ordre du Mérite. Ses poèmes les plus connus appartiennent cependant aux deux premiers volumes des Shorter Poems (1890 et 1894). Il a également écrit des pièces en vers, qui ont eu un succès limité, et des textes de critique littéraire, notamment une étude de l’œuvre de John Keats.
Bien que nommé poète lauréat en 1913, Bridges n’a jamais un poète très connu du public et n’a acquis une grande popularité que peu avant sa mort avec The Testament of Beauty. Cependant, ses vers ont été adaptés par de nombreux grands compositeurs de l’époque. Parmi eux, on peut nommer Hubert Parry, Gustav Holst, puis Gerald Finzi.
Au Corpus Christi College, Bridges s’est lié d’amitié avec Gerard Manley Hopkins, qui est maintenant considéré comme un poète supérieur, mais qui doit sa renommée actuelle aux efforts de Bridges lors de la préparation de la publication posthume de ses vers (1916).
Sa poésie a d’abord été imprimée dans un cadre privé et s’est acquise lentement un petit cercle d’admirateurs. Une édition complète de ses Œuvres poétiques (6 vols.) a été publiée en 1898-1905. Ses principaux volumes sont Prometheus (Oxford, 1883, imprimé à titre privé), un “masque à la façon grecque” ; Eros and Psyche (1885), une adaptation de l’histoire d’Apulée ; The Growth of Love, une série de 69 sonnets imprimés pour une circulation privée en 1876 et en 1889 ; Shorter Poems (1890) ; Nero (1885), une tragédie historique, dont la seconde partie est parue en 1894 ; Achilles in Scyros (1890), un drame ; Palicio (1890), un drame romantique à la manière élisabéthaine ; The Return of Ulysses (1890), un drame en cinq actes ; The Christian Captives (1890), une tragédie reprenant le sujet de El Principe Constante de Calderon ; The Humours of the Court (1893), une comédie tirée de El secreto á voces, du même dramaturge, et de El Perro del hortelano, de Lope de Vega ; The Feast of Bacchus (1889), en partie traduite de l’Heauton-Timoroumenos de Térence ; Hymns from the Yattendon Hymnal (Oxford, 1899) ; et Demeter, a Mask (Oxford, 1905).
Hymnodie
Bridges a contribué de manière importante à l’hymnodie avec la publication en 1899 de son Yattendon Hymnal, qu’il a créé spécifiquement pour des raisons musicales. Ce recueil d’hymnes, bien qu’il n’ait pas été un succès financier, a ouvert un pont entre l’hymnodie victorienne et la fin de la deuxième moitié du XIXème siècle et l’hymnodie moderne du début du XXème siècle.
Bridges a traduit des hymnes historiques importants, dont un grand nombre ont été intégrés dans Songs of Syon (1904) et le tardif English Hymnal (1906). Nombre de traductions de Bridges sont toujours utilisées aujourd’hui :
Ah, Holy Jesus (Johann Heermann, 1630)
All My Hope on God Is Founded (Joachim Neander, vers 1680)
Jesu, Joy of Man’s Desiring (Martin Jahn, 1661)
O Gladsome Light (Phos Hilaron)
O Sacred Head, sore wounded (Paulus Gerhardt, 1656)
O Splendour of God’s Glory Bright (Ambroise de Milan, IVème siècle)
When morning gilds the skies (stance 3, Katholisches Gesangbuch, 1744)
Alphabet phonétique
Bridges a développé un alphabet phonétique, l’aide du phonéticien David Abercrombie, pour l’écriture de l’anglais. Il le présente dans Essays and studies by members of the English Association publié en 1910, et une nouvelle fois dans A tract on the present state of English pronunciation en 1913, contenant des exemples dessinés par Edward Johnston. Robert Bridges et, après sa mort, Monica Bridges, utilisent son alphabet dans quelques volumes de ses Collected Essays, Papers, Etc., avec des formes de lettres ajustées avec l’aide d’Alfred Fairbank, et publiés avec des caractères conçus par Stanley Morison à la Monotype Corporation de Londres.
Peter Pendleton Eckersley (6 janvier 1892 – 18 mars 1963) était un pionnier de la radiodiffusion britannique, premier ingénieur en chef de la British Broadcasting Company Limited de 1922 à 1927 et ingénieur en chef de la British Broadcasting Corporation jusqu’en 1929.
Enfance
Peter Eckersley est né à Puebla au Mexique, en 1892. Son père, Alfred (décédé en 1895 de la fièvre jaune), était cheminot puis responsable de la construction du Grand Mexican Railway. Son frère aîné était le physicien Thomas Eckersley ; et son cousin, Aldous Huxley. Lors du recensement de 1911, il est enregistré comme résident du pensionnat Bedales School-Co-Educational Proprietary à Petersfield dans le Hampshire.
Il est allé au Manchester Municipal College of Technology en 1912. Il a rejoint les Royal Flying Corps en tant que radiotélégraphiste en 1915, où il a obtenu le rang de capitaine. Il était en poste principalement en Egypte et à Salonika. Plus tard avant la fin de la Guerre, il a été envoyé à la Wireless Experimental Station de Biggin Hill où il a mené du travail expérimental sur la téléphonie duplex pour les avions.
Il a rejoint Marconi en tant que responsable de la section expérimentalle du département aéronautique où il a conçu l’émetteur de la station terrestre de l’aéroport de Croydon.
1920 à 1929
En 1920, Eckersley était devenu speaker, animateur (il récitait de la poésie et chantait des chansons) et ingénieur de 2MT, la première station de radio autorisée de Grande-Bretagne, située à Writtlle, près de Chelmsford en Essex en Angleterre, où Guglielmo Marconi avait construit ses usines de TSF. Il a été le premier ingénieur en chef de la British Broadcasting Company Limited de 1922 à 1927 puis ingénieur en chef de la British Broadcasting Corporation.
Durant l’entre deux guerres, la General Electric Company des États-Unis est devenue un gigantesque cartel qui avait de plus en plus d’intérêts commerciaux pour la Grande-Bretagne et plusieurs démarches pas entièrement à succès ont été entreprises pour éviter l’américanisation de la Grande-Bretagne. Des liens entre le Royaume-Uni et les États-Unis avaient été initiés par Marconi. Durant la première guerre mondiale, General Electric, aidé par la Marine américaine, avait repris les affaires de la radio bâteau vers la côte que Marconi avait établi aux États-Unis. En 1919, elles ont été transférées vers une nouvelle filiale de GE, la Radio Corporation of America. L’armée britannique a déclarée un moratoire de deux ans sur les expérimentations sur la radio commerciale plus poussées par les employés de Marconi.
En 1922, la General Post Office a accordé un monopole commercial, connu sous le nom de British Broadcasting Company, qui tirera des revenus d’une redevance par récepteur radio et le reste de la manufacture et la vente de ces récepteurs. Sous les termes de cette redevance exclusive, la société ne pouvait vendre du temps d’antenne. En 1923, le Major-Général Sir Frederick Sykes a dirigé un comité pour revoir cet arrangement, qui s’est conclu par le fait que la GPO devrait cesser sa redevance envers la British Broadcasting Company. Elle a déposé le bilan en décembre 1926. En 1927, la Couronne britannique a accordé une charte à une British Broadcasting Corporation non commerciale et la GPO s’est occupé de cette redevance. John Reith a été nommé pour contrôler la corporation de la Couronne.
En 1925, le capitaine P.P. Eckersley, MIEE, a été fait “Vice Président à vie” de la Radio Society of Great Britain, avec le Major Basil Binyon (un directeur de la BBC).
Dorothy “Dolly” Clark, plus tard Eckersley
En 1929, Eckersley a entamé une liaison avec Dorothy “Dolly” Clark, femme dont s’était séparé le responsable des programmes et chef d’orchestre de la BBC, Edward Clark, puis a divorcé de sa femme. Lord Reith, homme profondément religieux, l’a forcé à démissionner. Dolly s’était séparée de Edward Clark en 1925 et s’était arrangée pour que Eckersley visite l’Allemagne pour les affaires de la BBC avec Dolly pour l’accompagner. Même si leur liaison n’était pas secrète, sa femme Stella n’était pas au courant jusqu’à ce que la femme de Reith, Muriel, le lui apprenne.
Des conférences de haut niveau ont été tenues et même l’Archevêque de Canterbury a été consulté mais Eckersley n’a pas été renvoyé immédiatement comme il avait entrepris de mettre fin à la liaison avec Dolly Clark et revenir vers sa femme. Mais lui et Dolly se sont revus et il a démissionné en avril 1929. La liaison a poussé une enquête publique sur les pratiques sur le personnel de la BBC. Le couple s’est marié le 25 octobre 1930.
Dolly était pro-nazi dansa sa politique, admiratrice de Adolf Hitler, amie de William Joyce et de Unity Mitford et membre de la ligue fasciste impériale d’Arnold Leese.
Après que Eckersley ait rencontré Sir Oswald Mosley, il s’est impliqué dans son New Party, présidant son London Central Committee. À partir de novembre 1939, la mise en place de l’émetteur d’Osterloog (sur la côte de la mer du Nord) devient le moyen de William Joyce de diffusion d’émissions de Grande-Bretagne et en Europe. Eckersley a été décrit comme “au mieux un compagnon de voyage fasciste stupide et au pire un traite”. Dolly a rejoint la British Union of Fascists de Mosley, surpassant Mosley dans son enthousiasme pour le nazisme, ainsi que la National Socialiste League fondée par William Joyce après qu’il ait été expulsé par Mosley pour avoir été trop antisémite.
À partir de 1930
Pendant un moment, Eckersley s’est investi dans la construction d’une station de radiodiffusion basée en Europe continentale qui pouvait être captée au Royaume-Uni. Le Capitaine Leonard Plugge, qui est devenu député, s’est aussi mis à construire sa propre International Broadcasting Company en louant des émetteurs en France et d’autres pays pour diffuser une radio commerciale en Grande-Bretagne. L’aventure a eu beaucoup de succès et, comme Reith avait interdit le divertissement léger du dimanche sur la BBC, les stations de l’IBC ont gagné jusqu’à 80% de l’audimat du dimanche en 1938.
Pendant ce temps, Peter Eckersley recherchait d’autres moyens pour apporter les signaux des stations de l’IBS dans les salons de Grande-Bretagne. Plutôt que de dépendre d’un récepteur licensié par la General Post Office, il a commencé à câbler des régions d’Angleterre pour une première forme de radio câblée mais a été arrêté par l’intervention de la GPO. Les stations de l’IBC ont fini par être réduites au silence quand les troupes d’Adolf Hitler ont capturé les émetteurs. À partir de 1937, Peter Eckersley a travaillé pour le MI6 pour aider à combattre la propagande de combat qui venait de l’Allemagne nazie avec des stations de propagante britanniques. Il a été refusé au travail de guerre.
Les Eckersley ont pris des vacances en Allemagne à plusieurs occasions et ont assisté aux rassemblements de Nuremberg de 1937 et 1938. Ils semblent s’être séparés entre ce dernier et le début de la deuxième guerre mondiale. Dolly a travaillé pour la radio allemande durant la guerre (ainsi que James Clark, son fils adolescent qu’elle a eu avec son premier mari Edward Clark), et a recruté William Joyce. Dorothy et James ont été jugés en 1945 pour avoir soutenu l’ennemi : elle a été emprisonnée un an et James a été en libertée surveillée pendant deux ans. Elle est morte en 1971.
Peter Eckersley est décédé, à l’âge de 71 ans, le 18 mars 1963 au West London Hospital d’Hammersmith.
Wände Tisch Schatten und Katzen Grüne Augen Viele Augen Millionenfache Augen Das Weib Nervöses zerflatterndes Begehren Aufflackerndes Leben Schwälende Lampe Tanzender Schatten Kleiner Schatten Großer Schatten Der Schatten Oh – der Sprung über den Schatten Er quält dieser Schatten Er martert dieser Schatten Er frißt mich dieser Schatten Was will dieser Schatten Kokain
Aufschrei Tiere Blut Alkohol Schmerzen Viele Schmerzen Und die Augen Die Tiere Die Mäuse Das Licht Dieser Schatten Dieser schrecklich große schwarze Schatten
Des murs
Une table
Des ombres et des chats
Des yeux verts
Beaucoup d'yeux
Des millions d'yeux
La femme
Le désir nerveux qui se désintègre
La vie qui rebondit
La lumière qui se consume
L'ombre qui danse
La petite ombre
La grande ombre
L'ombre
Oh – le saut par-dessus l'ombre
Il tourmente cette ombre
Il torture cette ombre
Il me donne cette ombre à manger
Que veut cette ombre
De la cocaïne
Un cri
Des animaux
Du sang
De l'alcool
La douleur
Beaucoup de douleur
Et les yeux
Les animaux
Les souris
La lumière
Cette ombre
Cette ombre terriblement grosse et noire
Anita Berber, née le 10 juin 1899 probablement à Leipzig et morte le 10 novembre 1928 à Berlin, est une praticienne de la danse libre, mannequin et actrice allemande. Artiste de cabaret avant-gardiste et bisexuelle affichée, elle a fait de sa vie elle-même une Gesamtkunstwerk aux frontières de la délinquance.
En concevant, produisant et dansant des chorégraphies qui, sur le thème de l’érotisation de la mort, mêlent l’orientalisme des costumes à la musique moderne, elle devient dès 1917 l’icône dérangeante du courant expressionniste dans les domaines de la pantomime et du burlesque américain. Figure underground de la femme affranchie et professionnelle de la provocation vilipendée, elle est à la suite d’Adorée Villany et Mata Hari une des premières performeuses avec Claire Bauroff à danser nue. Laissant la scène à des femmes artistes moins outrancières, Mary Wigman, Valeska Gert, Verena Skoronel, Berthe Trümpy ou Leni Riefenstahl, elle meurt de tuberculose à l’âge de vingt-neuf ans en ex-starlette victime de ses excès toxicomaniaques.
“Elle n’avait pas seulement besoin de scandaliser la morale, mais aussi de se mettre physiquement en danger”
— Klaus Mann, qui lui a rendu visite plusieurs fois à l’automne 1924, goûtant auprès d’elle à la cocaïne, et une dernière fois à la fin 1926.
Biographie
Fille d’artiste sans père (1899-1914)
Anita Berber est la fille d’une chanteuse de cabaret, Anna Lucie Thiem, dite Lucie, et de Félix Berber, premier violon du Gewandhaus de Leipzig qui se mariera cinq fois dans sa vie. Elle a trois ans et demi le 8 novembre 1902 quand ses parents divorcent pour “opposition de caractères irréconciliables”. À partir de 1906, elle est élevée à Dresde par sa grand-mère maternelle, Louise, dans un confort bourgeois.
Elle a six ans et ne voit plus sa mère partie à Berlin, où Rudolf Nelson a embauchée celle ci dans la revue du Chat Noir, cabaret de l’avenue Unter den Linden. À dix ans, soit un an avant Mary Wigman qui deviendra la promotrice de la danse expressionniste, elle est inscrite dans ce qui devient en 1912 l’Établissement d’enseignement Jacques Delcroze de Hellerau, où est mise en œuvre une pédagogie nouvelle basée sur la rythmique Jacques Dalcroze.
À quatorze ans, en 1913, elle rejoint sa mère à Weimar. Inscrite à la rentrée dans le coûteux Institut de formation pour jeunes filles Curt Weiss, elle apprend le français et la couture. Elle fait sa confirmation luthérienne le 5 avril 1914 à l’église Saint-Luc de Dresde avec le pasteur Johannes Kessler.
L’avant-garde berlinoise (1915-1918)
En 1915, après que la guerre a éclaté, Anita Berber suit avec sa grand-mère sa mère à Wilmersdorf, une banlieue de Berlin où s’entassent les immigrés de l’intérieur. L’adolescente vit là, 13 rue Zähringer, entourée de femmes, dont ses deux tantes maternelles, Else et Margarete, toutes deux vieilles filles. Tout en se produisant dans des cabarets, elle suit des cours à l’École de théâtre Maria Moissi Berlin.
Elle apprend la danse moderne et la pantomime en même temps que Dinah Nelken auprès de Rita Sacchetto, une actrice adepte d’Isadora Duncan et amie de Gustave Klimt qui, après avoir donné des spectacles de tableaux vivants à travers le monde, a ouvert dans sa villa une école. Elle monte sur scène pour la première fois le 24 février 1916 à la Salle Blüthner, où elle participe à une chorégraphie au côté d’une autre débutante, Valeska Gert. Le chef de la censure Ernest von Glasenapp, qui est présent, préfère celle-ci et déclare à propos de la première “ça va vraiment trop loin”. Elle part toutefois en tournée avec la troupe Sacchetto à travers l’Allemagne, Hanovre, Leipzig, Hambourg et Francfort. Sa rousseur naturelle la distingue parmi les nombreuses autres jolies filles.
Le 6 mars 1917, elle donne son premier solo, Danse coréenne, dans la salle des fêtes de la Haute école de musique de Berlin. Elle n’a pas encore dix-huit ans et elle est remarquée par le propriétaire du magazine féminin Le Monde de l’élégance (Elegante Welte), Franz Koebner, un passionné de danse, mais c’est du concurrent Die Dame qu’elle fait la une.
Elle se produit dès lors en solo à l’Apollo, puis au Wintergarten sous la direction d’un certain Pirelli, qui bouleverse le style de danse qu’elle a pratiquée jusqu’alors au sein des sages tableaux vivants de Sacchetto. Elle danse sur des musiques de compositeurs contemporains, tels Claude Debussy, Richard Strauss ou Camille Saint-Saëns, mais aussi Léo Delibes. Elle répète auprès d’Hélène Grimm-Reiter dans l’École pour la danse artistique et la culture physique, Kurfürstendamm, là même où sa jeune cadette Leni Riefenstahl réussit à s’offrir quelques cours à l’insu de ses parents.
Richard Oswald l’introduit dans le cinématographe en 1918 et elle devient un mannequin recherché par les magazines féminins, une figure des ateliers photographiques Alex Binder et Eberth. C’est aussi en 1918 qu’elle fait sa première tournée à l’étranger, en Suisse, en Hongrie et en Autriche. Elle est à Budapest quand l’armistice est signé. Au cours d’une soirée de retour de scène, dans un hôtel de Vienne, complètement ivre, elle se livre pour la première fois en public à une danse entièrement déshabillée.
Mondanité décadente (1919-1920)
En janvier 1919, Anita Berber épouse un héritier, Eberhard von Nathusius, qui est un scénariste employé par Richard Oswald. Elle tient le second rôle, au côté de Conrad Veidt, dans Différent des autres, film qui sort au printemps et qui milite pour la cause homosexuelle. C’est une œuvre engagée pour laquelle Richard Oswald a fait appel aux conseils du sexologue Magnus Hirschfeld.
Dans une capitale défaite et traversée par la révolution spartakiste, Anita Berber dépense sans compter en vêtements, chapeaux, chaussures et bijoux. Elle habite une suite de l’hôtel Adlon et entretient son image d’excentrique en se promenant un singe sur l’épaule et en s’habillant en homme. Elle lance la mode “à la Berber”, smoking et monocle. Anorexique, elle consomme éther, chloroforme, opium, cocaïne et cognac. La consommation de poudre lui vaut le surnom de Reine des neiges. Elle découvre le sadomasochisme et fréquente grands restaurants et palaces. Elle a l’habitude de s’injecter de la morphine devant les autres clients. Elle parait une fois dans la salle à manger de l’Adlon entourée de deux jeunes hommes peints, vêtue d’un seul manteau de fourrure noire, qu’elle laisse tomber en prenant le Champagne et qu’aussitôt le maître d’hôtel remet délicatement sur ses épaules. Punk avant l’heure, elle se teint les cheveux rouge sang et peint ses lèvres d’un grand cœur noir.
Si son personnage scandaleux lui attire le public du Schall und Rauch que dirige Max Reinhardt, sa toxicomanie compromet sa carrière cinématographique.
La scandaleuse de Berlin (1921)
En 1921, son mari obtient le divorce. La mode berlinoise est à la vedette sexuellement libérée. La rumeur prêtera à celle qui s’honore du titre de “mauvaise fille” de nombreuses liaisons saphiques, dont Marlene Dietrich. Anita Berber se met en ménage avec Susi Wanowsky, une femme divorcée d’un haut fonctionnaire de la police et propriétaire d’un bar pour rencontres lesbiennes, La Garçonne. Susi Wanowsky devient sa productrice et secrétaire.
Le couple pratique un triolisme saphique avec Celly de Rheidt qui vaut aux trois femmes le surnom de “pyramide de dames” par lequel elles sont tous les lundis à neuf heures du soir accueillies sous les applaudissements au Topp Keller, un cabaret clandestin situé à Schöneberg, 13 Schwerinstrasse. Sous prétexte de participer à une loterie officiellement appelée La Pyramide, les lesbiennes peuvent s’y retrouver à l’insu de la police, du propriétaire, des voisins, et pour trente pfennigs viennent écouter Claire Waldoff interpréter au milieu de quatre musiciens des chansons à boire. Anita Berber pose lascivement avec Renée Sintenis et un modèle, anonyme, pour un cliché coquin.
Elle est d’une revue de Rudolf Nelson intitulée Payez, s’il vous plaît ! sur la scène du Théâtre Nelson, 217 Kurfürstendamm, où triomphera cinq ans plus tard la Revue nègre de Joséphine Baker. Elle se produit sur la minuscule scène de La Souris blanche, qui appartient à un puissant industriel, Peter Sachse, et où certains spectateurs ne se présentent que le visage masqué. Son interprétation de Morphine, sur la musique d’une valse lente écrite pour elle par Mischa Spoliansky, est un tube repris jusqu’à Paris.
Le premier spectacle où elle se montre entièrement nue sur scène, la scène de l’Alcazar de Hambourg, suscite l’enthousiasme des uns, la réprobation des autres. Aux spectateurs qui protestent, elle répond comme à son habitude par un doigt ou même un bras d’honneur. Sous la menace d’une sanction pénale, elle reprend les séances des jours suivants revêtue d’un ultime voile.
Couple infernal (1922-1923)
“Nous dansons la mort, la maladie, la grossesse, la syphilis, la folie, la famine, le handicap, et personne ne nous prend au sérieux”.
— Anita Berber répondant en 1922 au journaliste Fred Hildenbrandt.
En juin 1922, Anita Berber rencontre au cours d’une soirée privée du Casino son prochain partenaire de scène, le poète homosexuel Sebastian Droste, qui, cocaïne aidant, prend aussitôt la place de Susi Wanowsky au poste de régisseur général. Fils de famille hambourgeois, c’est aussi un danseur qui a été membre de la compagnie de Celly de Rheidt, une des maîtresses d’Anita Berber célèbre pour ses mises en scène subversives, plus blasphématoires qu’obscènes, et qui se trouve au chômage depuis un peu moins d’un an que la troupe a été interdite, sa patronne condamnée pour emplois dissimulés à une amende qu’elle est incapable de payer.
Le spectacle que le nouveau couple met au point sans attendre se veut transgressif à la scène comme à la ville. La scénographie est confiée au viennois Harry Täuber, un élève du peintre Franz Cižek, lui-même promoteur d’une pédagogie nouvelle qui laisse l’enfant s’exprimer. Évocation ambigüe du sadomasochisme comme du tabou sexuel qui pèse alors sur un possible métissage, l’entrée du personnage féminin, armé de fouets, se fait entre deux Nègres. À Vienne, Anita Berber a une brève, et incertaine, aventure avec la baronne Léonie von Puttkamer, cocotte extravagante qui a été cinq ans plus tôt l’obsession de Margarethe Csonka, “la jeune homosexuelle” suicidaire analysée par Sigmund Freud et plus connue sous le pseudonyme de Sidonie Csillag. Après cinq semaines de répétition, elle est brièvement hospitalisée au sanatorium Loew, 20 Mariannengasse, où une tuberculose lui est diagnostiquée. Un an plus tard, l’hyperinflation aidant, un seul billet de banque aurait suffi pour régler les dettes d’Anita Berber à l’origine de sa dérive.
Pour apurer la dette de cinquante millions de couronnes qu’Anita Berber a accumulée, somme qu’il faut mesurer au regard du contexte d’hyperinflation, Sébastien Droste fait un faux en écriture. Les créanciers dupés demandent au tribunal à être remboursés sur les recettes futures du programme en cours et de laisser Sébastien Droste le vendre. Celui-ci vend les avant-premières à trois théâtres différents, en Italie, en Espagne et en France, chacune comme exclusive. L’escroquerie vaut aux deux artistes d’être bannis de l’Union internationale des artistes et interdits de représentation pour deux années sur le continent, en Grande Bretagne et en Turquie.
Revenus à Vienne pour la première, qui se déroule le 14 novembre 1922, ils sont invités plusieurs fois par la police à quitter la ville. Sébastien Droste est finalement arrêté le 15 janvier 1923 pour fraude et le couple est expulsé d’Autriche vers la Hongrie le 23. Ils transforment le spectacle en une publication au titre explicite, Danses du vice, de l’horreur et de l’extase, qui est un recueil de poèmes et de dessins illustré de seize photographies tirées par Madame d’Ora. L’ouvrage est préfacé par un proche de Franz Cižek, le promoteur de la nudité dans la danse Leopold Rochowanski.
Les deux parias se marient ce même mois de janvier 1923. De Budapest, ils partent en compagnie d’un voyant, Frederik Marion, pour l’Italie puis la Yougoslavie, où ils se produisent clandestinement de nuit, avant de retrouver Berlin, cinq mois plus tard. En octobre, Sébastien Droste s’enfuit avec l’argent, les fourrures et les bijoux de sa femme sur un paquebot à destination de New York, où il trouve sous le nom de Baron Willy Sebastian Droste un emploi de correspondant du B.Z. am Mittag et s’attèle à un projet de film autobiographique qui ne se fera pas, The Way.
Seconde chance (1923-1925)
Anita Berber retourne chez sa mère, rue Zâhringer, et reprend le travail à la Rampe, au Bruit et fumée, au Café Mégalo. Elle fonde sa propre compagnie, la Troupe Anita Berber.
Le 12 octobre 1923, elle assiste à la Salle Blüthner, qui a été sa première scène, aux débuts d’un danseur américain, Henri Châtin Hofmann. C’est le fils d’un pasteur de l’Église Sion de Baltimore. Elle danse avec lui à La Fusée, à La Souris blanche, à La Rampe. Le 10 septembre 1924, elle se marie une troisième fois, avec lui.
Le nouveau couple donne son premier spectacle conçu ensemble, Shipwrecked, en avril 1925 à Stuttgart. Le succès leur ouvre une tournée nationale, qui commence en octobre et dont les étapes, Cologne, Düsseldorf, Wiesbaden, Leipzig, Breslau, sont l’occasion d’autant d’orgies. Quand Alfred Flechtheim prend soin de ne pas l’inviter à son bal masqué, elle fait un scandale dans la rue, devant la maison, hurlant la moitié de la nuit durant.
Les tournées sont aussi l’occasion de rencontres artistiques, en particulier avec Felix Albrecht Harta, Otto et Martha Dix, admirateurs qui n’hésiteront plus à parcourir de longues distances pour l’admirer sur scène. “Si charmante, si adorable, très spontanée et très séduisante” aux yeux de Martha Dix, qui la voit pourtant vider en moins d’une heure une bouteille de cognac tout en se maquillant dans sa loge, Anita Berber est peinte par Otto Dix sous les traits d’une vieillarde moulée dans une robe rouge, portrait bien différent de la vision idéalisée qu’en a son épouse.
À l’occasion, Anita Berber se prostitue, sans gêne, voire par provocation. À Wiesbaden, en 1925, devant ses amis Martha et Otto Dix avec lesquels elle se promène au sortir d’une représentation, elle répond à tout admirateur qui l’aborde “C’est deux cents marks”. Elle justifie cette pratique par le peu que lui rapporte son métier et le prix élevé de ses costumes qu’elle doit payer elle-même.
Déchéance (1926)
Un an plus tard, en avril 1926, les Hofmann présentent leur nouveau spectacle, Danses de l’érotique et de l’extase, à l’Alcazar de Hambourg, où elle avait fait scandale en 1921, et c’est une nouvelle tournée, à Stockholm, Amsterdam puis en Europe de l’Est.
Les retards sur scène d’Anita Berber deviennent légendaires et elle ne fait plus son entrée sans avoir eu sa bouteille de cognac. Les soirs de beuverie où elle se retrouve dans son ménage se terminent par des coups. À Prague, son mari déclenche une bagarre dans le grand restaurant Pavillon Sect et finit la soirée au poste de police. À Zagreb, en juin 1926, elle insulte publiquement la mémoire de feu le roi de Yougoslavie et est emprisonnée. Son mari réussit à la faire libérer par le consul des États-Unis au bout de six semaines.
Physiquement épuisée, elle se réfugie à Berlin auprès de son ami le docteur Magnus Hirschfeld. Elle est hébergée avec son mari dans une pièce qui sert d’infirmerie. À la suite d’une plainte déposée auprès du préfet de police de Berlin, Albert Grzesinski, pour “immoralité”, elle fait l’objet d’une enquête criminelle. Le fait est qu’elle a toujours fréquenté un milieu interlope, celui des prostituées, des travestis, des boxeurs, des parieurs clandestins…
C’est au salon Eldorado, nouvellement ouvert au 31 Lutherstrasse, qu’elle s’adonne à la cocaïne. Elle y entend les chansons de rue de Claire Waldoff, qui par ailleurs tient salon avec sa compagne Olga von Roeder, ainsi que le duo Margo Lion Marlène Dietrich interprétant la chansonnette explicite Ma meilleure amie. Elle se montre aussi au Café National Hof, où se réunit le Club Violetta, association fondée cette année 1926 par Lotte Hahm, la responsable de la branche féminine de la Ligue pour le droit de l’Homme, laquelle édite le journal militant Die Freundin. Le nom du club est une référence à la Nuit de la violette, appelée aussi dans certaines villes allemandes Nuit du lilas, fête qui mélange tous les ans le bleu masculin et le rouge féminin.
L’ex-actrice essaie de se reconvertir dans le théâtre. Embauchée au Theâtre intime de la Bülowstrasse, numéro 6, par Gustave Heppner, elle joue, entre autres rôles, un des multiples personnages dans Un Jeu de rêve d’August Strindberg, qui est un hommage à la Traumdeutung de Sigmund Freud.
Dernière tournée (1927-1928)
À Berlin, le couple, désormais désuni, est sollicité de se reformer au sein d’une revue néerlandaise, qui les emmène en octobre 1926 pour deux ans au Proche-Orient dans une tournée qui commence par Athènes et se poursuit au Caire. Henri Hofman essaie de convaincre sa femme de mettre un terme à son alcoolisme. C’est durant cette tournée, le 27 juin 1927, que le précédent mari de celle-ci, Sébastien Droste, revenu de New York à cause de sa tuberculose, meurt à Hambourg, dans la maison de ses parents. Il avait vingt-neuf ans.
Durant les vacances, en juillet 1927, Anita Berber se trouve à Munich quand elle lit par hasard une affiche annonçant un concert donné par l’orchestre de chambre qu’anime son père, Félix Berber. Elle assiste au concert et quand, à la fin, elle va dans les coulisses rencontrer son père, celui-ci refuse de la recevoir.
La tournée au Proche-Orient reprend à l’automne. Dans la nuit du 13 juin 1928, Anita Berber s’effondre dans une boîte de nuit de Beyrouth. Le médecin lui diagnostique une “phtisie galopante”. Elle doit renoncer à poursuivre la tournée jusqu’à Damas.
Mort dans l’indigence (fin 1928)
Son rapatriement en compagnie d’Henri Hofman) est un calvaire dispendieux, son état imposant de longues étapes. Arrivée désargentée à Prague au bout de quatre mois, il faut qu’une collecte soit organisée dans les coulisses des cabarets de Berlin pour lui permettre d’acheter les billets de train.
Hébergée par sa mère, elle est admise à l’hôpital Béthanie, qui accueille les indigents, et reste optimiste, forme des projets, prend soin de ses jambes.
Elle meurt moins de trois semaines après son hospitalisation, sans l’assistance de son pasteur, Johannes Kessler, qu’elle a fait appeler mais qui est en voyage. Le soir même son mari doit se produire au Casino Weidenhof, 36 Friedrichstraße, avec une remplaçante, Shelda.
L’enterrement a lieu sous la pluie le 14 novembre au cimetière Saint-Thomas de NeuKölln, dont l’entrée est 2 Hermannstrasse, en présence de nombreux artistes berlinois. Ultime provocation du destin, son mari, resté très amoureux, s’y présente en retard maquillé et ivre, tenant dans sa bouche deux roses qu’il jette dans la fosse, où le cercueil est déjà enseveli. L’éloge funèbre est prononcé par le siffleur Willy Karzin. Elle est enterrée pauvrement, sans pierre tombale, rang 21, section 2.
Chorégraphies
“Elle dansait la mort, la folie, la syphilis, l’extase, la morphine, le suicide, l’agonie et l’orgasme.”
— Une critique d’aujourd’hui.
1922 : Danses du vice, de l’horreur et de l’extase avec Sebastian Droste.
1925 : Naufragés avec Henri Châtin Hofmann.
1926 : Danses de l’érotique et de l’extase avec Henri Châtin Hofmann.
1928 : avec Henri Châtin Hofmann.
Célébration
Sujet artistique choisi de son vivant
À Selb en 1918, durant sa tournée avec Pirelli, Anita Berber pose pour le sculpteur Constantin Holzer-Defanti. Celui-ci réalise deux figurines en porcelaine Rosenthal devenues depuis célèbres auprès des collectionneurs, Danse coréenne, en souvenir du premier solo que la danseuse a donné un an plus tôt, et Pierrette.
En 1919, Charlotte Berend-Corinth réalise huit lithographies pornographiques, quoique très stylisées, d’Anita Berber, qui sont publiées à un petit nombre d’exemplaires par la galerie Gurlitt, maison habituée à ce genre d’éditions confidentielles, et qui inaugurent la légende. Elles sont aujourd’hui conservées dans une collection privée à New York, où elles sont connues sous le nom d’Anita Berber Portfolio. Cette même année, la costumière Lotte Pritzel fait le portrait au crayon de la danseuse, le décolleté laissant apparaitre les seins nus. La dessinatrice en tire un de ces inquiétants mannequins qui feront sa célébrité et serviront de thème chorégraphique à Anita Berber comme à Niddy Impekoven.
Femme libre, Anita Berber devient en 1921 un sujet littéraire. Elle inspire à Vicki Baum le caractère principal d’un roman intitulé La Danse d’Ina Raffay. Ina Raffay est un pseudonyme qui lui-même fait allusion à la cinéaste Iwa Raffay. Vanity Fair publie des photographies de l’héroïne.
En 1925, durant le passage à Düsseldorf du spectacle Naufragés, avec Henri Châtin Hofmann, le peintre Otto Dix, chef de fil d’un mouvement expressionniste dit Groupe du Rhin, fait le célèbre portrait vieilli avant l’âge de la “putain écarlate de Berlin” comme une caricature de la déviance sexuelle. Le tableau entrera en 1928 dans les collections municipales de la ville de Nuremberg et est exposé aujourd’hui dans celui de la ville de Stuttgart. À Vienne, cette même année 1925, c’est Felix Albrecht Harta, compagnon de jeunesse d’Egon Schiele, Albert Paris Gütersloh et Oskar Kokoschka, qui fait les portraits de l’artiste et de son compagnon.
Damnatio memoriae nazie
Le mythe d’une Anita Berber révolutionnant les mœurs est forgé dès sa mort par son biographe Léo Lania. Elle est déjà le prototype de l’artiste fustigé par la Ligue des artistes allemands comme illustrant un art dégénéré “judéobolchévique” qui contribuerait à l’effondrement moral et économique de l’Allemagne.
Cinq ans plus tard, l’avènement du régime nazi, dont une des premières mesures est de saccager les centres de planning familial, incarcérer leurs animateurs et criminaliser l’avortement, efface durablement son souvenir. Le peintre qui a fait son célèbre portrait, Otto Dix, fait partie des artistes dénoncés par la série des Expositions d’art dégénéré, qui est inaugurée par Hans Adolphe Bühler en septembre à Dresde. L’ensemble de son œuvre, dont la Danseuse Anita Berber, est interdit d’exposition, comme le sont les créations de ses collègues qui ne choisissent pas l’“émigration intérieure”. Les jeunes allemands nés dans l’entre-deux guerres seront formés à l’“Art allemand” et ignoreront l’histoire d’Anita Berber.
Redécouverte
En 1984, à l’occasion de la publication d’une biographie écrite par Lothar Fischer, auteur d’une précédente biographie d’Otto Dix, est organisée du 15 mai au 30 juin à la Maison de la place Lützow par une association sans but lucratif, le Cercle de recherche du centre culturel de Berlin, une exposition de photographies et d’archives relatives à Anita Berber, qui est relayée par la presse et la journal télévisé de la SFB. À la galerie Bildfang, à Schöneberg, Charla Drops représente quelques danses reconstituées d’Anita Berber.
Le 9 avril de l’année suivante, l’Institut Goethe renouvelle la manifestation à Berlin-Ouest dans le cadre d’une exposition plus générale. Une conférence de Lothar Fischer restaure la mémoire d’Anita Berber et de son monde auprès des visiteurs.
Ce n’est qu’en 1987 qu’Anita Berber est rappelée au souvenir du public, grâce à un film de Rosa von Praunheim, Anita – Danses du vice. Le Théâtre de la Renaissance de Berlin donne une Revue Anita Berber. L’héroïne y est incarnée par Ingrid Caven. Pour le sept cent cinquantième anniversaire de sa fondation, Berlin présente le 27 mai à l’Espace artistique Kreuzberg de Béthanie une chorégraphie dramatique de Nada Kokodovic, directrice du ballet du Théâtre national de Subotica, intitulée Anita Berber. Le 13 février de l’année suivante, la Cinémathèque allemande prolonge le succès du film par une exposition au Musée gay de Berlin. Le 20, la troupe Sheela Na Gig danse un spectacle intitulé La nouvelle Berberie.
En 1989, quelques mois avant la chute du mur de Berlin, qui intervient dans la nuit du 9 au 10 novembre, Arila Siegert incarne Anita Berber dans l’adaptation du roman de Hermynia zur Mühlen La Peste blanche diffusée par la Télévision de DDR.
En 1991, la Poste fédérale publie un timbre représentant le tableau d’Otto Dix La Danseuse Anita Berber. À Berlin, un cabaret a depuis ouvert au nom de celle-ci.
Le 1er octobre 1993 est donné à l’Opéra national Unter den Linden, à Berlin, Dix ou Eros et Mort, un ballet de Roland Petit dont le huitième tableau est consacré à Anita Berber, incarnée par Bettina Thiel.
Le centenaire et ses suites
Le centième anniversaire de la naissance d’Anita Berber est fêté le 24 mars 1999 au musée Kolbe de Berlin par un collage de Lothar Fischer et l’actrice Claudia Jakobshagen intitulé La plus sensationnelle danseuse de Berlin, le 5 novembre à la Salle de spectacle Leipzig par une conférence et projection réalisée par les mêmes.
Le 28 novembre 1999, est organisée par Béatrice Manowsky au Café Aurora de la discothèque Trésor Berlin une nuit Anita Berber Danse en lumière, avec entre autres la ballerine Jutta Deutschland. Six mois plus tard, le 2 juin 2000, c’est Sylvia Schmid qui présente un ballet dans le cadre d’une exposition au BAT. La danse nue de Sylvia Schmid passe sur la chaine MDR Fernsehen à l’occasion de la diffusion d’un entretien de Lothar Fischer.
Pendant dix ans, de 2000 à 2010, l’actrice Claudia Jakobshagen, sous la direction musicale de Dietrich Bartsch, incarne Anita Berber sur la scène berlinoise du Tanztheater de Sylvia Schmid, la Petite revue de nuit (Kleine Nachtrevue).
La figure d’Anita Berber passe à l’ouest le 10 février 2005, quand Nina Kurzeja, ballerine qui sera primée par le Prix de danse et de théâtre de Stuttgart, interprète aux côtés de Christian Alexander Koch et quatre danseurs un spectacle qu’elle a conçu et intitulé Connaissez-vous Anita Berber ? à la Maison du théâtre Stuttgart.
Icône post punk
En avril 1994 à San Francisco, la boîte de nuit Bimbos produit une chorégraphie de Marni Thomas subventionnée par l’Institut Goethe, Les sept toxicomanies et les cinq métiers d’Anita Berber. Nina Hagen réalise une performance Anita Berber.
En décembre 1998, le perfomeur transformiste Bridge Markland présente Pièce Anita Berber à la salle des fêtes de Berlin Centre, au Bal de la rue Naunyn et à la galerie Bildfang. Le groupe Death in Vegas consacre en 2004 un titre de son album Satan’s Circus à Anita Berber.
En janvier 2007, le couturier Michael Michalsky présente à l’hôtel de ville rouge de Berlin une collection qui revisite la mode “à la Berber”. En 2008, Lena Braun présente un Hommage à Anita à l’Espace artistique Kreuzberg-Béthanie, dans les bâtiments de l’hôpital Béthanie, Mariannenplatz, où est morte Anita Berber et qui ont été transformés en 1973 en cité d’artistes. C’est un ensemble d’autoportraits sérigrahiés reconstituant des scènes qui représentent Anita Berber et ses danses du vice. L’année suivante, Vogue Allemagne publie une série de clichés réalisés par Karl Lagerfeld faisant revivre le personnage d’Anita Berber.
À l’autre bout de Berlin, à Wedding, un centre Anita Berber est ouvert en 2013, dans les locaux d’un autre hôpital désaffecté, 17 Pankstrasse. Différentes manifestations, conférences, concerts électro, spectacles de striptease, y sont organisés. En 2014, le peintre Markus Manowski y expose un nu d’Anita Berber renversé. Au début de cette année 2014, le MS Stimulateur cardiaque, compagnie de danse fondée en 1998, réédite l’ouvrage que le chorégraphe Joe Jentchik consacrait en 1930 à Anita Berber défunte et s’appuie sur ce document pour produire à l’Espace artistique Béthanie mais aussi au Théâtre national de la Sarre, une rétrospective, série de performances et de reconstitutions expérimentales.
En 2017, au terme d’une tournée d’un an, Jan Moritz, soliste du groupe Van Canto, enregistre avec le groupe Opera chaotique une chanson de l’album New EP « MUSES » (of the Damned Artists) consacrée à Anita Berber.
Consécration séculaire
Le 17 juin 2016, à l’occasion du cent vingt cinquième anniversaire de la naissance d’Otto Dix, a lieu au théâtre de la Grande maison, à Gera, la première d’un ballet de Yiri Boubénitchèque évoquant les épisodes de la vie d’Anita Berber, Anita Berber, déesse de la nuit. La chorégraphie est dansée par le ballet national de Thuringe. La musique, interprétée par la Philharmonique d’Altenbourg, a été composée par Simon Wills.
Le 10 juillet 2017, après deux années de travaux émaillés de quelques profanations accidentelles de tombes, l’ancien cimetière Saint-Thomas de Berlin, où est enterrée Anita Berber, est rouvert sous la forme d’un parc de 6,6 hectares à son nom, lequel a été au dernier moment préféré à celui de la militante communiste Olga Benário.
Marie Magdalene Dietrich, dite Marlene Dietrich (parfois francisé en Marlène Dietrich), est une actrice et chanteuse allemande naturalisée américaine, née le 27 décembre 1901 à Schöneberg et morte le 6 mai 1992 à Paris 8ème.
Après s’être destinée à une carrière musicale dans un premier temps, elle se tourne vers le théâtre et le cinéma au début des années 1920. Lancée par le film L’Ange bleu de Josef von Sternberg, produit par le UFA en 1930, elle est repérée par le studio américain Paramount et poursuit sa carrière à Hollywood. Sa collaboration artistique avec von Sternberg produit sept films dont Morocco (1930), Shanghaï Express (1932) ou L’Impératrice rouge (1934), faisant de l’actrice l’incarnation parfaite de la femme fatale.
Par la suite, elle tourne avec les plus grands réalisateurs, dans divers genres de films. La comédie avec Ernst Lubitsch (Angel, 1937), René Clair (La Belle Ensorceleuse, 1941) ou Billy Wilder (La Scandaleuse de Berlin, 1948), le western avec George Marshall (Femme ou Démon, 1939) ou Fritz Lang (L’Ange des maudits, 1952), le film policier avec Alfred Hitchcock (Le Grand Alibi, 1950), Billy Wilder (Témoin à charge, 1957) ou Orson Welles (La Soif du mal, 1959).
Elle s’engage contre le nazisme dès les années 1930, et participe activement à la Seconde Guerre mondiale entre 1944 et 1945, rendant célèbre la chanson Lili Marleen, et obtenant en 1947 la Medal of Freedom, plus haute distinction militaire américaine que peut recevoir un civil. Alors que ses rôles au cinéma se font moins nombreux, elle se tourne vers la radio puis vers le music-hall, faisant le tour du monde avec son tour de chant entre 1953 et 1975. Pour protéger son image, elle vit recluse les quinze dernières années de sa vie, dans son appartement du 12, avenue Montaigne à Paris, refusant de se faire photographier, tout en restant présente médiatiquement.
Marlene Dietrich marque aussi son époque par son style et son élégance au cours de ses apparitions publiques, s’habillant chez les grands couturiers, français notamment, comme Hermès, Dior, Chanel ou Balenciaga. Surnommée “L’Ange bleu” ou “La Vénus blonde”, elle est classée en 1999 par l’American Film Institute à la neuvième place des actrices de légende.
Biographie
Enfance
Marie Magdalene Dietrich naît le 27 décembre 1901 à Schöneberg (aujourd’hui un quartier de Berlin), au numéro 65 de la Sedanstraße (aujourd’hui Leberstraße), dans le quartier de la Rote Insel, de Louis Erich Otto Dietrich (1868-1908), lieutenant de la police impériale prussienne, et de Wilhelmina Elisabeth Joséphine Felsing (1876-1945), riche héritière d’une famille d’horlogers. Le couple qui s’est marié en décembre 1898 a déjà une première fille, Elisabeth, née en 1900.
Ils donnent à leurs deux jeunes filles une éducation très stricte, entièrement basée sur la discipline. Celles-ci prennent notamment des cours de maintien, des leçons de français et d’anglais. Alors que sa sœur aînée est une enfant obéissante, Marie Magdalene est plus dissipée et s’envisage espionne ou artiste. C’est dans cette perspective qu’elle contracte ses deux premiers prénoms en Marlene. Elle perd son père le 5 août 1908. Les biographies divergent sur les circonstances de sa mort : il est probablement emporté par la syphilis après être entré dans un sanatorium.
Sa mère se remarie en 1916 avec le meilleur ami de celui-ci, Eduard von Losch, capitaine de cavalerie, qui meurt sur le front de l’Est en juillet 1917 lors de la Première Guerre mondiale, sans avoir eu le temps d’adopter officiellement ses deux belles-filles.
Formation et études
Marlene fréquente l’école des filles Auguste-Viktoria de 1907 à 1917 puis est diplômée de l’école Victoria-Luise (actuel lycée Goethe). Elle cultive parallèlement ses dons pour la musique et le chant. En 1918, elle s’inscrit à l’École supérieure de musique Franz-Liszt de Weimar et prend des cours privés de violon avec le professeur suisse Robert Reitz, qui devient son premier amant. Elle envisage une carrière de violoniste de concert, mais doit abandonner l’usage intensif de cet instrument à la suite d’une blessure au poignet (ganglion douloureux ou inflammation du ligament de l’annulaire gauche selon les biographies). Elle jouera plus tard de la scie musicale quand elle attendait son tour pour jouer une scène. Son premier emploi est celui de violoniste dans un orchestre qui accompagne la projection de films muets dans un cinéma de Berlin.
Débuts
“Marlene Dietrich refuse de parler de ses débuts de comédienne, c’est-à-dire de la période comprise entre 1922 et 1930. Ce n’est pas négociable.”
Marlene Dietrich prend ses premiers cours de théâtre auprès de Max Reinhardt en 1921. En 1922, elle joue ses premiers petits rôles au théâtre, notamment au Großes Schauspielhaus, et joue dans des revues, comme celle du théâtre Komoedie dans le Kurfürstendamm de Berlin, aux côtés de la vedette française Margo Lion. Elle obtient aussi des rôles mineurs au cinéma. Son premier rôle crédité est Lucy dans Tragédie de l’amour de Joe May. Elle se marie le 17 mai 1923 avec le régisseur Rudolf Sieber et donne naissance à sa fille Maria Elisabeth, le 13 décembre 1924. Elle n’aura pas d’autres enfants, vivra peu avec son mari, et ne se remariera jamais (bien qu’un mariage avec Jean Gabin semble avoir été, plus tard, sérieusement envisagé).
Marlene Dietrich enregistre à la fin des années 1920 ses premières chansons, et les chante dans la revue Es liegt in der Luft (“C’est dans l’air”, 1928) où elle se fait remarquer par le metteur en scène Josef von Sternberg.
Von Sternberg et L’Ange bleu
En 1929, Dietrich tourne son premier rôle important dans L’Énigme sous la direction de Curtis Bernhardt. Mais c’est L’Ange bleu tourné par von Sternberg l’année suivante, et notamment la chanson Ich bin von Kopf bis Fuß auf Liebe eingestellt (“Je suis faite pour l’amour de la tête aux pieds¨), qui lui apportent la gloire.
Tourné dans les studios de l’UFA à Babelsberg, ce film, qui réunit Emil Jannings (immense vedette à l’époque) dans le rôle du professeur Rath, et Dietrich dans celui de Lola-Lola, est le premier film parlant du cinéma allemand. Von Sternberg, qui entrevoit le potentiel de la jeune actrice, la recommande, avant même la sortie, au studio américain Paramount Pictures pour lequel il vient de tourner et dont le bureau berlinois cherche une actrice pour concurrencer Greta Garbo lancée par la Metro-Goldwyn-Mayer. La Paramount lui offre un cachet de 1 250 dollars par semaine.
Le soir de la première, le 1er avril 1930 au Gloria Palast, en long manteau de fourrure blanche, une gerbe de roses dans les bras, Marlene arbore sur sa robe un bouquet de violettes épinglé au niveau du pubis. À 23 heures, elle prend le train à la gare de Lehrter vers le port de Bremerhaven, d’où elle embarque pour New York. D’une actrice encore inconnue hors d’Allemagne, Sternberg va façonner un mythe.
Naissance d’un mythe
Dès son arrivée, Marlene interprète à nouveau une chanteuse de cabaret dans Morocco aux côtés de Gary Cooper. Premier des six longs métrages que tourneront ensemble Sternberg et Dietrich aux États-Unis, le film vaut à Marlene une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice en 1931 et lui confère une notoriété internationale. L’écrivain allemand Franz Hessel publie la même année la première biographie de l’actrice, Marlene: Ein Porträt, dans lequel il tente de brosser le portrait de la femme derrière la vedette. L’usage dans le titre de l’ouvrage du seul prénom de l’actrice donne une idée de sa célébrité déjà à ce moment-là ; la fascination pour Dietrich ne fait que commencer.
Von Sternberg et sa muse vont en effet asseoir définitivement au cours de leur collaboration le personnage de femme fatale sur lequel Dietrich a construit sa renommée à partir de L’Ange bleu et qu’elle va s’atteler à entretenir tout au long de sa vie, tout en jouant sur une certaine ambiguïté sexuelle (elle apparaît régulièrement en habits masculins et exerce son charme autant sur les hommes que sur les femmes).
“Après Lola-Lola, Marlene restera l’image parfaite de la femme fatale : mystérieuse et indomptable, sculptée par la lumière, dans le nuage irréel de la fumée de sa cigarette. On la suivrait au bout du monde… Dans son sillage, les personnes les plus sérieuses et les plus dignes deviennent des petits enfants.”
— Vincent Pinel
Le couple enchaîne ainsi avec Agent X 27 (1931), Shanghaï Express (1932), véritable succès du box-office jusqu’au Japon qui récompense l’actrice d’un kimono de cérémonie ; puis viennent Blonde Vénus en 1932 et L’Impératrice rouge en 1934, délire baroque qui sert davantage la gloire de Marlene que celle de Catherine de Russie qu’elle interprète, et qui, malgré un échec financier deviendra avec le temps un chef-d’œuvre reconnu.
Même en dehors de l’écran, Marlene Dietrich subjugue les foules :
“Avec son profond regard mélancolique, ses cils longs de trois centimètres, le nimbe doux de ses cheveux, ses traits classiques, son air mystique et son corps de panthère, elle n’aurait pas pu entrer dans une église sans aussitôt troubler le sermon.”
— Josef von Sternberg
La fille de l’actrice, Maria Riva, raconte une soirée avec sa mère à l’Opéra Garnier en 1933, et notamment l’entracte : “Tout le monde buvait du champagne et essayait de se rapprocher de ma mère, qui se comportait à son habitude, comme si elle était seule sur une île déserte, et fumait tranquillement sa cigarette pendant que les dames et les messieurs la dévoraient des yeux, comme si de rien n’était.”
Cette fructueuse – mais houleuse ” collaboration s’achève en 1935 par La Femme et le Pantin d’après le roman homonyme de Pierre Louÿs, film préféré de l’actrice.
“La Femme et le Pantin est une superbe adaptation de Pierre Louÿs et l’apogée du mythe de la femme fatale symbolisée par Marlene.”
— Jean Tulard
Après sa séparation artistique d’avec Sternberg, Marlene ne continuera pas moins à incarner les femmes fatales, notamment dans La Maison des sept péchés (1940), La Belle Ensorceleuse et L’Entraîneuse fatale (1941), La Scandaleuse de Berlin en 1948, Le Grand Alibi (1950) ou encore Témoin à charge (1957).
“Il est exact que cette actrice a fait de la vamp la reine des écrans, il est exact qu’elle incarne la féminité, il est exact que le sex-appeal n’a jamais de représentante plus brillante, plus attirante, plus persuasive qu’elle.”
— Sydney W. Carroll, The Times (1933)
L’après-Sternberg
Alors que ses films avec Sternberg sont reconnus aujourd’hui comme des chefs-d’œuvre du patrimoine cinématographique, ceux que Dietrich tourne en 1936 et 1937 marquent moins les esprits. L’actrice peine en effet à trouver ses marques sans son pygmalion. Le tournage de I Loved a Soldier, est ainsi interrompu au bout d’un mois à la suite d’un désaccord entre Dietrich et la production, alors qu’il a déjà coûté près de 900 000 dollars. Désir de Frank Borzage (sorti en 1936, mais tourné avant I Loved a Soldier en 1935) et Le Jardin d’Allah de Richard Boleslawski, un des tout premiers films en couleurs, ne font pas recette.
La Paramount laisse Dietrich partir pour l’Europe en 1937 tourner Le Chevalier sans armure de Jacques Feyder aux studios de Denham près de Londres. Elle rentre ensuite à Hollywood pour jouer dans Ange sous la direction d’Ernst Lubitsch (qui avait assisté Borzage sur Désir). Le nouvel échec de ces films la fait taxer dans la presse de “poison du box-office” (“Box Office Poison”) par l’association des propriétaires de salles de cinéma (Independent Theater Owners of America), comme Greta Garbo, Joan Crawford, Katharine Hepburn ou Bette Davis. Ce à quoi l’actrice répond : “Tout ce que je sais, c’est que lorsqu’un des gars de la direction a besoin de rembourser son emprunt, ils m’appellent avec une idée de film”.
Elle choisit alors de s’éloigner des studios et entame une liaison avec l’écrivain pacifiste Erich Maria Remarque. La même année, séjournant avec lui au Cap d’Antibes, elle entretient une liaison discrète avec Joseph Kennedy, ambassadeur des États-Unis à Londres favorable à une politique d’apaisement envers l’Allemagne nazie. Elle accorde également ses faveurs au fils de celui-ci, le jeune John Fitzgerald. C’est aussi à cette époque qu’elle entretient une liaison avec Suzanne Baulé dite Frede, une entraîneuse puis animatrice de cabaret qu’elle rencontre en 1936 au Monocle, une boîte de nuit féminine située boulevard Edgar-Quinet, à Paris ; les deux femmes restèrent amies jusque dans les années 1970, ainsi qu’en témoigne la correspondance conservée aux archives Marlene Dietrich de Berlin.
À l’été 1939, le producteur Joe Pasternak lui propose un western, Femme ou Démon, sous la direction de George Marshall, à condition que son cachet soit revu à la baisse. Sur les conseils de son mari et de Sternberg, elle accepte néanmoins et remporte un triomphe qui apporte un second souffle à sa carrière.
Elle enchaîne alors avec La Maison des sept péchés de Tay Garnett en 1940, premier des trois films qu’elle tourne avec John Wayne, suivi de La Belle Ensorceleuse de René Clair et L’Entraîneuse fatale de Raoul Walsh en 1941. Trois films suivent en 1942, dont Les Écumeurs et La Fièvre de l’or noir, dans lesquels elle retrouve Wayne.
Engagement contre le nazisme
Résolument opposée au régime nazi, Marlene Dietrich rompt peu à peu, bien qu’à contre-cœur, les liens qui l’attachent à l’Allemagne. Devenue citoyenne américaine en juin 1939, elle met, comme de nombreuses vedettes de l’époque, sa célébrité au service de l’effort de guerre après l’entrée en guerre des États-Unis dans le conflit mondial en décembre 1941. Elle participe ainsi à la Hollywood Canteen, et récolte des bons du trésor avec Orson Welles.
De 1941 à 1943, elle héberge chez elle Jean Gabin qui, refusant de tourner pour les Allemands, a quitté la France occupée. Les deux acteurs ne tardent pas à entamer une liaison passionnée alors que Gabin est encore marié à Jeanne Mauchain, demeurée en France (le divorce sera prononcé le 18 janvier 1943 aux torts “entiers et reconnus” de l’acteur, bien qu’en son absence).
Au début de l’année 1944, elle tourne Kismet, film musical dans lequel ses jambes peintes en or font autant parler la presse que la percée des Alliés en Italie puis apparaît dans le film de propagande Hollywood Parade aux côtés du tout-Hollywood.
Dietrich pousse plus loin son engagement en intégrant l’United Service Organizations (USO). Elle part pour le front européen en avril 1944, chantant pour les troupes américaines et britanniques stationnées au Royaume-Uni, avant d’accompagner la 3ème armée américaine du général Patton en Italie, en France puis en Allemagne et en Tchécoslovaquie pendant la campagne de libération, donnant plus de 60 concerts en quinze mois. Son interprétation de Lili Marleen, chanson popularisée par le régime nazi, devient l’emblème de la résistance à celui-ci.
L’après-guerre
L’âge avançant, trouvant moins de rôles à Hollywood, elle retrouve, à la libération de Paris, Jean Gabin qui a rejoint la 2ème division blindée. Un mariage entre eux semble avoir été alors envisagé. Elle refuse le scénario des Portes de la nuit de Marcel Carné, ne souhaitant pas interpréter la fille d’un collaborateur, pour tourner avec Gabin Martin Roumagnac (1946). S’il reçoit un succès en salles, le film n’est pas apprécié par la critique française.
Après sa rupture avec Gabin, elle rentre à Hollywood et tourne, teinte en brune, dans Les Anneaux d’or de Mitchell Leisen, puis dans La Scandaleuse de Berlin de Billy Wilder l’année suivante, même si elle met du temps à accepter le rôle, étant confrontée au même problème que pour Les Portes de la nuit (les liens de son personnage avec le régime nazi). Devenue la même année “la grand-mère la plus fabuleuse du monde” avec la naissance de son premier petit-fils, elle part en 1949 à Londres tourner Le Grand Alibi sous la direction d’Alfred Hitchcock. Habillée par Dior, elle y interprète La Vie en rose, que lui a “prêtée” son amie Édith Piaf.
En 1951, elle joue pour la première fois pour Fritz Lang dans le western L’Ange des maudits mais, tout comme avec Sternberg quelques années plus tôt, la collaboration entre le réalisateur et sa vedette, également compatriotes, est houleuse, le premier traitant l’actrice de “bonniche allemande”, la seconde estimant qu’“un homme qui est capable de faire un film comme M le maudit ne peut être qu’un sadique.”
En parallèle de sa carrière au cinéma, Dietrich participe aux émissions radiophoniques de son amie Tallulah Bankheadx, jouant avec son image, son âge, et multipliant les sous-entendus. Loin de son image de vamp mythique, l’actrice révèle également un réel talent de cuisinière comme le montre le livre Dîner chez Marlene. Passionnée par la cuisine, elle adore concocter pour ses amis ou amants le chou farci, les œufs brouillés, le rognon braisé ou son plat fétiche le pot-au-feu.
Témoin du mariage de Piaf avec Jacques Pills en juillet 1952, elle fait une apparition remarquée en 1953 dans un gala au profit des enfants handicapés du cirque Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus au Madison Square Garden à New York, vêtue de l’uniforme de Monsieur Loyal en mini-short (une tenue dont elle revendiquera plus tard l’“invention” : “J’ai inventé le mini-short, qu’on appellera plus tard le hot pants”). Cette prestation lui sert de tremplin pour monter son propre spectacle de cabaret à Las Vegas. Pour 30 000 dollars par semaine, elle monte pour la première fois le 15 décembre 1953 sur la scène du night club du Sahara Hotel, vêtue d’un fourreau semé d’étoiles de strass.
Une seconde carrière
Accompagnée par son dernier amant en date, l’arrangeur Burt Bacharach, Dietrich transporte son tour de chant sur les scènes du monde entier à partir de 1960 en Europe, et à l’été en Israël où elle chante en allemand et a droit à une standing-ovation. Elle enregistre en hébreu la chanson Shir Hatan. Elle se produit sur le continent américain et en URSS en 1964.
Plusieurs disques sont les témoins de cette tournée : Dietrich in Rio (1959), Wiedersehen mit Marlene (1960) et Marlene Dietrich in London (1964). Dans Sag mir, wo die Blumen sind (Dis-moi où sont les fleurs), composée par Pete Seeger et traduite en allemand par Max Colpet, elle dénonce la guerre froide.
En 1960, elle fait une tournée triomphale en Allemagne, est acclamée à Munich et Düsseldorf (mais dans cette dernière ville, au moment où elle sortait de son hôtel, une jeune fille parmi la foule lui crache au visage – fait relaté dans Blue Heaven).
Seule la France lui réserve un accueil mitigé, au grand dam de cette francophile. Son ami le poète Jean Cocteau lui dit : “Votre nom commence par une caresse et finit par un coup de cravache”.
En 1961, convaincue que le national-socialisme n’était pas encore mort et que le peuple allemand était responsable de sa prolifération, elle accepte de jouer dans Jugement à Nuremberg, film de Stanley Kramer inspiré d’un des procès de Nuremberg.
Elle assiste aux obsèques d’Édith Piaf le 14 octobre 1963.
Lorsque Burt Bacharach la quitte en 1965, elle songe dans un premier temps à abandonner les récitals. Elle continue pourtant et triomphe à Broadway en 1967, obtenant un Special Tony Award pour sa prestation l’année suivante. L’abus d’alcool va cependant assombrir les dernières années de sa carrière : en 1973, elle tombe dans la fosse d’orchestre lors d’un concert à New York, puis fait une seconde chute juste avant d’entrer en scène à l’opéra de Sydney, le 29 septembre 1975, se fracturant le col du fémur et mettant ainsi un terme définitif à sa carrière de music-hall.
Fin de vie
Après une dernière apparition au cinéma en 1978, après dix-sept ans d’absence, dans C’est mon gigolo de David Hemmings, elle se cloître dans son appartement parisien du 12 avenue Montaigne, fréquentant peu de gens en dehors de sa fille et de quelques amis fidèles, car “Marlene n’est pas facile à vivre au quotidien.” Parmi ceux qui la côtoient car ils ont sa confiance totale, outre sa fille, on compte l’animateur de radio Louis Bozon, le comédien Sacha Briquet, et sa secrétaire Norma Bosquet, femme de l’écrivain Alain Bosquet.
À partir de 1980, elle ne quitte plus son appartement et installe le téléphone près de son lit car elle téléphone à peu de gens mais beaucoup et à toute heure. Néanmoins, elle reste présente médiatiquement :
En 1977, le jeune chanteur Daniel Balavoine, sortira la chanson Lady Marlène, issu de son second album intégralement consacré à l’évocation du mur de Berlin. La chanson évoque Marlene Dietrich, confrontée à une Allemagne divisée en deux pays rivaux. Elle appréciera beaucoup cet hommage. La chanson passera de nombreuses fois à la radio.
En 1979, son autobiographie sort en Allemagne.
En 1982, Maximilian Schell réalise une interview de l’actrice, laborieuse, dont il tirera le documentaire Marlene, récompensé dans divers festivals et nommé à l’Oscar du meilleur documentaire de la 57ème cérémonie des Oscars en 1985 ;
En 1984, son autobiographie est publiée en France ;
Le 14 novembre 1989, elle exprime sa joie en français à la suite de la chute du mur de Berlin sur les ondes de France Inter ;
Le 25 novembre 1989, elle intervient par téléphone lors de la deuxième cérémonie de remise des Prix du cinéma européen au théâtre des Champs Elysées ;
Lors de la promotion du 31 décembre 1989, le président François Mitterrand la fait Commandeur de la Légion d’Honneur, mais elle refuse d’apparaître à l’Élysée pour recevoir sa décoration ;
En 1989-1990, elle intervient, selon Frédéric Mitterrand, pour éviter la fermeture des studios de Babelsberg à Berlin, les plus anciens du monde, où elle a tourné L’Ange bleu en 1929.
Marlene Dietrich meurt à Paris le 6 mai 1992. Ses obsèques ont lieu à l’église de la Madeleine. Son cercueil y est recouvert d’un drapeau français, sur lequel est épinglée, notamment, sa croix de la Légion d’honneur. Bien qu’elle ait toujours eu des rapports conflictuels avec son pays d’origine, Dietrich se sentait berlinoise et avait décidé de s’y faire inhumer. Elle est ainsi enterrée non loin de sa mère dans le petit cimetière Friedhof Schöneberg III de Friedenau, dans l’arrondissement de Schöneberg.
En 1993, le sénateur berlinois chargé des affaires culturelles, Ulrich Roloff-Momin, parvient à faire racheter, grâce à l’État fédéral et à la loterie nationale, l’ensemble des biens de l’actrice, comptant notamment trois mille vêtements, mille objets de la garde-robe, quelque seize mille cinq cents photographies, des documents écrits (correspondance, papiers d’état civil, partitions…), des affiches, des objets de bagagerie et des meubles ayant appartenu à la star. Cette collection, la plus grande au monde pour des archives cinématographiques, fait l’objet d’expositions au Filmmuseum Berlin où elle est entreposée, et à travers le monde. En décembre de la même année, la tombe de l’actrice est profanée par des néo-nazis qui n’acceptent pas son départ du pays dans les années 1930, sa naturalisation et son refus de rentrer en Allemagne après la guerre.
À l’occasion du centenaire de sa naissance, le 28 décembre 2001 à Berlin, le président de la République fédérale d’Allemagne, Johannes Rau, lui rend hommage. Cette cérémonie s’accompagne de révélations sur les causes de sa mort. Selon sa confidente et secrétaire Norma Bosquet, l’actrice se serait vraisemblablement suicidée après lui avoir demandé de lui fournir des somnifères.
La British Expeditionary Force ou (BEF) est un Corps expéditionnaire britannique envoyé, pour participer aux combats en France et en Belgique suite au déclenchement de la Première Guerre mondiale.
Le même nom a été donné aux forces britanniques, envoyées en France, à partir de 1939-1940 au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Historique
Le BEF a été créé par le Secrétaire d’État à la Guerre Britannique Richard Haldane après la Seconde Guerre des Boers dans le cas où le Royaume-Uni, puisse en cas de nécessité, déployer rapidement une force de la British Army capable de prendre part à une guerre outre-mer.
Après l’invasion allemande de la Pologne en 1939, la British Expeditionary Force a été envoyée à la frontière franco-belge.
En mai 1940, lors de l’attaque allemande, elle était constituée de :
10 divisions d’infanterie en trois corps (I, II et III),
1 brigade blindée d’armée (1st Army Tank Brigade)
1 détachement d’environ 500 avions.
Cette force aérienne, la BAFF (British Air Forces in France) était sous le commandement de l’Air Marshal Barratt et se subdivisait à son tour en Advanced Air Striking Force (AASF) supposée épauler l’armée de l’air française et l’Air Component of the British Expeditionary Force (BEF) chargée de soutenir la BEF.
La BEF était commandée par le général Lord Gort. Cette force ne constituait qu’un dixième des forces alliées en face des forces allemandes sur le front allant du Rhin à l’Atlantique, mais une partie prépondérante du mécanisme anglo-franco-belge qui défendait la frontière Allemagne-Belgique puis Belgique-France. Prise de front puis dépassée par les forces allemandes qui contournent la ligne Maginot par la percée de Sedan, la force britannique s’effondre. Elle a subit de lourdes pertes et se retrouve encerclée dans une poche autour de Dunkerque. Une partie (environ 330 000 hommes) ont été évacués de Dunkerque entre le 26 mai et le 4 juin 1940 grâce à la défense fournie par les troupes françaises, qui ont subit de lourdes pertes pour permettre la retraite des forces britanniques ainsi que de contingents français. La force britannique laisse une grande partie de son équipement, dont tous les équipements lourds, sur le sol belge et français. Cette défaite cuisante a été transformée en élément de propagande par Churchill qui présente l’évacuation comme une victoire paradoxale, au point d’oublier le rôle des forces françaises et belges qui ont couvert le retrait britannique. Environ 61 000 soldats de la force britannique ont cependant été fait prisonniers par les Allemands.
La 51ème (Highland) Division d’infanterie, n’ayant pas été enfermée dans la poche de Dunkerque, s’est battue à Saint-Valery-en-Caux et, encerclée, a capitulé.
Le second corps expéditionnaire commandé par le général Alan Brooke et débarqué après Dunkerque, a été rapidement évacué dans ouest de la France au cours de l’opération Ariel.
Idris Davies (6 janvier 1905 – 6 avril 1953) était un poète gallois. Né à Rhymney, près de Merthyr Tydfil dans le Sud du Pays de Galles, il est devenu poète, écrivant à l’origine en gallois, mais plus tard exclusivement en anglais.
Il a été le seul poète à couvrir les événements importants du début du XXème siècle dans les Vallées du Sud du Pays de Galles et du bassin houiller du Sud du Pays de Galles, et d’une perspective littéralement du front de taille. Il est aujourd’hui plus connu pour les vers “Bells of Rhymney” extraits de Gwalia Deserta (1938 – littéralement “Désert de Galles”), qui ont été plus tard adaptés en une chanson folk populaire.
Vie et Carrière
Davies est né au 16 Field Street de Rhymney dans le Monmouthshire, le fils galloisant du principal winderman (moulineur) de la houillière, Evan Davies et de sa femme Elizabeth Ann. Après avoir quitté l’école locale à l’âge de 14 ans, pendant les sept ans à suivre, Davies a travaillé en sous-terrain comme mineur dans la McLaren Pit de la ville voisine de Abertysswg et plus tard la Maerdy Pit de Pontlottyn. Après un accident durant lequel il a perdu un doigt au front de taille, et la participation active dans la grève générale de 1926, la mine a fermé et il s’est retrouvé au chômage. Il a passé les quatre années suivantes à suivre ce qu’il appelait “le long jeu solitaire de l’auto-éducation”, ayant été initié à l’œuvre de Shelley par un autre mineur.
Il s’est qualifié comme professeur via des cours au Loughborough College et l’Université de Nottingham. Durant la seconde guerre mondiale, il a accepté des postes d’enseignant dans diverses écoles à Londres, où il s’est lié d’amitié avec Dylan Thomas. Avant la publication de son premier livre en 1938, l’œuvre de Davies est apparue dans le Western Mail, le Merthyr Express, le Daily Herald, le Left Review et Comment (périodique hebdomadaire de poésie, critiques et nouvelles, édité par Victor Neuburg et Sheila Macleod).
En 1947, il est retourné enseigner dans la Vallée Rhymney. Les poèmes de sa deuxième anthologie, publiée chez Faber and Faber en 1945, ont été choisis par T.S. Eliot. Eliot pensait que les poèmes de Davies pouvaient prétendre à la postérité, les décrivant comme “le meilleur document poétique que je connaisse sur une époque particulière dans un lieu particulier”.
Son dernier recueil, Selected Poems, a été publié peu de temps avant sa mort. À cette époque, Dylan Thomas a écrit à Davies une lettre étonnamment touchante. Thomas venait à lire à la radio “Bells of Rhymney” dans le cadre des festivités de la Saint David, mais a dit à Davies qu’il ne trouvait pas que le poème représentait particulièrement l’œuvre de Davies, étant donné qu’il n’était pas “assez en colère”.
Décès et héritage
Davies est mort d’un cancer abdominal, à l’âge de 48 ans, chez sa mère au 7, Victoria Road à Rhymney le lundi de Pâques 6 avril 1953. Il est enterré au cimetière public de Rhymney. Il y a des plaques commémoratives sur Victoria Road et à la bibliothèque de la ville.
Après sa mort, plus de 200 poèmes manuscrits et une courte pièce en vers, avec les manuscrits tapés de ses journaux de guerre complets, ont été déposés à la bibliothèque nationale du Pays de Galles à Aberystwyth. Plus tard, d’autres poèmes inédits et la majeure partie de sa prose – un roman non terminé, des essais, des notes de conférences et certaines de ses lettres – ont été découverts. Une partie est apparue à titre posthume dans The Collected Poems of Idris Davies (1972) ; Idris Davies (1972) et Argo Record No. ZPL. 1181: Idris Davies (1972).
Il existe une sculpture moderne érigée à la mémoire de Davies à Rhymney, avec une inscription qui dit “When April came to Rhymney with shower and sun and shower” – le vers d’ouverture de son poème Rhymney.
En septembre 2006, une tombe commémorative rénovée a été dévoilée, lors d’une cérémonie de redédicace, dans le cimetière de la ville.
Opinions
Dans son journal, Davies a écrit : “Je suis un socialiste. C’est pourquoi je veux autant de beauté que possible dans notre vie de tous les jours, et ainsi je suis l’ennemi de la pseudo-poésie et le pseudo-art de toutes sortes. Trop de poètes de la Gauche, tels qu’ils se nomment, ont sérieusement besoin d’instruction quant à la différence entre la poésie et la propagande… Ces personnes devraient lire William Blake à propos de l’imagination jusqu’à ce qu’ils montrent des signes de le comprendre. Alors l’air sera à nouveau clair, et la terre, si remplie, digne de chanson”.
Œuvre
Le premier recueil publié de Davies a été l’œuvre poétique étendue de 1938 Gwalia Deserta. Les vers qu’elle contenait ont été inspirés en partie par les catastrophes minières telles que celle de Marine Colliery à Cwm près de Ebbw Vale en 1927 et par l’échec de la grève générale de 1926 au Royaume-Uni, la Grande Dépression au Royaume-Uni et leurs effets combinés sur les vallées du Sud du Pays de Galles.
Les vers “Bells of Rhymney”, l’œuvre de Davies peut-être la plus connue ; apparaissent comme la partie XV du livre. Les strophes suivent le motif d’une comptine connue, Oranges and Lemons. À la fin des années 1950, les vers ont été adaptés en une chanson folk par Pete Seeger et est devenue un standard folk rock. La chanson, intitulée The Bells of Rhymney, a été reprise par de nombreux artistes depuis. Plus récemment, certaines autres strophes de Gwalia Deserta de Davies ont également été mis en musique par l’artiste gallois Max Boyce sous la chanson When We Walked to Merthyr Tydfil in the Moonlight Long Ago.
En février 2010, l’œuvre de Davies a été mentionnée, par le député conservateur David Davies et le député de Plaid Cymru Hywel Williams, durant un débat parlementaire concernant les services de santé au Pays de Galles.